CHAPITRE n
La féoilalité uu xvi^' siècle. — Les grands jours d'Auvergne. Tvrannie des seigneurs.
« Les pauvres habitants des campagnes, sans défense, livrés à l'exécrable tyrannie de leurs .se gneurs, dont la férocité dans les campagnes égalait la lâcheté à la cour, étaient impunément outragés, pillés, battus, mutilés, égorgés, et réduits à la plus abjecie soumission (105'i). »
DULAURE, Hist. de Paris, 4'i'i.
La ijîisère régnait par toutes les campagnes (1). Les linanciers foulaient aux pieds les prescriptions de Colbert, dont les ordres n'étaient suivis dans aucune province (2). « On lève, par détachements de gens de guerre, les restes des tailles des années JGoT, lGr)(S, 1050, 1000 et 1001, avec des rigueurs qui passent jus(|u'a l'hostilité... Des paroisses qui ne sont pas coupables de mauvaise volonté ni d'aucune rébellion se trouvent accablées de logements et de contraintes de six, sept, huit, neuf, dix et douze cavaliers, qui en exigent 40 sous chacun par jour, outre leur nourriture. »
(1) De la Marre, Traité de la police, II, 1020, 1038. — Emm. Michel, Hist. du Parlera, de Metz, 140. — Bourquelot, Ilist. de Provins, II, 223. — Journal d'un bourgeois de Caen, publié par Mancel, 27. — D. Lottin, Recli. historiques sur Orléans...
(2) Depping, Aff'. municip. et commun , 17 avril 16G3, 29 oot. 1663, 27 nov. 1663 ; l. III, p. 24, 58...
Écoutons encore un instant Guy Patin, ce Gaulois (le la \ieille roche, ce bourru bienfaisant, toiijours pestant et jurant contre les publicains, « ces anthropophages de la France )),les apothicaires, les moines, les animaux rouges, les cardinaux enragés d'avoir le bien d'autrni, mais aussi toujours plein de sympathie pour les souffrances de la patrie.
M janvier 1001. — « On parle fort au Louvre de bals, de ballets et de réjouissances, mais on ne parle point de soulager le peuple, qui meurt de misère, et d'une misère sans exemple, après une si grande et si solennelle paix générale... Plût a Dieu que la reine-mère prit soin de diminuer la taille, qui est un fardeau effroyable, par lequel le pauvre peuple est plus maltraité parles partisans que ne sont les forçats et les galériens sur mer... »
17 juin. — « Les pauvres Normands ont envoyé deux députés a la cour pour faire de très humbles remontrances au roi sur Lénormité de leurs tailles... Les autres provinces ne sont guère mieux traitées : il y a des Normands qui chassent leurs enfants de leur maison, n'ayant point de pain a leur donner. Cela doit être bien honteux à ceux qui peuvent y mettre ordre... »
2 septembre. — « Les gens de bien n'ont que faire d'attendre du soulagement pour le pauvre peuple: on minute de nouveaux impôts... Aussi les pauvres gens meurent-ils, par tout le royaume, de maladie, de misère, d'oppression, de pauvreté et de désespoir... Je pense que les Topinambous sont plus heureux en leur barbarie que ne le sont les paysans de France aujourd'hui... On dit qu'il y a bien du