LE FISC
sur eux (1). Chargés par l'édit de crëalion « de faire observer eu chaque bureau les édlts, ordonnances et rrgleinenls laits sur ra(hninistration des finances (2) », c'était à eux qu'il eût fallu se plaindre des crimes qu'ils commettaient. L'impunité leur était donc acquise et ils péchaient largement dans cette eau trouble où se noyait la France. Le parlement de Paris, bien que depuis longtemps réduit au silence et à V esclavage (Saint-Simon, XIV, 2i2), eut une velléité de réveil aux cris qne la population ad'amée poussait de tous côtés, mais le roi leur interdit de s'occuper de cette affaire. Le parlement de Bourgogne s'émut également et reçut une verte réprimande.
« Sans porter, dit Saint-Simon, de jugement bien précis sur qui l'inventa et en profita, il se peut dire qu'il n'y a guère de siècle qui ait produit un ouvrage plus obscur, plus hardi, mieux tissé, d'une oppression plus constante, plus sûre, plus cruelle. Les sommes (ju'ii produisit sont innombrables, innombrable le peuple qui en mourut de faim réelle et a la lettre, et .(|ui en périt après les maladies causées par l'extrémité de la misère, et innombrables les quantités de familles ruinées, et les cascades de maux de toute espèce qui en dérivèrent.
« En même temps, les impôts haussés, multipliés, exigés avec la plus extrême rigueur, achevèrent de dévaster la P'rance... Et quoique la plupart des bestiaux eussent péri faute de nourriture, on mit dessus un nouveau monopole. » (XII, p. 5G-01.)
(1) Saint-Simon, XXVIII, 209 ; XXIX, 213.
(2) Lois françaiaes, XVI, 4'i3.
En vain on voulut imaginer un nouvel impôt, une taxe des pauvres, dont le résultat unique fut de tarir la source de la charité privée, et d'ajouter encore a la misère des contribuables sans remédier a celle des indigents. « Ces taxes en faveur des pauvres, ajoute Saint-Simon, le roi se les est appropriées, en sorte (|ne les gens des linances les touchent publiquement jusqu'aujourd'hui, comme une des branches des revenus durôi, et même avec la franchise de ne lui avoir pas fait changer de nom. » (M., \). 262.)
« La capitalion, doublée et triplée a la volonté arbitraire des intendants des provinces, les marchandises et denrées de toute espèce imposées en droit au quadruple de leur valeur, taxes d'aisés et autres de toute nature et sur toutes sortes de choses, rien ne pouvait sufhre, bien que le roi tirât le sang de tous ses sujets sans distinction, et en exprimât jusqu'au pus, ce qui enrichisc<ait une armée infinie de traitants et d'emjdoyés 'a ces divers genres d'impôts, entre les mains de qui en demeurait la i>!us grande et la plus claire partie. » (XVI, 107.)
Aussi la misère était-elle immense, universelle et générale dans tout le royaume. Le gouvernement avait même cessé d'essayer d'y remédier, et Pontcharlrain se contentait de répondre au procureur du roi au bailiage de Charolles (') mai 1709) en lui envoyant pour tout secours des doléances en réponse 'a ses doléances. « Je ne puis assez vous plaindre, et tous ceux dont vous m'exposez la misère, et j'emploie tout mon temps 'a exercer la même compassion partout, car le mal est universel ; il n'est pas moins grand 'a Versailles qu'ailleurs (Depping). » Partout