ÉTATS GÉNÉRAUX DE 16U
l'acquit des tailles, de la gabelle, des aides et des autres subventions. Et n'ayant plus rien, encore est-il forcé d'en trouver pour certaines personnes, lesquelles déchirent votre peuple par commissions, recherches et mauvaises inventions trop tolérées. C'est miracle qu'il puisse fournir à tant de demandes; aussi s'enva-t-il accablé.
:» Ce pauvre peuple, qui n'a pour tout partage que le labeur de la terre, le travail de ses bras et la sueur de son front, accablé de la taille, de l'impôt du sel, doublement retaillé par les recherches impitoyables et barbares de mille partisans, ensuite de trois années stériles, a été vu manger l'herbe au milieu des prés avec les brutes; autres, plus impatiens, sont allés à milliers en pays étrangers, détestant leur terre natale, ingrate de leur avoir dénié la nourriture, fuyant leurs compatriotes pour avoir impiteusement contribué à leur oppression, en tant qu'ils n'ont pu subvenir à leurs misères...
j> Sire, ce ne sont point des insectes et des vermisseaux qui réclament votre justice et miséricorde ; c'est votre pauvre peuple, ce sont des créatures raisonnables, ce sont des enfaftts desquels vous êtes le père, le tuteur et le protecteur : prêtez-leur votre main favorable pour les relever de l'oppression sous le faix de laquelle ils ploient continuellement. Que diriez-vous, sire, si vous aviez vu dans vos pays de Guyenne et d'Auvergne les hommes paître l'herbe à la manière des bêtès!...
y> Sans le labeur du pauvre peuple, que valent à l'Église les dîmes, les grandes possessions? à la noblesse, leurs belles terres, leuB| grands fiefs? au tiers état, leurs maisons, leurs rentes et leurs héritages?... y> {Etats généraux de h France, XVII, 86-93.) ^-^
Le cahier général du tiers, présenté au roi à la séance de clôture (2 avril 1615), exprime le vœu que la taille seigneuriale soit réduite aux quatre cas : pour le mariage des filles de gentilshommes, la chevalerie du Saint-Esprit, la
captivité pour le service du roi, et le voyage d'outre-mer.
Il résulte encore des doléances du tiers, que les seigneurs avaient coutume de faire travailler leurs sujets par des gens de guerre, ou par des compagnies de Bohémiens, qui avaient remplacé les manducatores et vastatores d'autrefois; qu'ils étaient toujours dans l'usage de marier à leur gré les filles de leurs tenanciers, et qu'ils se faisaient cautionner par eux, rejetant ainsi sur leurs paysans jusqu'au fardeau de leurs dettes et de leurs débauches (294).
Ils prenaient de vive force les communs des villages, puis les vendaient, les engageaient ou les donnaient à cens aux habitants dépouillés (287).
Le tiers élevait ses réclamations contre les corvées indues, les péages, pressoirs et fours banaux; il demandait que les seigneurs qui tyrannisaient leurs vassaux fussent sévèrement réprimés, et que les aides et tailles qu'ils réclamaient fussent réglées par les officiers du roi partout où elles n'étaient pas déterminées (1).
« Que les seigneurs, ecclésiastiques ou séculiers, ajoutet-il, soient tenus, dans le temps qui sera fixé par le roi, d'affranchir leurs mainmortables, moyennant récompense estimée par les juges (350). » De son côté, la noblesse demanda que la bourgeoisie des villes ne pût imposer aucuns deniers dans les provinces sans l'aveu de la noblesse et du clergé, à cause de la misère des peuples des champs, qui est la ruine des deux premiers ordres. »
Ainsi les cités rejetaient le fardeau sur le plat pays, mais les seigneurs et le clergé, auxquels les villes avaient échappé depuis longtemps, défendaient, par égoï^ne il est vrai, les campagnes contre les cités.
Le tiers manifesta encore le désir de voir rédiger toutes
(1) C'est sans doute ù cause de ces envahissements à main armée que le commentateur écrit, sous l'art. 416 de la Coutume du Maine : « En matière civile, il faut rabattre des prescriptions les temps de troubles, lors des guerres civiles. »