CHAPITRE VIII
Les Cévenncs. — Jean Cavalier. — Détresse générale. — Vauban. La dîme royale.
« C'est un fait qui ne peut être contesté, que plus de la moitié de la France est en friche ou mal cultivée, c'est-à-dire beaucoup moins qu'elle ne pourrait l'être .. ce qui est encore plus ruineux que si le terroir était entièrement abandonné, parce que le produit ne peut répondre aux frais de la culture. » BoiSGUiLLEBEiiT, Détail de la France.
Cependant les yeux de Louis restaient obstinément fermes à la lumière, et, en dépit des rapports des intendants, Tœuvre de dépopulation continuait avec les persécutions contre les huguenots. Dans le Languedoc, surtout, il semblait que les temps des guerres des Albigeois lussent revenus, et que les lauriers de Simon de Montfort empêchassent le terrible intendant Basville de dormir, comme ceux de Labbé de Cîteaux troublaient le sommeil de l'abbé du Chayla, inspecteur des missions. Ce dernier avait transformé son château en un lieu de torture. Un jour, dans une seule expédition, au pont de Montvert, dans les Cévenncs, il s'était emparé de soixante protestants de tout âge et de tout sexe, qu'il enleva et traîna dans son antre pour les torturer a son aise, afin de rallumer dans ces âmes envahies par les ténèbres de Terreur le llambeau éteint de la vérité. Parmi les m 11
captifs se trouvait la fiancée d'un jeune Cévenol qui, resté libre, jure de mourir ou de la tirer de ses raains redoutables. Rassemblant ses parents, ses amis et ceux de la jeune lîlle, il embrase au feu de son amour toutes ces passions qui fermentent sourdement ; on s'excite, on s'arme, on s'élance, et le cbâteau du Cbayla est emporté d'assaut. Les captifs tombent dans les bras de leurs libérateurs et leur montrent leurs plaies récentes, leurs membres brisés par la torture et disloqués par la pression des poutres fendues dans lesquelles ils ont été altacbés. Ces instruments de supplice s'appelaient les ceps de l'abbé du Cbayla. Tous poussent un cri de fureur et de vengeance, et bientôt le bourreau de tant d'innocentes victimes est saisi et pendu.
Basville, effrayé, demanda du renfort et obtint vingt mille bommes. Un redoublement de rigueurs et de vexations a pour effet de faire soulever tout le pays, et bientôt tous les villages des régions cébenniques sont en armes pour la commune défense, guidés par quebpies-uns d'entre eux, Roland, Catinat, Ravenel, et surtout par Jean Cavalier, jeune paysan qui, âgé de vingt ans 'a peine, sut résister victorieusement à plusieurs marécliaux de France, et, pendant plusieurs années, soutenir une guerre d'extermination avec une intrépidité et une supériorité de talents qui eussent bonoré un vieux général. Ce fut, des deux côtés, une effroyable guerre, mais dans laquelle les paysans, armés d'ailleurs pour la défense de leur religion, de leurs familles et de leurs biens, ne tirent que rendre une partie du mal qui leur était fait.
La commune de Mariége avait été contrainte de