CHAPITRE XI
Louis XV. — Le pacte de famine. — Misère universelle.
Massiilun.
« On ne peut guère lire l'histoire sans concevoir de l'iiorreur pour le genre humain, a
Voltaire, Dict. lihUos., v. Idolâtrie.
Le régent mourut, laissant l'État endetté de 088 millions de plus qu'a la mort de Louis XIV, et Louis XV, déclaré majeur dès l'année 1725, abandonna les affaires aux mains du duc de Bourbon, dirigé luimême par madame de Prie et les frères Paris Duverney, qui lancèrent, en 172'), l'impôt du cinquantième, combiné avec toutes les ressources du génie fiscal. Les revenus étaient taxés sans prélèvement des frais de culture et de toutes les autres cbarges. L'eslhnation en devait être faite de la manière la plus arbitraire. La terreur fut telle dans certaines provinces, qu'on craignit de payer, au lieu d'un cinquantième, un quart ou un tiers du revenu net, et les frères Paris espéraient de cet impôt un bénéfice h peu près égal a celui que Desmarets avait tiré du dixième (1).
Quant aux coupables trafics sur les grains, on accusait bantement le duc de Bourbon, la de Prie,
(1) Lacretelle, Hisl. du XVIII^ sircle, II, b9.
les Paris el les fermiers généraux d'avoir acheté la complicilé de loiites les comnuinaulés reliij[ieuses, (jui recelaient leurs céréales dans leurs vastes greniers, afin d'être les maîtres du marché et de vendre tonjoufs cher. « Ce qui est certain, c'est qu'il n'y avait point de liberté pour amener le blé dans les marchés, et il était défendu aux houlansers de se fournir ailleurs. » (Barhier, I, 430.)
Dès l'année 1725, une nouvelle famine était venue fondre sur la l'rance. Dans l'état de langueur où se trouvait fatalement l'agriculture, il suffisait du moindre dérangement dans les saisons pour amener la cherté des subsistances, et par suite la disette. Vn été humide el froid, des pluies persistantes, empêchèrent les récolles de mûrir et le blé d'être rentré dans de bonnes conditions. Les craintes des populations augmentèrent le mal en exagérant le danger ; les entraves apportées 'a la circulation des blés par le système prohibitif de Colberl portèrent leurs, fruits, cl Saint-Simon, alors en Normandie, nous donne une idée de la misère des provinces dans une lettre au cardinal de Fleury (2.5 juillet 172.5), où il dit: « Les pauvres gens de Normandie mangent de l'herbe, et le royaume se tourne en un vaste hôpital de mourants et de désespérés. »
Deux années plus tard, des pluies continuelles vinrent compromettre les récoltes. « L'état des campagnes fit craindre une famine : cette crainte pensa la faire naître, et occasionna du moins une si grande cherté, que le pain monta dans Paris jusqu'à neuf sols la livre, et 'a proportion dans les provinces. Le monopole, profitant de la crainte, l'excitait encore