‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 60 sur 85 · LES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

LES PHILOSOPHES

car, suivant la remarque judicieuse de Godclroy, rci- 'publicœ iniercsl ut censiti terne inhœrenl. Tout le monde sait que le fondement principal du revenu d'un État dépend des produits des terres. Il faut donc avoir attention qu'elles soient bien cultivées ; et Texpériencc nous apprend qu'elles le sont avec plus de soin dans les lieux de mainmorte que dans les autres, où le plus souvent elles tombent en friche faute de cultivateurs. Uni(|uement occupés d'agriculture, on ne les voit point se fatiguer en procès, ou aspirer a des professions (]ui les détournent du métier de leurs pères. Ils ne songent qu'a faire fructifier la terre et a multiplier le nombre des citoyens, qui fait en même temps la force et la richesse de l'État ; ainsi, loin de les plaindre, il faudrait, s'écrier avec le poète :

0 fortunatos nimium, sua si bona iiôrint, Agricolas !...

Si (pielques esprits judicieux tentent de remettre encore une fois en avant l'idée, déjà si souvent émise et toujours abandonnée, de réformer toutes les coutumes pour les refondre en un seul code de loi uniforme pour toute la P^rance, de tous côtés les parlements protestent contre ces rêveries.d'idéologues qui mettent la société en péril. (Floquct, VII, 547.) Voltaire, ({u'inspire le génie du bon sens, ne se tient pas pour battu et continue sa sainte croisade contre la routine et les vieux abus. « Votre coutume de Paris, dit-il {Dkt. philos., V. Lois), est interprétée dinéremment par vingt-quatre commentateurs ; donc il est prouvé

vingt-quatre Ibis qu'elle est mal conçue. Elle contredit cent quarante autres coutumes ayant toutes force de loi chez la" même nation, et toutes se contredisent entre elles. Il est donc, dans une seule province de l'Europe (1), entre les Alpes elles Pyrénées, plus de quarante petits peuples qui s'appellent compatriotes, et qui sont réellement étrangers les uns pour les autres, comme le Tonkin l'est pour la Cocliincliine. »

L'on vit d'Eprémesnil dénoncer au parlement une brochure de Voltaire contre la corvée. Si des idées étranges commençaient à agiter le royaume, c'était la faute des économistes, — ces socialistes du siècle dernier, — qui troublaient l'Etat et enseignaient le mépris des lois. (Floquet, VU, 49.) Lorsque parut la brochure de Boncerl" sur les Inconvénients des droits féodaux (177(5), ouvrage modéré s'il en fut jamais, Séguier dénonça énergiquement cet ouvrage séditieux, et ne faillit pas à accuser l'auteur d'ameuter les paysans contre les seigneurs, les pauvres contre les riches, le peuple contre les souverains, de saper la constitution de la monarchie, de vouloir plonger la France dans l'anarchie (/rf., 55). Le parlement fit lacérer et brûler par le bourreau ce livre incendiaire.

C'est a peine si, par grâce et a titre de concession, on permet aux gens de mainmorte et aux roturiers d'acquérir les domaines démembrés des nobles et de devenir propriétaires : « Ils ne les possèdent aujour-

(1) Ces six mots sont à remarquer. Ce hardi penseur comprenait l'unité européenne, il pressentait les États-Unis de l'Europe. Quand cette utopie sera-t-elle réalisée, pour la paix de l'humanité?

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