‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 7 sur 85 · EXIGENCES DU FISC · texte numérisé non relu

EXIGENCES DU FISC

prix réellement payé de la venlc. Les termes mêmes de rordonnance prouvent que les villages étaient contraints, le pistolet sur la gorge, de les vendre a des personnes puissantes, seigneurs, juges, magistrats et bourgeois des villes, sans permission du roi ni décrets de justice, a des prix très modi(iues, « et Ijien souvent, des dits i)ri\', n'a été touché aucune chose, bien (ju'ii soit écrit autrement, par la violence des acquéreurs, qui ont forcé les liabilanls de signer. »

« En 1()60, écrit Ferbonnais, le peuple payait environ 90 millions d'impôts, dont le roi louchait a peine 55 : deux années étaient consommées d'avance... On ne man(juait pas, pour justilier la dureté de la perception auprès du prince, de lui peindre ses sujets comme des hommes de mauvaise volonté et paresseux, auxquels il fallait faire sentir l'autorité, et que la misère rendait industrieux. Cette affreuse politique parvint cependant a les jeter dans le découragement. La culture des terres fut abandonnée : la nourriture des bestiaux fut oubliée ; les terres privées d'engrais et du secours des bras devinrent stériles, et l'on attribue la disette à la liberté du commerce des grains. La culture s'anéantit ; le commerce en eût [)cut-être retardé la ruine, si lui-même n'eût été détruit par le doublement des droits, des péages, des contributions personnelles.»

Cependant Louis XIV inarche au-devant de rinfanle Marie-Thérèse, qu'il va épouser. Guy l'atin [uévoit, — et l'événement ne lui donna que trop bien raison, — que ce sera le prétexte de nouvelles charges l\ mettre sur le peuple. « Un dit, écrit-il, ([ue le roi pourra

être marié devant la lin du mois de mai ; aussitôt l'on dit qu'il reviendra à Bordeaux, de la en Poitou, où il veut mettre la gabelle, afin que cette province se souvienne de son mariage et de la paix après laquelle Ton met des impôts sur le vin, sur le sel, et sur toutes sortes de marchandises. Et tout cela pour que le peuple ne devienne trop plein et ne crève de graisse. De Poitou, le roi viendra en Bretagne et en Normandie, et demandera de l'argent partout 'a cause de son mariage. Cela n'est-il pas raisonnable ? Ne faut-il pas que le peuple paye les violons de la noce, combien qu'il n'y ait pas assisté (1) ? »

(1) Quelques lettres inédites de Guy Patin, publiées par A. Chereau.

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