‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 6 sur 85 · EXIGENCES DU FISC · texte numérisé non relu

EXIGENCES DU FISC

grand bruit a Orléans : la populace et les faubourgs sont émus, et malgré toute la force de la ville et nonol)Stanl la présence du duc d'Orléans, qui s'en est sauvé, ils ont pillé trois bateaux cbargés de sel. On dit que ce mal ira bien loin et s'agrandira fort... Le bruit et le désordre continuent a Orléans, les dernières lettres portent qu'on y a pillé jusqu'à sept bateaux de sel... On recommence a parler de quelques mouvements de la noblesse en Normandie, Poitou, Saintonge et Bretagne, lesquels joints ensemble peuvent faire un parti considérable. »

Malgré ces dures leçons, le martyr essaya de se retourner encore une fois sur son lit de douleur, et une nouvelle jacquerie vint épouvanter, deux ou trois années plus tard (16G2), quelques communes du Boulonnais. Mais Louis, qui alors n'avait plus besoin du peuple, et (jui voulait qu'il pliât, soullrit et mourût sans se plaindre, lit marcber contre ces insurgés dix compagnies de gardes françaises, cinq de Suisses, et vingt-trois de cavalerie. (Bussy, III, 120.) Il ne s'agit plus, on le voit, de quarante chevaliers du comte Phœbus massacrant dix mille Jacques sur la place du marché de Meaux ; ce n'est plus de la fantaisie, c'est de la réalité la plus poignante. A la tête de pareilles forces, Montpesat n'eut pas grand'peine a venir a bout des révoltés, qui d'ailleurs, suivant l'ordinaire, s'étaient spontanément séparés a sa seule approche. Ce qui n'empêcha pas qu'on en pendît un bon nombre pour l'exemple.

Et, en effet, des survivants on obtenait tout ce qu'on voulait.

Dans aucune de ces révoltes qui se succèdent,

nous ne retrouvons ce caractère énergique et grandiose Je Tantiquité, sublimes protestations de la dignité humaine qui repousse la tyrannie au nom delà patrie et de la liberté. Ce sont la des abstractions que la France des campagnes ne comprit que bien tard, si même elle les comprit jamais, et ce que modestement revendiquait Jacques Bonhomme, c'étaient les droits naturels et la propriété, c'était la possibilité de vivre pour lui et pour les siens. Pourquoi a-t-on glorifié les luttes de l'antiquité, tandis que l'on a flétri et calomnié les luttes du peuple au moyen âge et jusqu'au dix-septième siècle? Le droit de vivre n'estil donc pas légitime et sacré 'a l'égal du droit d'être libre? Est-ce encore parce que les premières eurent les villes et les secondes les campagnes pour théâtre, ou bien si c'est que dans nos sociétés de civilisation incomplète, où le sabre est encore le véritable sceptre du monde, on impose, ainsi que je l'ai dit, aux vaincus le droit de guerre, le Vœ viclis ! qui justifie tout, même la calomnie ?

Comme si ce n'était pas un désastre pul)lic de voir les classes stériles accaparer toutes les richesses, tandis que le paysan, le producteur par excellence, lui par (]ui la société vit, est réduit à l'impuissance par le man(jue de capitaux, les campagnes se virent contraintes a se livrer à la merci des agioteurs. L'excès du mal prenant les proportions d'un danger social, la cour ouvrit les yeux, et une ordonnance de juin 1659 permit aux communautés et villages de campagne de se remettre en possession des usages, biens et bois par eux aliénés pendant la guerre, à la charge de rembourser en dix ans aux acquéreurs le

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