‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 101 sur 114 · LE HÉROS DU 14 JUILLET · texte numérisé non relu

LE HÉROS DU 14 JUILLET

Tcxcès même du péril le courage du désespoir, la mère et la fille, se tenant étroitement embrassées, s'élancent dans la cour...

Mais à peine ont-elles paru, que les outrages, les menaces de mort viennent glacer tout leur sang dans leurs veines. On se précipite, on les maltraite, on les sépare, et tandis que les cris désespérés de la pauvre mère se perdent au milieu des hurlements de la foule, un homme saisit mademoiselle de Montsigny, l'emporte auprès du premier pont-levis, et, répétant encore qu'elle est la fille de de Launay, dit qu'il faut la brûler vive aux pieds des tours de la Bastille, si son père ne veut pas rendre la forteresse. Une mort lente, une mort affreuse lui est réservée; une pail-' lasse est apportée, on l'y jette sans connaissance, demimorte déjà, et l'on y met le feu.

Du haut de l'une des tours, son père, M. de Montsigny. voit cet horrible spectacle ; il reconnaît sa fille, il va se précipiter, lorsque deux coups de feu l'atteignent en pleine poitrine; il tombe entre les mains de ses invalides.

Mais un autre homme l'a reconnue aussi et veille sur elle, Bonnemère, qui est partout ce jour-là, partout où il y a un péril à braver, partout où il y a un acte d'héroïsme ou d'humanité à accomplir. Il s'élance au milieu des flammes, la saisit dans ses bras, l'enlève, et, à travers une vive fusillade du peuple trompé dans sa vengeance, il l'emporte auprès de la pompe de la rue Saint-Antoine, lui fait reprendre l'usage de ses sens, et la conduit à l'entrée du passage Lesdiguières, dans une maison où elle est connue, où l'on veillera sur elle, et dans laquelle sa mère viendra, si de son côté elle a pu se dérober à la mort.

Madame de Montsigny ne tarda pas à la rejoindre en effet, et, oubliant pour un instant ses terreurs d'épouse, presse avec ivresse sur son cœur cette enfant qu'elle avait cru ne devoir plus retrouver vivante.

Il est quatre heures et demie; après une lutte de six

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heures, la garnison a capitulé; le .peuple se précipite; les Suisses, (|ui ont retourné leurs habits, cherchent à se perdre dans la foule, tandis que les invalides, rangés au fond delà cour, se découvrent et saluent le peuple qui entre. Le marquis de Launay, qui a rejeté loin de lui les insignes de son grade, pale et muet, appuyé sur sa canne et confondu dans les rangs de la garnison, attend, et croit voir fixés sur lui tous ces regards qui le cherchent en effet...

Quant à mademoiselle de Montsigny, elle n'était pas au terme de ses angoisses. A cinq heures et demie, un bruit considérable se fait entendre dans la rue Saint-Antoine. En proie à la plus vive anxiété, elle ouvre la fenêtre, écoute et regarde. C'est le fatal cortège qui passe; elle reconnaît au miUeu de la foule en délire un aide-major, nommé Miret, et elle entend dire qu'on le conduit à l'hôtel de ville, qu'on va le pendre, lui et tout ce qui survit de la garnison.

Bien des natures énergiques eussent succombé sous tant d'assauts répétés. Mademoiselle de Montsigny, surmontant SQS tortures, dissimule son anxiété à sa mère et lui persuade de la suivre chez un ami sûr, dans la rue des Billettes. Là, loin du théâtre de tant de poignantes émotions, elle sera plus rapprochée de l'hôtel de ville, où désormais vont se jouer les scènes terribles et éternellement regrettables qui souillèrent cette grande journée du 14 juillet.

L'espérance meurt difficilement dans le cœur de l'homme. Mademoiselle de Montsigny espérait, en dépit de tout, et, plus désolée que sa mère, cherchait à la consoler et à entretenir dans son cœur un espoir presque mort dans le sien. A neuf heures, un violent coup de sonnette les fait bondir sur leur siège. Des armes résonnent, et les pas pesants de plusieurs grenadiers se font entendre ; leur premier mouvement, après tant de poignantes émotions, lut de croire qu'on venait les arrachera leur retraite pour les conduire à la mort. Mais on les rassure, elles peuvent ouvrir, c'est leur époux, c'est leur père, c'est M. de Montsigny

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