‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 49 sur 85 · LA DKTRESSK AUGMENTE ENCORE · texte numérisé non relu

LA DKTRESSK AUGMENTE ENCORE

paiiaitemont démontré le tiers étal aux états provinciaux d'Anjou en l')00 ; mais, bien (jne le réi![enl eût accueilli avec laveur tous ces projets de réforme, ils étaient bien autrement suhversils et impossibles encore aux yeux des magistrats des finances, (pii réussirent a iaire tout écbouer, et c'est alors que s'écbappa de l'âme bonnéte et droite de Saint-Simon cet aveu désespéré de l'impuissance de l'bomme de bien a réformer les vices (|ui font vivre tant de parasites intéressés a leur conservation. (Voir ci-dessus, page 501.)

Tandis (jue la disgrâce, les •|)ersécutions, les dégoùls, la mort, étaient le sort inévitable réservé 'a tous les bommes sincèrement dévoués aux intérêts populaires, on accueillait avec entbousiasme un projet éclos dans la cervelle de Droglie, l'un des roués du régent, projet qui rappelait fort celui de ce Fâcbeux, de Molière, qui proposait de mettre toutes les côtes de France en fameux ports de mer. Pour couper court aux friponneries insignes des étapiers cbargés de pourvoir a l'entretien des troupes, et afin de soustraire les campagnes à leurs exactions en môme temps qu'aux pilleries des soldats, Hroglie ne vit rien de mieux (|ue de couvrir la France de casernes, et de contraindre toutes les villes, tous les villages, 'a bâtir 'a leurs frais des logements, des écuries et des magasins où les troupes de passage seraient reçues. On accueillit avec empressement celte idée; on lit de grandes dépenses; puis, l'instant de réllexion arrivé, on reconnut que le moyen était extravagant, et le tout fut abandonné.

Le système de Law exerça peu d'iniluence sur la

situation des campagnards. Aux environs des grandes villes, ils y gagnèrent tout d'abord, grâce a la lièvre d'activité qui tourmenta la France, a ces fortunes qui s'élevaient en un jour, circonstances qui, pour un instant, imprimèrent une impulsion prodigieuse a la consommation. Mais bientôt les ruines succédèrent aux fortunes rapides, une stagnation absolue suivit cette prospérité trompeuse, la circulation cessa, et comme il fallait trouver sur l'impôt direct ce que l'impôt indirect cessait de donner, une recrudescence de misère succéda bien vite 'a cette lueur de prospérité. Les mariages devinrent plus rares, les familles virent diminuer le nombre de leurs membres, si bien que les feux évalués jadis a cinq personnes en moyenne descendirent 'a quatre. (Forbonnais, II, 514.) C'est qu'en effet la disette régnait en tous lieux, prenant parfois la proportion de la famine, et traînant la peste à sa suite. On connaît la terrible épidémie qui, en juillet 17'iO, épouvanta Marseille, la Provence et le Languedoc. La famine l'avait précédée et n'était pas étrangère a son développement (1). En septembre de la môme année, la peste sévit également en Auvergne. « Toutes les troupes furent c^cupées a garder les passages dans cette province et du côté de Lyon (2). » On forçait les tristes victimes de tant de maux accumulés a mourir cbez elles, pour ne pas porter a leur suite la mort dans le reste du royaume.

(1) BarLier, Journal, I, 95.

(2) /(/., I, 60, 95, 15i, 155, 254... — Le baron Trouvé, Hist. des États du Languedoc, I, 225.

TESTF. KT FAMINE. " 243

Page 1