‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 104 sur 114 · FOULLON. — BERTHIER · texte numérisé non relu

FOULLON. — BERTHIER

vie dans les cités, eux qui l'y apportaient jadis. La misère peuplait providentiellement la grande capitale, afin que le peuple du 14 juillet fût le peuple des campagnes aussi bien que des villes, et que paysans et citadins communiassent et s'unissent dans une même pensée, sous le feu des canons do la Bastille. Il importait que la victoire de Paris fût la victoire de la France.

Le ministre du 12 juillet n'eut pas le temps d'entrer en fonction, et à la nouvelle de la prise de la Bastille, se sentant en butte aux haines populaires, il fit le mort dans Tacceplion entière du mot, ordonnant que l'on célébrât avec pompe ses funérailles, et courut chercher un asile à Yiry, dans une terre à M. de Sartines.

Mais la vengeance des paysans flaira sa victime; ils l'arrachèrent de sa retraite, et traînèrent le malheureux vieillard — il avait soixante-quatorze ans — jusqu'à Paris, après lui avoir attaché sur le dos une boite de foin, au cou lin collier d'orties, et à la boutonnière un bouquet de chardons.

La populace de Paris reçut aux barrières la proie dépistée par les paysans, et, malgré les efforts surhumains de lîailly et de la Fayette, l'infortuné fut conduit sous un réverl>ère qui devait lui servir de gibet. La corde casse, il tombe demi-mort sur le payé. Pendu une seconde fois, la corde casse encore, et ce n'est qu'à la troisième fois qu'il expire au milieu de la joie horrible d'une multitude en délire, qui s'acharne ensuite sur son cadavre, et promène par les rues • sa tcle au bout d'une pique, après lui avoir enfoncé dans la bouche une poignée de foin.

On déposa religieusement sur le bureau de la municipalité une tabatière d'or, deux montres d'or, une bourse qui contenait onze louis, et une autre vide, deux flacons richement garnis, enfin tout ce qui avait appartenu à Foullon(l).

' 1 1 Uéimpressiou du Moniteur, ï, Gi2.

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