‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 68 sur 85 · CONVOCATION DES KTATS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

CONVOCATION DES KTATS GÉNÉRAUX

plongée. Alors, îi bout (rexpédients, et pendant qu'un hiver qui rappelait celui de 1700 ajoutait encore aux souffrances du pays (1), Louis réveilla les états généraux du long sommeil de cent soixantequinze années qui pesait sur eux.

11 n'était que temps, et le 4 mai 1789, le prédicateur de la cour. Met" de la Fare, évêque de Nancy, s'écriait en chaire : « Sire, le peuple sur lequel vous régnez a donné des preuves non équivoques de sa patience... C'est un peuple martyr, 'a qui la vie semble n'avoir été laissée que pour le faire souffrir plus longtemps (2). »

On a prétendu que la révolution de 1780 avait été sans cause et sans but, et que, salislait de son sort sous la monarchie, le peuple ne la désirait pas, n'ayant rien a en attendre. Cela, sans nul doute, ferait honneur 'a la modération de ses désirs ou 'a sa résignation tout évangélique ; mais cela n'est pas vrai, et les cahiers des bailliages, que les commettants avaient remis 'a leurs mandataires, après y avoir consigné leurs vœux, les cahiers de i)ailliages, qui sont la voix du peuple, proclament hautement, au contraire, combien était ardent le besoin national d'une révolution que le criminel égoïsme des deux castes privilégiées avait rendu inévitable. La nation la voulait si bien et à tout prix, (]ue l'assemblée géné-

d) « Dix-sept degrés de froid continu ! Deux lieues de mer glacées à Calais ! Le bassin du poit de Marseille entièrement gelé ! Des débâcles épouvantables de la Loire et du Rhône !... Quelques p.iysans mangèrent du son et de l'herbe bouillie... » (Augustin C'.hallamel, Mémoires du peuple français, Vlll, 5il.)

(2j Taine, V Ancien régime et la Révolution, I, 484.

raie d'Angers couvrait d'applaiulissemenls frénétiques ces paroles brûlantes de son président, M. de Milscent, qu'elle envoya aux états généraux :

« Choisissez des hommes d'une trempe forte et vigoureuse, capables de soutenir sans émotion les cris affreux de la tyrannie, au moment où la nation va l'abattre à ses pieds et lui porter le coup de la mort ! »

<( L'abus de la féodalité, dit le cahier de Vannes (24-26), les vexations qui en découlent, sont le plus grand fléau des peuples... Qu'on abolisse toutes espèces de corvées et aides coutumières. Elles sont odieuses, contraires a la liberté naturelle, destructives de l'agriculture... Outre des rentes excessives, le colon est assujetti 'a des corvées arbitraires. Il est plus que temps de faire cesser pour le colon la cruelle alternative de se ruiner ou de s'expatrier. »

« Que la féodalité soit abolie, demande Rennes (art. 159). L'homme, le paysan surtout, est tyranniquement asservi sur la terre malheureuse où il languit desséché. Rentes fixes et pesantes.; poursuites vexatoires pour les exiger ; apprécis injustes pour les augmenter ; rentes solidaires et revenchables ; rentes chéantes et levantes ; fumages ; rachat a toute mutalion et par mort, en ligne directe comme en collatérale ; retrait féodal ; lods et ventes au huitième et même au sixième denier ; rachats iniques dans leur origine, surtout en Bretagne, plus iniques encore par les extensions qu'on leur a données ; banalité de moulin, de four, de pressoir ; corvées coutumières, corvées par titres, corvées par usemenl de fiefs, corvées établies par d'injustes arrêtés, corvées arbi-

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