‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 77 sur 85 · LA NUIT UU 4 AOUT · texte numérisé non relu

LA NUIT UU 4 AOUT

nuit (lu i août, la iéodalilé elle-même donne au peuple la salislaclion qu'il demande, et, pour le désarmer, aholil tout ce qui excite ses fureurs : pareille au coupable que la justice va saisir, qui se lait sauter la cervelle pour échapper au supplice. Elle se suicide, de peur (j'être exécutée.

C'est au vicomte de Noailles que revient l'honneur d'avoir frappé le premier coup : « Que les représentants de la nation décident, proposait-il, 1° que rim{)ôt sera payé par tous les individus du royaume, dans la proportion de leur revenu ; 2" que toutes les charges publiques seront a l'avenir supportées par tous ; 5" que tous les droits féodaux seront rachelables ou échangés au prix d'une juste estimation ; 4" que les corvées seigneuriales, les mainmortes et autres servitudes pareilles seront détruites sans rachat. »

Après lui, le duc d'Aiguillon demanda que les corps, villes, communautés et individus qui, jusqu'alors, avaient joui de privilèges et d'exemptions, supportassent a l'avenir leur j)art des charges publiques, sans distinction aucune, soit pour la quantité des impôts, soit pour la forme de leur perception, et que tous les droits féodaux et seigneuriaux fussent u l'avenir remboursables 'a la volonté des redevables.

L'émotion de l'assemblée rendait hommage au désintéressement de la noblesse, et l'on allait oublier les droits du peuple, lorsqu'un cultivateur breton, portant la veste carrée et les longs cheveux du paysan, le Guen de Kerangall, député de Lesnevel, monta a la tribune:

« Vous eussiez prévenu l'incendie des châteaux, dit-il a ses collègues, si vous aviez été prompts a

déclarer que les armes terribles qu'ils contenaient, et qui tonnent contre le peuple depuis tant de siècles, allaient être anéanties par le rachat forcé que vous en eussiez ordonné. Le peuple, impatient d'obtenir justice et las de l'oppression, s'empresse 'a détruire ces titres, monuments de la barbarie de nos pères. Soyons justes, messieurs ; qu'on nous apporte ici les titres qui outragent non seulement la pudeur, mais l'humanité même ; qu on nous apporte ces litres qui humilient l'espèce humaine, en exigeant que les hommes soient attelés 'a une charrette comme les animaux du labourage ; qu'on nous apporte ces titres qui obligent les hommes 'a passer les nuits à battre les étangs pour empêcher les grenouilles de troubler le sommeil de leurs voluptueux seigneurs ! » Legrand (du Berry) (1) vient ensuite démontrer que les corvées, la taille, la mainmorte sont autant d'outrages a l'humanité, et qu'il y a lieu de les abolir sans rachat ; Lnpoule, (|ui lui succède a la tribune, va plus loin, et passant au tableau des excès et des crimes de la féodalité, il rappelle ce droit d'assassin qui j)ermcttait au seigneur, dans certains cantons, « de faire évenlrer deux paysans au retour de la chasse, pour se délasser, en plongeant ses pieds dans les entrailles sanglantes de ces malheureux (2). »

(1) Ni le Mo)iitcHr univerficl, ni li réimpression du Moniteur, ne donnent les discours de Legrand et de Lapoule.

(2) « Les comtes de Montjoie, les seigneurs de Mèches, et quelques autres de ces cantons, lorsque, suivis de leurs chiens et de leurs paysans serfs, ils chassaient pendant Ihiver et qu'ils se sentaient les pieùs froiJs, pouvaient, pour se les réchauffer, faire éventrer quelques uns de ces paysans et placer leurs pieds

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