‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 78 sur 85 · LA NUIT DU 4 AOUT. -M · texte numérisé non relu

LA NUIT DU 4 AOUT. -M

Profilant du tumulle soulevé par celte assertion, Dupont (de Nemours) veut en vain opposer une digue il ces Ilots de renoncement qui vont se précipiter. Le marquis de Foucault, dans une vigoureuse sortie contre les abus des pensions militaires, exprime le vœu que les plus grands sacrilices soient imposés a celte portion de la noblesse (pii, opulente déjà, et sans cesse sous les yeux du prince, accapare en largesses et en traitements e.xcessil's la pure substance des campagnes. Après le vicomte de Beauliarnais, qui réclame l'égalité des peines et l'admissibilité de tous les citoyens a tous les emplois, c'est Lotin qui signale, au milieu des applaudissements, la tyrannie des justices seigneuriales et en demande l'abrogation ; c'est le duc du Cbâtelet, qui veut que Ton étende aux dîmes ce qu'on a lait pour les autres droits féodaux. Le clergé lait retentir la salle de sa bruyante adbésion, entraîné par l'évéque de Nancy, puis par l'évèque de Cbartres, qui appuie avec énergie sur la tyranni(iuc absurdité qui résultait des droits de cbasse, aussi cruels (pie funestes aux cultivateurs.

De Richer demande la gratuité de la justice et la suppression de la vénalité des charges. Le comte de Vezins, « regrettant, comme Catulle, de n'avoir 'a olïrir en sacrilice qu'un moineau », propose l'aban-

dans leurs entrailles fumantes. » (Dulaure, E-S(iuisse /tislor. de la Révol. franr., I, 253.)

L'abbé Clerget, député de l'Assemblée constituante, aflirme également ces faits, et cite des communautés d'habitants qui avaient converti et abonné ce droit efl'royable en corvées à bras et en redevances en blé et en avoine. {Le Cri d-ti la Ralsoriy par l'abbé Clerget, liv. il, ch. viil. Besançon, 1789. — Il est également mentionné par Rougebief, la Fraiic/ie-Comlc anc. et mod-, 27 i.)

don du droit du colombier (1), abandon qu'il fait pour son propre compte, tandis que le duc de La Rocbefoucauld-Liancourt réclame l'affranchissement des serfs. Un pauvre curé, Tabbé Thibault, dit que puisque l'on décrète que la justice doit être gratuite, les offices du clergé le doivent être aussi : mais chacun sait qu'au contraire le casuel du clergé est insuffisant, et la motion n'est pas acceptée. L'archevêque d'Aix, insistant de nouveau sur les malheurs que cause la tyrannie féodale, et prévoyant le cas où la misère pourrait décider les paysans a se soumettre a quelques-unes de ces conventions d'un autre âge, réclame que l'assemblée les déclare nulles de plein droit. Il dépeint ensuite les maux causés au peuple par l'extension arbitraire des taxes, et surtout par les droits d'aide et de gabelle, dont il demande la suppression immédiate.

Les députés des provinces privilégiées, les villes, les seigneurs, tous viennent à leur tour faire l'abandon de leurs privilèges et des avantages dont ils joiiissent. L'inégalité ne peut régner sur le territoire quand l'égalité règne entre les citoyens, enfants et héritiers au même titre d'une même patrie.

On ne discute pas, on ne vote pas, on applaudit, et l'enthousiasme ratifie tout.

Que si, maintenant, nous résumons les diverses propositions arrêtées dans cette séance immortelle.

(1) M. de Coigny demandait à un laboureur, élu député dans le bailliage qu'il présidait, ce qu'il se proposait de demander aux Etats-Généraux: a. La suppression des pigeons, des lapins et des moines », répond le paysan. M. de Coigny se récrie sur ce rapprochement bizarre : « 11 est fort simple, monseigneur, reprend le

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