‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 3 sur 114 · LOUIS XII · texte numérisé non relu

LOUIS XII

pour la défense commune, pouvaient repousser leurs violences. Il leur interdit, sous les peines les plus rigoureuses, de s'écarter dans les villages voisins, soit pendant leurs garnisons, soit pendant leurs étapes. Il mit à leur tète des capitaines sévères, hommes honorables, responsables des désordres de leurs soldats, et qui durent dénoncer et livrer les coupables aux magistrats. (Ordon. du 20 janvier 1544.) On réduisit le nombre des procureurs, c( qui rongeaient la substance du pauvre peuple 3), et Ton défendit aux juges d'exiger « dépens ni autre chose des parties )), hors les épices. Enfin, contraint de demander, en 1501, un feuage aux états de Yannes, nous le voyons en exempter deux mille feux, les plus pauvres de la province.

Aux états généraux de 1506, Thomas Bricot, député du tiers état de Paris, fit, au lieu de doléances, entendre des actions de grâces et des bénédictions. C'était la première fois qu'un pareil phénomène se produisait : ce fut la dernière :

« Dans les temps de troubles et d'alarmes, dit-il, où les revenus de la couronne paraissaient à peine suffisants, les tailles ont été diminuées d'un tiers ; vous avez pourvu, sire, à la sûreté et à la tranquillité des citoyens par des lois sages, réprimé les excès des soldats par une exacte discipline. Le laboureur n'a plus tremblé à l'aspect des guerriers, et, pour me servir des expressions du prophète^ le mouton bondit au milieu des loups et le chevreau joue parmi les tigres !♦*» Daignez donc, sire, accepter le titre de Père du peuple, qu'ils vous défèrent aujourd'hui par ma voix! »

La postérité a ratifié ce titre, le plus glorieux que rois ni empereurs aient jamais porté. Lorsqu'il traversait les provinces, les paysans quittaient leurs travaux, ornaient les chemins de ces modestes arcs de triomphe en verdure, si touchants quand c'est la reconnaissance du peuple qui les élève. Les cris de joie et les acclamations se succédaient sur son passage, et quand ils l'avaient perdu de vue, ils

couraient par des sentiers plus courts pour le voir encore, et pour le remercier et le bénir. Puis, quand le royal cortège avait disparu au tournant de la route, c'était un souvenir qui ne s'effaçait plus : on le voyait encore avec les yeux du cœur, avec les yeux de l'amour, car c'était de l'amour en effet, de cet amour vrai et qui ne s'use point, des enfants pour un père dévoué et généreux. « C'est lui, se disaientils, qui fait régner la justice parmi nous, qui féconde nos moissons, qui nous a préservé des pilleries des gens d'armes, et qui le premier nous a fait goûter les douceurs de la paix et de la concorde. y>

Aussi le bien-être venait visiter ce pauvre royaume désolé, bien des exilés volontaires rentraient dans leurs chaumières, si l'on peut appeler volontaires ceux que la misère et d'indignes traitements avaient envoyés chercher une tombe loin de leur berceau. Les campagnes se repeuplaieni, et, suivant Seissel, à la fin de cet heureux règne un tiers du royaume avait été remis en culture depuis trente années.

En 1513, à la suite de ces fatales guerres d'Italie, il avait fallu établir une crue et augmenter les tailles, mais autant que possible on demanda aux villes des emprunts et des dons gratuits. Quant aux impôts, ils furent exigés mollement; le roi engagea et aliéna ses domaines plutôt que de « hausser la taille, dont le pauvre peuple était merveilleusement travaillé. » (Regist. du parlem.) « Pour rien, dit-il dans le préambule de l'ordonnance du 27 janvier 1513, nous ne voudrions plus charger notre pauvre peuple, sachant la nécessité où il est et les grandes charges, tant tailles et autrement qu'il a portées et porte, à notre très-grand regret et déplaisir. »

Dans les dernières années de ce règne trop vite écoulé, il arriva l'un de ces petits faits que l'on remarque à peine et qui portent dans leurs flancs des conséquences immense?. Louis faisait chaque année un fonds pour payer l'expédition des arrêts du parlement, et 6000 livres suffisaient alors

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