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de Tabimc, el pour ce crime elles devaient périr. Une seule, conservée chez le curé de Beauregard, village au milieu duipiel le saint évoque allait réparer ses forces délaillanles, une seule est échappée a l'ouhli auquel elles ont été condamnées par l'indifférence éternellement regrettable des premiers éditeurs de Massillon. Cette lettre, adressée au cardinal Fleury en IT-iO, à l'époque la plus brillante du long règne du successeur du grand roi, montre quelle détresse affreuse pèse sur les peuples, tandis que le trône brille de ces fausses splendeurs qui séduisent les historiens.
« Monseigneur, je supplie très humblement Votre Excellence de ne pas trouver mauvais que je sollicite une fois son cœur paternel pour les pauvres peuples de cette province. Je sens toute Timportunité de pareilles remontrances ; mais, monseigneur, si les misères du troupeau ne viennent pas jusqu'à vous par la voix du pasteur, par où pourraient-elles jamais y arriver ? Il y a longtemps que tous les états et toutes les compagnies de cette province me sollicitent de représenter a Votre Excellence leur triste situation. Ce ne sont point des plaintes et des murmures de leur part : vous méritez trop de régner sur tous nos cœurs ; c'est uniquement leur confiance en votre amour pour les peuples qui empruntent ma voix. Ils vous regardent tous comme leur père et l'ange tutélaire de l'Etat, et sont trop persuadés que si, après avoir été informé de leurs besoins, vous ne les soulagez pas, c'est que le secours aurait peut-être des inconvénients plus dangereux que le besoin lui-même, et que le bien public, qui est le grand objet du génie
sage et universel qui nous gouverne, rend certains maux particuliers inévitables.
cf 11 est d'abord de notoriété publique, monseigneur, que l'Auvergne, province sans commerce et presque sans débouchés, est pourtant, de toutes les provinces du royaume, la plus chargée, a proportion, de subsides (1). Le conseil ne l'ignore pas ; ils sont poussés à plus de 0 millions, que le roi ne retirerait pas de toutes les terres d'Auvergne, s'il en était l'unique possesseur. Aussi, monseigneur, les peuples de nos campagnes vivent dans une misère afi'reuse, sans lit, sans meubles ; la plupart même, la moitié de l'année, manquent de pain d'orge et d'avoine, ({ui fait leur unique nourriture, et qu'ils sont obligés de s'arracher de la bouche et de celle de leurs enfants pour payer leurs impositions.
« J'ai la douleur d'avoir cha(|ue année, monseigneur, ce triste spectacle devant les yeux dans mes visites. Non, monseigneur, c'est un fait certain que, dans tout le reste de la France, il n'y a pas de |)euplc plus pauvre et plus misérable que celui-ci ; il l'est au point que les nègres de nos îles sont infiniment plus heureux ; car, en travaillant, ils sont nourris et habillés, eux, leurs femmes et leurs enfants ; au lieu que nos paysans les plus laborieux du royaume ne peuvent, avec le travail le plus opiniâtre, avoir du pain pour eux et pour leur famille, et payer
(1) C'est là une de ces assertions qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre. Turgot disait exactement la même chose de la généralité du Limousin , limitrophe de TAuvergne . ( Turgot , Œuvres, IV, 6i, 2i2, 299.) La misère, comme la surcharge, était la même partout.
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leurs subsides. S'il s'est trouvé dans celle province des intendants qui aient pu parler un autre langage, ils ont sacrifié la vérité et leur conscience à une misérable Ibrtune.
(.( Mais, monseigneur, a cette indigence générale et ordinaire de celle province se sont jointes, ces trois dernières années, des grêles et des stérilités qui ont achevé d'accabler les peuples. L'hiver dernier surtout a été si alTreux, que si nous avons échappé a la famine et a une mortalité générale qui paraissait inévitable, nous n'en avons été redevables qu'a un excès et a un empressement de charité que des personnes de tous les états ont fait paraître pour prévenir tous les malheurs. Toutes les campagnes étaient désertes, et nos villes pouvaient suffire a peine a contenir la multitude innombrable de ces infortunés qui y venaient chercher du pain. La bourgeoisie, la robe et le clergé, tout est venu a notre secours ; vous-même, monseigneur, avez déterminé la bonté du roi a nous avancer 60,000 livres. C'est uniquement 'a la faveur de ce secours que la moitié de nos terres, qui allaient toutes rester en friche par la rareté et la cherté excessive des grains, ont été ensemencées. Le prix des grains a diminué de plus de moitié; mais le pauvre peuple, qui, pour ensemencer ses terres, a été obligé d'emprunter du roi et des particuliers, et d'acheter des grains d'un prix alors exorbitant, va être obligé, parla vilité des prix oùils sont maintenant, d'en vendre trois fois autant (ju'il en a reçu, pour rembourser les avances qu'on lui a faites ; de sorte qu'il va retomber dans le même gouffre de misère, si Voire Éminence n'a pas la charité de faire
accorder celte année quelque remise considérable sur les impositions que le conseil va régler incessamment.
« Au reste, monseigneur, je supplie instamment Voire Eminence de ne pas regarder ce que je prends la liberté de lui écrire comme un excès de zèle épiscopal. Outre tout ce que je vous dois déjà, je vous dois encore plus la vérité ; aussi, loin d'exagérer, je vous proteste, monseigneur, que j'ai ménagé les expressions, afin de ne pas affliger votre cœur. Je ne doute pas que notre intendant, (juoicju'il craigne beaucoup de déplaire, n'en dise encore plus que moi ; que Votre Eminence ait la bonlé de s'en faire rendre compte. Je sens bien (jue dans la première place on ne peut ni tout écouler ni remédier îi tout. Celte maxime pouvait être admise sous les ministères précédents ; mais sous le vôtre, tout est écouté. Les grandes aflaires qui décident du sort de l'Europe ne vous font pas perdre de vue les plus petits détails. Rien ne vous écliappe de celte immensité de soins, et rien presque ne parait non seulement vous accabler, mais même vous occuper. C'est dans celle confiance que j'ai hasardé celle lettre ; avec un vrai père on ose tout, et quand on lui parle pour ses enfants on peut bien l'importuner, mais on est bien sûr qu'on n'a pas le malheur de lui déplaire. »
Voila (juellc était la situation de la France au milieu du xviii'' siècle, et sous un roi qui allait bientôt jeter plus que jamais les trésors du pays aux mains de créatures indignes et de courtisans méprisables. Voici maintenant ce que fil la cour.
L'Auvergne payait six millions, somme, disait