‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 51 sur 85 · I.F, l'AC.TE DE FAMINE · texte numérisé non relu

I.F, l'AC.TE DE FAMINE

pour exercer son brigandage. Des gens en crédit exagéraient des craintes qu'ils n'avaient point, et sous prétexte de servir le piihlic, formèrent des magasins qui leur valurent des sommes immenses. On en accusait ouvertement madame de Prie, et les Paris, son conseil (I). »

L'idée était trouvée, il ne s'agissait plus (jue de la lancer et de la faire Iruclilier. Les financiers s'en chargèrent. Seulement, ils voulurent agir en grand, d'une façon digne d'eux, et en toute légalité. 11 est toujours facile de colorer de prétextes honorables les plus coupables entreprises. Ce fut en 1729, le 12 juillet, que Louis X\', par un bail renouvelé de douze en douze années, jusqu'en 178U, sanctionna l'établissement d'une régie, dont le but ostensible était d'acheter des grains lorsqu'ils seraient abondants, de les conserver dans des greniers, et de les revendre dans les années mauvaises. Ces blés, acbetés 'a vil prix, étaient exportés, mis en dépôt, notamment dans les Iles de .lersey et de Guernesey, détruits quelquefois, afin d'entretenir la rareté sur le marché, de produire la cherté dans les années d'abondance, d'augmenter les anxiétés de la famine dans les années de disette, et de revendre alors, 'a des prix exorbitants, les blés conservés en magasin, et que l'on ne lançait que lentement et peu 'a |)eu dans le commerce. Le clergé et la noblesse trouvaient un double intérêt dans cette spoliation odieuse qui a reçu le nom de pacte de famine ; car ils percevaient leurs dîmes et redevances proportionnellement aux forces de la

(1) Duclos, Mëm. secrets, 611.

récolle, et alors que les denrées étaient au plus bas, pour en revendre ensuite les fruits a des prix exorbitants lorsque la famine avait amené la hausse en triplant ou quadruplant leur valeur.

Jamais le génie du mal n'inspira aux ennemis du peuple une entreprise conduite avec un art plus infernal. Forcé de vendre aux époques inllexibles auxquelles ses maîtres exigent le payement de leurs redevances, le paysan ne peut traiter qu'au comptant. Il fallait donc des capitaux énormes : on les eut eu intéressant au succès de celle rruvrc ténébreuse tous les détenteurs de la fortune sociale. Les ministres, le roi lui-même, prirent part a Tenlreprise. Louis XV lui fit une avance de 10 millions, car il avait une cassette particulière « avec la(juei!e il agiotait sur le prix des blés, se vantant h toiit le monde du lucre infâme qu'il faisait sur ses sujets. » (Lavallée, Histoire de France, III, ^Oi.)

L'almanach royal de 1774 porte au nombre des fonctionaires le sieur « Mirlevaud, trésorier des grains au compte du roi ». On se vengea en faisant circuler l'épigramme suivante :

Ce qu'on disait tout luis est aujourd'hui public : Des présents de Cérès le maître fait trafic,

Et le bon roi, bien qu'il s'en cache,

Pour que tout le monde le sache, Par son grand almanach, sans façon nous apprend Et l'adresse et le nom de son heureux asrent.

En même temps on interdisait aux écrivains, sous peine de mort, de parler de finances. Si le peuple, se soulevant contre les accapareurs, faisait la guerre

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