EXTORSIONS FISCALES
sujets lui appartenaient corps et biens, et qu'en prenant leur argent il ne prenait que ce (jni lui appartenait. (Duclos. — Saint-Simon.) Convaincu alors que ce qu'il ne leur arrache pas il le leur laisse par pure grâce, il l'ut décidé que Desinarets développerait an conseil des linances les avantages de l'imposition du dixième denier, sans en excepter personne. Cette dernière clause pouvait gâter toute l'affaire et refroidir le zèle de ces dignes conseillers ; mais Desmarets eut soin d'insister sur ce que cet impôt serait modique, en comparaison de ce que chacun avait sur le roi en renies et en bienfaits, et en procurerait le payement facile et régulier à l'avenir!!!
Maintemant, accusera-t-on Saint-Simon d'exagérer ses expressions et de vouloir faire du style, lorsqu'il appelle la chose une sanglante affaire, et le conseil des finances un bureau d" anthropophages?
Nous connaissons le projet et l'exposé des motifs. N'oyons l'effet produit par tout cela.
« Le Languedoc entier, quoique sous le joug du comité Basville, offrit en corps d'abandonner au roi tous ses biens sans réserve, moyennant assurance d'en pouvoir conserver quitte et franche la dixième partie, et le demanda comme une grâce. La proposition non seulement ne fut pas écoutée, mais réputée h injure et rudement tancée. Il ne fut donc que trof) manifeste que la plupart payèrent le quint, le quart, le tiers de leurs biens par cette dime seule, et que, par conséquent, ils furent réduits aux dernières extrémités. » (Saint-Simon, XVI, 110.)
Malgré que la paix eût été signée a Utrecht (avril 17 ir»), toutes les charges imposées a cause de
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la guerre continuaient à peser sur le plat pays, et le parlement de Bourgogne adressait a Louis ses remontrances (15 août 1715): « Le zèle dont les officiers de votre parlement ont toujours été animés pour le service de Votre Majesté les oblige de lui remontrer très luimblement que les peuples de cette province, qui s'attendaient que la paix générale ferait cesser la levée du dixième et la capitatiou, en regardent la continuation comme une surcharge qui renverse le reste de leur fortune et anéantit toutes leurs espérances... La rigueur avec laquelle on exige le dixième de l'industrie détruit le commerce et les arts, et achève de ruiner cette malheureuse province... » « La crise de lÉtat était plus violente que jamais ; il ne se trouvait i)lus un seul motif (jui put engager les propriétaires de l'argent 'a s'en dessaisir ou à le faire passer dans le commerce : les denrées étaient chères parce qu'il y avait un risque infini 'a les donner a crédit ; comme d'un autre côté on manquait d'argent pour les payer, la consommation, et par conséquent le travail, étaient anéantis. L'usure que l'on avait voulu punir s'enhardit encore, et vit s'accroître ses prolits ; personne n'était réputé riche et personne ne pouvait ou n'osait iïiire usage de ses richesses. L'État, qui depuis plusieurs années ne subsistait que de crédit, restait sans chaleur et sans vie : l'excédent des charges ne suffisait pas au maintien du gouvernement, et cet excédent était consommé d'avance sur plusieurs années. La famine, les inondations, la mortalité des bestiaux, semblaient avoir conjuré pour la désolation entière des peuples, afdigés par une guerre et des détresses de vingt-deux