‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 67 sur 85 · CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX

(l'orge ; j'en goûtai suffisamment pour plaindre bien sincèrement ces pauvres malheureux. Dans le Limousin, les métayers ne sont guère considérés que comme des domestiques, (|ue Ton renvoie à volonté, et (\m sont obligés de se conl'ormer en tout aux caprices de leurs seigneurs. On compte que la moitié des tenanciers doivent beaucoup au propriétaire, de sorte , qu'il est souvent obligé de les renvoyer avec la perte de ces dettes, pour empêcher que ses terres ne restent en friche. » (III, 7.)

« De grands impôts sur les fermiers, dont la noblesse et le clergé étaient exempts, et ces impôts levés arbitrairement, selon le caprice des intendants et de leurs subdélégués, furent des causes suffisantes pour appauvrir les basses classes de. la société... Les fermiers sont généralement pauvres, ou paraissent l'être, puiscjue le riche atiécte un air de pauvreté afin de se soustraire a un impôt arbitraire qu'on lui fait payer en pro])ortion de ses facultés. De la, de pauvres bestiaux, de pauvres ustensiles et de pauvre fumier, même dans les fermes de ceux qui seraient en état d'y mettre ce qu'il y a de mieux.

a Quel système ruineux et détestable, et qu'il est bien fait pour arrêter le cours des richesses du souverain et celles de ses peuples ! Quel est l'homme ayant le sens commun qui peut regretter la chute d'un gouvernement (|ui se conduisait selon de pareils principes? Et qui peut, avec justice, condamner la violence du peuple, en arrachant à la noblesse et du clergé ces privilèges et ces distinctions dont ils avaient si indignement fait usage pour l'oppression et la ruine des classes inférieures ! » (III, 12.)

Voila Jonc la dernière révolte de Jacques Bonhomme juslifiée et légitimée comme toutes les autres, et celte fois par un agronome, par un étranger.

Plein de bons désirs pour la cause populaire, et pénétré de l'urgente nécessité de porter remède a tant d'abus, Louis avait convoqué une première assemblée de notables en 1787, une seconde en 1788, espérant, avec leur concours, abolir plus de r)0, 000, 000. vd'impôts sur le peuple, obtenir plus d'égalité dans la contribution, une grande diminution dans les frais de perception, l'abolition d'entraves et de droits infinis, et une grande amélioration dans le service des gabelles.

11 s'adressait aux privilégiés pour supprimer les privilèges, aux oppresseurs pour secourir les opprimés. Aussi, tandis qu'a la seule annonce de la convocation de ces assemblées, les caricatures et les couplets couraient la ville (1), la noblesse et le clergé réunirent leurs elforls pour sauver leurs prérogatives, et firent tout échouer. Il restait acquis désormais que la monarchie absolue était frappétî d'impuissance pour sortir la France du goutîre où elle l'avait

(1) Une de ces caricatures représente un gros fermier dans sa basse-cour, entouré de poules, oies et dindons, avec ce dialogue :

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