LA DÉTRESSE AUGMENTE ENCORE
« Celait .précisémenl sur celle réparlilion plus juste des tailles que se fondaient les plus grandes espérances pour Tavenir, parce qu'on voyait clairement qu'augmenter l'aisance du peuple c'était augmenter les revenus du prince. » {Ici., i97.)
En désespoir de cause, on eut recours une fois encore 'a la dîme royale de Vauban, que l'on avait rejetée avec tant de mépris, et a laquelle on revenait sans cesse. On chargea deux bons citoyens, deux hommes sincèrement dévoués aux intérêts du peuple, de la revoir et de l'appliquer en tout ou en parlic ; ces deux hommes étaient l'abbé Dignon et Hcnau, lieutenant général des armées navales. Ce dernier poussa le désintéressement jusqu'à en aller faire l'essai à ses dépens dans un certain nombre d'élections.
Pendant ce temps, un noble du Périgord, d'Allemans, depuis longtemps ténioin oculaire des soulfrances des campagnes et des inconvénients qu'entraînait la manière de lever les impôts, proposait de les rem- [)lacer également par une sorte de taille proportionnelle. 11 apprit que Renan et Silly, chacun dans quelques provinces, s'occupaient de ra[)plicalion d'idées analogues. Il s'aboucha avec Renau, et ils rédigèrent ensemble un mémoire qui fut très favorablement accueilli par le régent, qui, toutefois, avant de songer a en appliiiuer les conclusions, voulut attendre l'effet des expériences tentées par lienau et
« Mais, ajoute Saint-Simon, tous ces essais furent funestes par la dépense qu'ils causèrent sans aucun succès. Soit que les projets fussent vicieux en eux-
mêmes, soit qu'ils le devinssent par la manière de les exécuter, peut-être encore par les obstacles qu'y mit Tinlérêt et la jalousie de la cruelle gcnl linancière, toujours appuyée de magistrats des finances, il est certain que les bonnes intentions du régent, qui en cela ne cherchait que le soulagement du peuple, furent entièrement trompées, et il en fallut revenir a la manière ordinaire de lever les tailles. » (XXIX, 1U7.)
Quant au i)rojcl dû à la collaboration de Renan et de d'Allemans, le temps manqua pour le mettre a exécution. « Renan, malade de fatigue et du chagrin que lui causaient les obstacles qu'il rencontrait dans la généralité de La Rochelle, et la haine que, sans savoir pourquoi, la nouveauté qu'il voulait introduire avait excitée contre lui, malgré la netteté de ses mains reconnue; Rcnnu, dis-je, voulut se presser de retourner a son travail ; mais victime de son zèle, la mort vint le frapper a la (in de septembre 1719. D'allcmans le suivit au tombeau peu de mois après, cl il ne fut plus (lueslion de ces projets qui avaient tout d'abord enlevé tous les suflrages. » (XXX, 95-00.)
Saint-Simon, membre du conseil de régence, proposait de supprimer complètement la gabelle pour rendre le sel libre et marchand. « Le roi, disait-il, y gagnait par la décharge des frais de cette odieuse terme, outre ce que le peuple y gagnait par la liberté; raifranchissement des pillages sans nombre qu'il souffre de cette multitude nombreuse d"em|)loyés, qui mourraient de faim s'ils s'en tenaient a leurs gages. » C'est tout justement ce (i u'avait déjà dit et