‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 44 sur 85 · EXTORSIONS FISCALES. 'H'M · texte numérisé non relu

EXTORSIONS FISCALES. 'H'M

ans. Une partie des maisons flans la campngnc nian- (jiiaicnl (les répnralions les plus nécessaires ; les terres étaient abandonnées par les cultivateurs, dépourviTs de Lesliaux, d'engrais, d'instruments propres an labourage. La paix faite depuis près de deux ans ne leur avait point encore fait goûter ses douceurs, et l'excès de leur misère les avait conduits à cette insensibilité funeste qui semble annoncer la chute des États. » (Forbonnais.)

Enlin le grand roi mourut (l"'" septembre 171;')), et ce qui survivait encore en France, « ruiné, accablé, désespéré, rendit grâce à Dieu, avec un éclat scandaleux, d'une" délivrance dont les plus ardents désirs ne donlaient plus. » (Saint-Simon, .XXV, 2'2.) On visita, on ouvrit les prisons, on voulut mettre, au moins dans l'avenir, un terme aux sanglantes iniquités si nombreuses pendant ce trop long règne. On mit au jour de bien lamentables histoires : j'en raconterai une a titre de spécimen.

On trouva dans un des cachots de la Bastille un prisonnier qui était enfermé depuis trente-cinq ans. Il dit son nom, on lui demanda quel crime si grave il expiait pour une si longue détention. H assura qu'il l'ignorait absolument : on visita les registres, et l'on reconnut qu'il n'avait jamais été interrogé. C'était une détention préventive, et rien de plus, et les plus anciens habitants du donjon de messire x\ubriot, prévôt du roi Charles V, n'avaient pas connaissance que rien eût jamais transpiré des motifs qui avaient amené son arrestation.

« Evidemment, lui dit-on, vous êtes vittime d'une déplorable erreur. Nous ne saurions vous en témol-

gner trop de regrets, mais nous vois renions vol:e liberté sur l'heure.

« Ma liberté, reprit l'infortuné, eh ! (ju'eu feraiî;je? Je suis Italien; je voyageais en France, et le jour même que je débarquais a Paris, je fus arrêté et jeté a la Bastille, où j'ai vu se traîner et tomber jour a jour trente-cinq années, toute une longue existence d'homme. Je ne connais pas une seule personne dans ce royaume maudit, je ne sais pas le nom d'une seule rue de cette ville où je suis depuis si longtemps, je n'ai rien, pas un sou, et je ne sais ni ne puis travailler.

« L'Italie ! Eh ! qu'irais-je faire en Italie? J'y laissai jadis une femme et des enfants, et des parents qui ont pleuré ma fnort, sans doute, car je n'ai pu écrire, et nul n'y a plus entendu parler de moi. Irais-jc promener ma résurrection autour des tombes de ceux qui m'aimaient? Irais-je porter le désordre parmi ceux qui ne m'ont point connu, et dont les [)c'res se partagèrent mes biens ? Irais-je voir si celle (|ue je quittai belle, aimante et vertueuse, vieillit, pauvre veuve adultère, aux bras d'un autre auquel elle aura donné une famille? Qui peut savoir comment serait accueilli le mort qui sort de sa tombe au bout de trente-cinq années ?...»

Il fallait bien, cependant, accorder ((uelque dédommagement 'a cette triste victime de l'arbitraire et du régime de l'autorité. Il obtint de finir ses jours 'a la Bastille, où on lui accorda la nourriture et le logement, avec toute la liberté qu'il y pourrait prendre. (Saint-Simou, XXV, 59.)

On a dit qu'il y avait quelqu'un qui avait plus

Page 1