LES CAMISARDS
donner asile aux Camisards, vainqueurs des soldais du niaréclial de Monlrevel. Celui-ci se vengea de ses délaites réitérées sur ce village, qu'il fit incendier. Cavalier lui écrit alors qu'au premier village brûlé il en téra incendier deux, puis trois, et ainsi de suite, en augmentant toujours. Montrevcl dédaigne de répondre, et Cavalier, joignant l'exécution a la menace, brûle deux villages catholiques. Il repose ensuite ses troupes dans le bourg de Veslris, auprès de Nimes, et à peine sont-elles éloignées , que Montrevel le l'ail encore détruire par le feu. Les Camisards en brûlent trois. Exaspéré, le maréchal redouble de fureur, et souvent les soldats, sans donner aux paysans le temps de fuir, les ensevelissaient sous les ruines de leurs chaumières embrasées.
« Aussitôt, cette expédition fut comme une tempête qui ne laisse rien à ravager dans un champ fertile, dit un écrivain du temps (1). Les maisons ramassées, les granges, les baraques, les métairies écartées, les cabanes, les chaumières, tous les bâtiments tombèrent sous l'activité du* feu : tout de même que tombent sous le tranchant de la charrue qui les coupe les fleurs champêtres, les mauvaises herbes, et les racines sauvages. »
On tuait tout, sans sommation, les femmes, les enfants, les vieillards ; on les massacrait après la défaite, et en février 1705 un des lieutenants de Montrevel lui rendait compte en ces termes de l'une de ses sauvages expéditions :
« Comme dans nos marches, à la moindre alarme,
(1) Louvreleuil, prêtre, Le Fanalisme dévoilé.
nous aurions été embarrassés de garder les prisonniers, je pris la peine de leur faire casser' la tête a mesure qu'on me les conduisait. Le roi épargne les frais de justice et ceux d'exécution, et même la corruption des juges subalternes, qui souvent par intérêt justifient les coupables. »
A Montrevel succéda Villars (1704). Une fois sur les lieux, l'illustre maréchal ,étudia les causes de la révolte. Les Camisards étaient, au début, les plus pacifiques et les plus inoffensifs des hommes poussés a bout par des iniquités et des violences inouïes, par d'intolérables persécutions. Ils s'étaient soulevés pour la défense de leurs biens confisqués ou menacés, de leurs enfants, de leurs filles qu'on leur enlevait, de leur culte qu'on les empêchait de suivre. Ces nouveaux Jacques, en un mot, étaient les défenseurs de la plus sainte et de la i)lus légitime de toutes les causes qui puissent justifier l'effusion du sang humain, les champions de ce qui est et restera éternel et sacré parmi les hommes : ils combattaient pour la religion, la lamille et la propriété, indignement foulées aux pieds par le plus orgueilleux des despotes.
« Ce que je démêlai le plus clairement, dit Villars, c'est qu'on employait contre les coupables les supplices les plus cruels sans grâce aucune, et je jugeai que c'était peut-être cette rigueur inilexible qui les portait aux actions barbares qu'on leur reprochait, et a exposer sans ménagement dans les combats une vie qu'ils étaient infailliblement destinés 'a perdre par une mort ignominieuse et cruelle (1). »
(1) Villars, Mémoires, 136.