ÉTATS GÉNÉRAUX DE
La cour les convoquait malgré elle, elle résolut de faire payer au peuple l'outreeuidance de ses prétentions. Ce fut une guerre de vulgaires insultes et de mesquines vengeances. De Bonneval, gentilhomme député du haut Limousin, bâtonna un député du tiers, de Chavaille, qui ne put obtenir de réparation. Le tiers s'étant oublié un jour jusqu'à dire que le roi était comme un père qui a trois enfants, dont le clergé était l'aîné, là noblesse le , second, et lui, tiers, le troisième, la noblesse alla droit au roi, lui demander de faire justice d'une théorie aussi nouvelle et aussi subversive : « Nous repoussons toute fraternité entre eux et nous, dit un des membres de cet ordre privilégié ; nous ne voulons pas que des enfants de cordonniers et de savetiers nous appellent leurs frères, et il y a autant de différence entre eux et nous, comme le maître et le valet, y)
A la séance d'ouverture, Torateur de la noblesse fléchit le genou, le roi le fit relever; Miron, l'orateur du tiers, ploya les deux genoux, et Louis le laissa parler dans cette attitude. Mais tout agenouillé qu'il était, le tiers se releva par la hardiesse de certaines paroles, et par un langage bien nouveau alors.
« Que veut le roi, ce veut la loi, dit Loisel; le roi ne tient que de Dieu et de son épée. » Respectant ce viel adage féodal, Miron reconnut tout d'abord que les rois ne sont liés à d'autres lois qu'à celles de leur volonté; puis il exposa avec énergie le tableau de ce qu'avaient souffert les campagnes du fait des gens de guerre, durant les derniers troubles.
« Quant aux nobles, aujour4'hui leurs principales actions so consomment en jeux excessifs, en débauches, en violences publiques et particulières, en mépris de la justice et des ju^es, oppression des pauvres, violences contre les plus faibles, et autres désordres qui obscurcissent l'éclat et le lustre ancien de cet ordre, respectable et redouté par tout le monde.
» Combien de gentilshommes ont envoyé les gens d'armes
iZi HISTOIRE DES PAYSANS.
chez leurs voisins, et quelquefois en leurs propres villages, pour se venger de leurs sujets, ou de corvées non faites, ou de contributions non payées! Il s'est vu depuis quelque temps une seule compagnie de gens d'armes avoir ravagé quasi la moitié de la France, et après avoir tout consommé, s'en retourner chacun en sa maison, enrichi de la substance du pauvre peuple, sans avoir donné un coup d'épée.*.
j^ Les tigres, les lions, et autres bétes plus farouches que la nature semble avoir produits quand elle a été en colère contre les hommes, font du bien, ou du moins ne font point de mal à ceux qui les nourrissent. Les lamies donnent leurs mamelles à ceux qu'elles engendrent, dit le prophète, et cette race de vipères (il est impossible d'en parler sans passion) étouffent leurs pères nourriciers, innocents de tous maux, sinon d'avoir nourri cette engeance serpentine...
j> Si Votre Majesté n'y pourvoit, il est à craindre que le désespoir ne fasse connaître au pauvre peuple que le soldat n'est autre chose qu'un paysan portant les armes, et que quand le vigneron aura pris l'arquebuse, d'enclume qu'il est, il ne devienne marteau... »
Ecoutez ce cri suprême de détresse, jeté par le JîeiSJJi nom des campagnes :
7^" — m Chose horrible et détestable, non-seulement à voir, mais à ouïr raconter! Il faut avoir un triple acier et un grand rempart de diamant autour du cœur pour en parler sans larmes et sans soupirs. Le pauvre peuple travaille incessamment, ne pardonnant ni>à son corps, ni quasi à son âme, c'est-à-dire à sa vie, pour nourrir l'universel royaume; il laboure la terre, l'améliore, la dépouille; il met à profit ce qu'elle rapporte; il n'y a saison^ mois ni semaine, jour ni heure qui ne requière un travail assidu! En un mot, il se rend ministre et quasi médiateur do la vie que Dieu nous donne, et qui ne peut être maintenue que par les biens de la terre. Et de son travail il ne lui reste que la sueur et la misère; ce qui lui demeure de plus présent s'emploie à
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