LES CAMISARDS
A son avis, le parti qu'il défendait ne valait pas mieux que celui qu'il combattait. Parmi les catholiques, on rencontrait des fanatiques non moins exaltés que parmi les protestants. « D'autres, entraînés par leur cupidité, se voyant les plus nombreux et les plus forts, regardaient le bien des hérétiques, et même des nouveaux convertis, comme une proie qui leur était due. A les entendre, il n'y avait d'autre parti 'a prendre que de tuer tous ces gens-la, du moins de les chasser du pays sans distinction. » {Id., 157.) — ce ... Nous découvrîmes aussi que, parmi nos commandants, ceux surtout qui étaient du pays, il y en avait qui craignaient la fin de la guerre, qui leur avait fait perdre leur petite domiiîalion ; qu'ils écrivaient aux révoltés des lettres dures, qui leur faisaient croire que les offres de grâce dont ils accompagnaient leurs menaces n'étaient qu'un leurre pour les surprendre. Nous eûmes lieu de croire que quelques massacres qu'on voulait faire passer pour fortuits avaient été ménagés pour intimider et éloigner plus que jamais des rebelles qui étaient prêts 'a se rendre. » (if/., 'J38.)
Berwik a son tour succéda 'a Villars, et quand la paix fut enlin rétablie dans les Cévennes, en 1711, ce ne fut guère que la paix des tombeaux, et les dragonnades restèrent en permanence dans le pays jusqu'au règne de Louis XVI. Roland fut tué ; d'autres chefs se soumirent, ;i l'exemple de Cavalier, avec lequel il fallut traiter, et qui obtint le commandement d'une légion qui devait être composée de ses anciens compagnons d'armes. Louis voidut voir cet homme qui avait tenu en échec ses meilleures troupes ; mais
il laissa tomber sur lui un regard dédaigneux, haussa les épaules et passa outre. Abreuvé de dégoûts, Cavalier se réfugia en Suisse, puis en Savoie, puis enfin en Angleterre, où il parvint au grade de généralmajor et de gouverneur de l'île de Jersey. On peut assurer que ce hardi paysan n'eût point parcouru dans sa patrie une aussi brillante carrière.
Ainsi, la France aux abois râlait et agonisait sous la tyrannie d'un vieux roi, qui, chargé providenliellement de lasser la patience du peuple et de commencer à détruire le prestige qui environnait le trône, courbait les plus hautes têtes de la cour devant une cjrole, publique, veuve à Vaumône d'un poète cul-clejatte. (Saint-Simon, XXII, 18.) Toutefois il fallait du temps avant que l'énergie revint à cette nation dont la tyrannie avait brisé tous les ressorts, et épuisée d'hommes aussi bien (|ue d'argent (1), elle était livrée par son ahattement même à tous les caprices de l'arbitraire. « Une grêle d'impôts, dit un contemporain (2), déguisée sous une infinité de prétextes et de noms extraordinaires, tombait chaque jour sur le misérable peuple. J'étais témoin de ses gémissements et des fréquentes excursions que les archers et les
(1) « Les levées d'hommes étaient en raison des levées d'argent. 25,000 soldats furent pris outre - Loire en une seule année'. Louis XJV essaya de fermer ces plaies par plusieurs hautes faveurs. Une des plus efficaces et des mieux placées fut celle qui comprit un grand seigneur breton, le marquis de Eruc de Montplaisir, dans les sept grand - croix de la création de cet ordre de Saint - Louis , qui devait enfanter des miracles de bravoure. » (Pitre-Chevalier, La Bretagne ancienne et moderne, 612.)
(2) Valentin Jameray Duval, Mém. manuscr., bibliothèque de l'arsenal. (H. F., in-4», no 886, fol. 20, 21.)