LES PHILOSOPHES
rendre, el l'on trouve encore des coniniunaulés (|ni, n'y croyant pas ou la trouvant trop chère pour ce qu'elle valait alors, refusent de l'acheter (1).
Il en lui de même de l'anhaine, droit impoliticjue et sauvage, qui semblait dicté dans l'intérêt seul des gouvernements ennemis, toujours disposés à s'enrichir des essaims que jetaient sur eux les persécutions religieuses et mille autres circonstances, tandis qu'au dire de Necker, de riches étrangers qui se lussent fixés en France n'osaient y acheter une simple maison de campagne qu'ils n'eussent pu laisser à leurs enfants. L'aubaine avait encore le défaut d'être improductive, et tous ses fruits étaient presque entièrement absorbés par des frais de formalités et des attributions qui appartenaient aux ol'liciers de justice (2). On se demanderait donc pourquoi elle ne disparaissait pas, si l'on ne savait que les abus, par leur ténacité, semblent, dans tous les temps, se donner
1786. « Hélas ! il est encore des serfs dans quantité de nos provinces ! » (Perreciot, I, 2i.)
1789. « Lorsque les rois de la troisième race montèrent sur le trône, il y avait en France un si grand nombre de serfs de tout genre et de toute espèce, que, nonobstant ce qu'ont fait ces princes pour les aUranchir, il en reste encore dans plusieurs provinces. » {États-Généraux, I, 106; voyez aussi VII, 133.)
1789. » La Franche -Comté n'était certainement pas la seule province où il y eût encore des serfs en 1789. » (.Monteil, Traité de matériaux ^nanuscrils, I, 2il.)
(1) Dans son Traité de matériaux manuscrits, Monteil nous présente un Mémoire de l'affranchissement de vinç/t-trois communautés de serfs appartenant à l'abbaye de Luxeuil, manuscrit original de 1777, et, à côlé, une autre de la même année, où les serfs refusent de s'affranchir au prix. d'une modeste somme, 1,241.
(2) De l'administration des finances, 111, 310, 311, 313.
le mot pour rendre les révolutions inévitables et en précipiter le cours.
Les hommes qui ont dépensé toute leur existence dans l'étude sérieuse et approfondie d'une science ne peuvent se résigner a proclamer que celte science pèche par ses Ibndemenls. Les légistes avaient été, au IIP siècle, les plus implacables adversaires des chrétiens, et s'étaient convertis les derniers h la croyance nouvelle qui venait renverser leurs vieilles lois, leur vieille religion et leur vieille société. De même au XVIIL' siècle, ])en(lant que les publicistcset les philosophes étaient depuis longtemps unanimes h battre en brèche le servage et l'odieuse corvée, ces institutions oppressives trouvaient encore parmi les jurisconsultes d'ardents apologistes, témoin le président Bouhier, le célèbre commentateur de la coutume de Bourgogne, qui se fait l'avocat des banalités, de la mainmorte, de la taille haut et bas, et de cette odieuse solidarité contre laquelle tous se déchaînent. Il blâme les seigneurs d'avoir affranchi leurs serfs, et défend pied 'a pied le terrain que les philosophes ont gagné sur la féodalité, déjà jugée et condamnée (1).
« On ne saurait sans injustice, dit-il, au sujet de la corvée, lui donner le nom odieux d'usurpation et d'extorsion... C'est, a l'égard des affranchis, le prix de leur liberté, et conséquemment d'une faveur dont l'avantage est inestimable, et dont ils ne doivent jamais perdre le souvenir... Le bien public, dit-il ailleurs, s'accorde en cela avec celui des seigneurs ;
(1) Bouhier, II, 284, 286, 329, 3i9, 422, 437...