CHAPITRE II
Louis Xin. — États généraux de 1614. —Us restent sans effet pour le peuple. — Guerres civiles. — Guerres de religion.
« Nous les avons tant rabaisses, même opprimés, et par les tailles, et par la tyrannie des gentilshommes, quUl y a sujet de s'étoimcr conuncnt ils peuvent subsister, et comment il se trouve des laboureurs pour nous nourrir. » Loyseau.
Le moment était bien choisi, à la mort de Henri IV, pour risquer une dernière tentative en faveur du règne de la féodalité. Le roi était mineur, le temps de la majorité des gentilshommes allait revenir. Les économies du feu roi furent gaspillées, Sully fut congédié, et le maréchal d'Ancre, qui lui succéda, vendit des arrêts du conseil qui assuraient l'impunité aux traitants qui pressuraient le peuple. On le vit ' faire acquitter, pour 300 000 francs qu'il toucha, des élus qui, de leur autorité privée, avaient augmenté leurs taxations dans la proportion de trois à huit (1).
Les princes et les grands quittèrent la cour, recommencèrent leurs menées, et ramenèrent sur notre pauvre France tous les fléaux de la guerre civile*
(1) l)areste de la Chavanne, Hist. de l* administration en France^ I,
a Les ecclésiastiques el les nobles prétendaient, à Fabri de leurs ponts-levis, pouvoir se dispenser de la loi commune au reste du peuple. La licence des seigneurs particuliers était telle dans ces temps, qu'ils exerçaient presque le droit de souveraineté dans leur terre... L'excessive pauvreté des campagnes et le luxe de la capitale avaient attiré une foule de mendiants à Paris ; il fut défendu de leur donner l'aumône, et ils furent renfermés dans un hôpital fondé à ce dessein » (Forbonnais, 1, 132, 135.) Nous voyons en effet se renouveler ici ce spectacle odieux que nous a présenté le milieu du xiv° siècle, où l'on vit le luxe des nobles, la somptuosité dans les parures et les ameublements s'étaler aux regards comme pour insulter au dénûment populaire. C'est pendant la régence d'une reine étrangère, aveuglement dominée par un ministre étranger, que sur la table des courtisans et plus encore sur celle des financiers l'on vit briller pour la première fois en argent ces ustensiles domestiques et ces petits meubles d'agrément auxquels jusqu'alors, même chez les princes, l'usage n'avait destiné que le cuivre et le fer. Un spectacle si révoltant pour la misère publique réveilla le zèle du parlement qui porta aux pieds du trône les plaintes du peuple, dévoila en détail les brigandages commis dans presque toutes les parties du gouvernement, et particulièrement dans les finances. Mais le roi était un enfant, et ceux qui répondaient pour lui étaient les mômes qui faisaient le mal : un arrêt du conseil ordonna la suppression de ces remontrances sur les registres. (Id., 152, 253.)
Après quelque temps de troubles civils, un accommodement fut signé à Sainte-Mcnehould, et l'une des conditions du traité fut la réunion des états généraux. Nous arrêterons un instant nos regards sur leurs séances, car ils furent les derniers, puisque ceux de 1789, convoqués par Louis XVI après une vacance de cent soixante-quinze ans, prirent le nom d'assemblée nationale.