‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 79 sur 85 · LA NUIT DU 4 AOUT · texte numérisé non relu

LA NUIT DU 4 AOUT

nous allons voir que les populations agricoles en recueillirent tous les bénéfices, et (lu'elle eut pour effet (le les replacer dans le droit commun et dans la situation du reste du pays.

xVbolition de la qualité de serf et de la mainmorte, sous quelque dénomination qu'elle existe ;

Faculté de rembourser les droits seigneuriaux ;

Abolition des juridictions seigneuriales ;

Suppression du droit exclusif de la chasse, des colombiers, des garennes ;

Taxe en argent représentative de la dîme. Suppression ou rachat possible de toutes les dîmes, de quelque espèce que ce soit ;

Abolition de tous les privilèges et immunités pécuniaires ;

Égalité des impôts, de quelque espèce que ce soit ;

Admission de tous les citoyens aux emplois civils et militaires ;

Déclaration de l'établissement prochain d'une justice gratuite, et de la suppression de la vénalité des offices ;

Abandon des privilèges particuliers des provinces et de plusieurs villes, Paris, Lyon, Bordeaux, etc. ;

Suppression du droit de déport et vacat, des annates et de la pluralité des bénéfices ;

Destruction des pensions obtenues sans litre.

C'est donc de la nuit du 4 août que date l'affranchissement des paysans. Aucun des grands orateurs qui

laboureur : les premiers nous mangent en grains, les autres en herbe, et les troisièmes en gerbe. »

L'Assemblée abolit le droit exclusif de li chasse dans la séance du 11 août 1789, et régla la matière par la loi du '2 avril 1790.

déjà imposaient à l'assemblée 1 enlrainement lie leur parole n'y prit part : Mirabeau, Barnave, Maury, Sieyès, Cazalès, dédaignèrent de s'y faire entendre, mais les représentants de la nation cédèrent à une pression bien autrement puissante, ils obéirent a la volonté de Jacques Bonbomme, qui, cette fois enfin, était le plus fort, et dont les hauts bourgeois du Tiers- Etat avaient besoin pour faire trembler la royauté, la noblesse et le clergé, afin de partager leurs privilèges. Aussi l'assemblée put-elle faire une œuvre immense, et telle qu'aucun souverain n'eût osé l'entreprendre, se fùt-il appelé Cbarlcmagne ou Louis XIV.

L'énumération même des privilèges abandonnés attestait le nomîire des abus et justifiait l'insurrection. Il y avait donc justice, et non lâcheté, à accorder au paysan ce qu'il réclamait, et loin de cacher la défaite du pouvoir et le triomphe de la révolte, l'assemblée, sur la proposition de l'archevêque de Paris, décida qu'un Te Deiim solennel serait chanté dans toutes les églises du royaume ; on institua une fête nationale anniversaire, on fit frapper une médaille commémorative, et l'on décerna à Louis XVI, bien innocent de toutes ces choses, le titre glorieux de restaurateur de la liberté française.

On put croire que c'en était fait de l'ancien régime, que l'on en avait fini avec lui, et qu'il était vaincu pour toujours.

« En une seule nuit, écrivait Garât le lendemain même, la face de la France a changé ; l'ancien ordre de choses, que la force a maint<înu malgré l'opposition de cent générations, a été renversé ; en une nuit, l'arbre fameux de la féodalité, qui couvrait toute

Page 1