ÉTATS GÉNÉRAUX DE 16U
les usances et coutumes des pays, afin de poser des limites à l'arbitraire (351).
« Que tous ceux qui mettent gens de guerre en campagne sans commission expresse de Votre Majesté bien et dûment enregistrée aux greffes des sénéchaussées et bailliages, soient tenus pour criminels de lèse-majesté; permis au peuple de courir dessus par assemblée à son de tocsin et autrement (287). »
Remarquons en passant ce fait grave qui se reproduit invariablement à chaque scène de la jacquerie. Toujours, quelque temps avant Texplosion du désespoir populaire, on excite les paysans, on les appelle aux armes en leur dési-* gnant du doigt leurs ennemis (1).
Le lendemain de la remise des cahiers, le tiers voulut se réunir encore. Il trouva les portes fermées, la salle démeublée, et défense de le laisser s'assembler. On comprend sa fureur et son humiliation, dont Florimond Rapine, l'un de ses députés, nous a laissé ce tableau.
«Quoi! disions-nous, quelle honte, quelle confusion à toute la France, de voir ceux qui la représentent en si peu d'estime et si ravilis, qu'on ignore s'ils sont Français, tant s'en faut qu'on les reconnaisse pour députés ! Sommes-nous autres que ceux qui entrèrent hier dans la salle de Bourbon?... »
Aux états généraux de 1789, les mêmes faits se reproduisirent, identiquement semblables; seulement une voix s'éleva, qui répondit à la question de Florimond Rapine : « Nous sommes aujourd'hui ce que nous étions hier : délibérons! »
Du reste, les états généraux de 1614 restèrent sans nul effet : Jacques Bonhomme continua d'être pillé et assommé
(1) Vers la même époque, un ordre de Duplessis-Mornày, gouverneur de Saumur, arme les populations et leur enjoint de « courir sus aux rebelles qui veulent prendre les tailles et deniers du roi. » (23 oct. 1615.)
par les hommes d'armes, et violemment dépouillé par les seigneurs, ainsi que cela résulte de ce passage des registres manuscrits du parlement :
- "^ yd Le IG septembre 16G2, le procureur général a dit... ,^^^,^^ue plusieurs gentilshommes ^ nommément dans le bailliage
^ de Saint-Flour, avaient usurpé violemment les communs des villages dont ils étaient seigneurs, et avaient tellement intimidé les habitants qu'ils n'osaient s'en plaindre; que grand nombre de gentilshommes avaient fait renouveler leurs terriers, et avaient, par menaces et autres mauvaises voies, violenté les habitants des communes où ils avaient des cens et rentes, à passer des déclarations de bien plus grands droits et redevances que celles qu'ils étaient obligés de payer, qui sont des violences tout à fait préjudiciables à l'ordre public (l). y>
Les seigneurs n'eurent donc rien de plus pressé que de recommencer leurs intrigues, et le prince de Condé, toujours mécontent de ne pouvoir jouer le premier rôle dans la direction des affaires de l'Etat, abandonna de nouveau la cour après avoir publié un manifeste sanglant contre le gourvernement. Condé, Mayenne, Bouillon, tous les chefs des rebelles levèrent de vive force sur le plat pays des tailles et des subsides pour faire vivre leurs armées qui mettent la France à sac, des bords de la Garonne jusqu'à ceux de la Somme. Une fois encore on essaya d'acheter la fidélité vénale de ces intrigants égoïstes. Condé, qui avait eu 450000 livres à la suite de sa révolte de 1614-, en obtint, par le traité de paix de Loudun (161C), 1500000, pour les frais de la guerre. En moins de sept années de luttes intestines, les auteurs de tant de calamités surent se faire accorder par la cour près de dix-sept millions. (Forbonais, T, 155.) On arrachait au peuple de quoi payer ceux qui le volaient. Cette prime d'encouragement eut tout na-
(1) Cité dans Dulaure, Environs de Paris,
turellement pour résultat, après quelques jours de trêve, de remettre les armes aux mains des nobles, et avec la guerre civile revinrenLlesjmsèfesrdHS champs.
Le garde des sceaux Brûlart de Sillery se retira des affaires dans cette même année 1616, et il dit aux députés que le parlement lui envoya pour lui demander la cause de sa retraite, qu'il y avait longtemps qu'il y était résolu, « mêmement depuis le voyage où il avait vu beaucoup de cruautés et inhumanités qui n'avaient jamais été pratiquées par les plus barbares ; qu'entre autres on avait présenté un enfant au roi, âgé de treize ou quatorze ans, demi-lardé ; un mari avait vu en sa présence forcer sa femme, et pour avoir dit quelques paroles, le soldat qui l'avait forcée lui avait donné un coup d'épée sur la tête, et un autre dont il lui avait coupé la main sénestre, laquelle il avait présentée au roi la tenant en sa main dextre, et autres cruautés semblables, et vu plusieursi dévastations en Poitou, Guyenne, et autres provinces où le roi avait passé (1). » - .
Dans le Valois, « les laboureurs ne vivaient qu'en trem- \ blant dans leurs chaumières... Dans le courant du mois d'avril JLûl7> les plaines de Draines et de Dazoches furent couvertes de partis qui ravageaient les campagnes et pillaient les fermes. Les habitants des villages situés dans ces plaines étaient convenus entre eux d'un expédient fort simple pour prévenir les suprises des partisans. Le mont Notre-Dame commmande par sa position une immense étendue de pays où ces plaines sont comprises. On avait dressé sur les toits de la haute et magnifique église du lieu une guérite d'où l'on apercevait tout ce qui se passait au loin, les marches et les mouvements des armées, des détachements des partis. On faisait un guet continuel dans cette guérite. Celui qui était chargé de cette fonction avait plusieurs signaux de convention pour marquer aux habi-
(1) Mathieu MoIé, Mémoires, I, 120.
iM) HISTOIRE DES PAYSANS.
lanls des campagnes la nature du danger dont ils étaient menacés. Il y avait dans le clocher de chaque village un guet particulier qui recevait ces signaux et qui les annonçait par le tocsin aux gens distribués dans les campagnes et qui vaquaient à leurs travaux. » (D. Carlier, Valois, m, 28, 38.)
C'est-à-dire que le besoin de soustraire au moins leurs vies aux violences de Tarmée avait inspiré aux paysans Tidée première du télégraphe, qui sera peut-être, par ses résultats que nul ne peut prévoir encore, la plus grande découverte des temps modernes.
La cour manquait d'argent pour entretenir les troupes : on augmenta plusieurs impôts, (( pour le soulagement du peuple ». Ce but n'ayant pas été atteint, on proposa quelques réformes auxquelles les gens de finances s'opposèrent d'autorité, « comme leur portant préjudice (1) ». CelasufiGt pour arrêter l'enregistrement des édj^s royaux, et tout fut abandonné.
De toutes les parties de la France, les étals provinciaux et les parlements apportaient aux pieds du trône les doléances du peuple. Les ciiâteaux forts étaient plus que jamais aux mains des bandits ; les nobles levaient des corps d'armée qu'ils licenciaient dès qu'ils étaient parvenus à se faire acheter par la cour; ces troupes alors se trouvant sans solde, saccageaient les villages. En 1616, les étals de Normandie dénonçaient au duc de Longueville, gouverneur de la province, « les désordres, ruines et ravages qui se faisaient sur les villages ; les grandes violences, excès, extorsions, meurtres, assassinats, voleries, pillages, cas exécrables. La campagne avait été horriblement ravagée et pillée... » Au pays de Caux et partout, « des troupes de gens de guerre, à pied, à cheval, logeant, vivant à discrétion, levaient les tailles, commettaient extorsions, excès, outrages... » Les
(1) Bailly, Ilist. financière de la France,}, 345.
états et le parlement déplorent « les ravages, désordres, brûlements, violemenls, excès, inhumanités exécrables que commettent les gens de guerre aux logements qu'ils font dans la province. S'il n'y est promptement pourvu, il arrivera une désertion dans le pays. » Les paysans viennent chercher un refuge au sein du parlement : « Il ne nous reste plus rien, ou peu, disent-ils, nos biens ont été dissipés; même nos corps battus et outragés, nos femmes et filles indignement traitées par la fureur et rage des. soldats qui ont ravagé le pays, y exerçant leurs cruautés, emplissant leurs bourses, désolant la province impunément, se pourvoyant de nos dépouilles, riches de notre substance. (Floquet).
Le duc de Longueville n'avait garde de faire droit à ces justes réclamations; aussi l'année suivante les députés du parlement de Normandie s'adressèrent-ils directement au roi : « Ordonnez, sire, ordonnez la démolition des petites places inutiles, qui sont comme les arbres fruitiers nés sur les précipices des rochers, dont les oiseaux et les bêtes mangent, et dont les hommes ne goûtent point. Ainsi ces places ne servent point à Votre Majesté ni à vos sujets, en temps de paix ni en temps de guerre, mais de retraite aux lâches et aux méchants pour prendre les deniers de Votre Majesté, piller les marchands et les laboureurs, empêcher le trafic. » (Idem.)
Le roi ne pouvait pas plus que le duc de Longueville ne voulait, de sorte que les états, à la réunion qui suivit, en 1620, réclamèrent la tenue des grands jours dans la province pour mettre un terme aux crimes de tous ces illustres bandits.
Sur le littoral de la Manche, on enlevait le blé, que l'on transportait en Angleterre pour faire une cherté factice en France. Les membres les plus élevés des corps judiciaires ne rougissaient pas de tremper dans ces trafics odieux. La disette en était la conséquence, et par suite a des paysans
étaient contraints de paître l'herbe et mener une vie qui ne ressentait rien moins que d'homme ».
En 1023, la disette engendra les maladies, la mortalité, la peste, enfin, qui n'emporta pas moins d'un million d'habitants. (Floquet.) Pressé par la nécessité de faire de rarg:ent, la cour crée des offices inutiles, « infinis, extraordinaires et superflus, tout exprès pour les vendre : on cherchait 'des inventions jusqu'au centre de la terre (1) » , et les états de Normandie .se plaignent que ^( depuis l'établissement de la monarchie, il ne s'en était pas créé un si grand nombre que depuis quatre ou cinq ans seulement ».
La culture de la vigne avait été en grande faveur dans la province : le vin était de qualité inférieure, mais d'un grand produit. Elle languit et finit par disparaître, a les vignerons ne faisant pas leurs frais à cause du grand nombre des impôts qu'il fallait qu'ils payassent ».
L'élève des bêtes à laine était l'une des richesses des petits cultivateurs de la Provence : lorsque les feux du soleil avaient desséché les prairies, ils réunissaient leurs troupeaux en grandes bandes pour les faire transhumer dans les pâturages plus frais du Dauphiné. Les commis exigèrent deux livres de laine pour chaque mouton tondu dans cette province. Les maladies en emportaient, les loups en dévoraient, il fallait payer cependant sur le pied du nombre de moutons qui avait franchi à l'été les limites du Dauphiné. Les bergers se virent contraints de tondre leurs troupeaux avant cette émigration, c'est-à-dire avant que la laine fut crue et à maturité.
L'imagination des commis des fermes était inépuisable pour enfanter sans cesse de nouveaux abus, ainsi que pour aggraver les charges de leurs baux. Une fois qu'ils étaient parvenus à établir une nouvelle gêne, leurs commettants n'étaient pas embarrassés pour obtenir des décisions qui
(1) Loyseau, Des offices, liv. III, cli. I.
GUERRES CIVILES. Ii3
bientôt donnaient force de loi à la. levée illégale. Au renouvellement du bail, tout passait, tout demeurait établi à perpétuité, le principal avec Taccessoire, l'abus avec le droil. (Forbonnais, I, G8.) Toutefois, si âpres que fussent les subdélégués des traitants, les privilégiés savaient échapper à leurs exactions, qui leur servaient de prétexte pour agrandir encore les immunités derrière lesquelles ils se retranchaient pour tout rejeter sur le paysan. Les nobles et les magistrats ne payaient pas de droit d'entrée pour les vins cueillis sur leurs propres domaines; ils faisaient entrer les vins de leurs voisins comme étant à eux, et beaucoup de membres du parlement, dans certaines provinces, faisaient venir ainsi jusqu'à cinq cents pièces de vin qu'ils faisaient vendre sans rien payer. D'autres transformaient leurs maisons en tavernes, vendaient en détail et établissaient dans leurs caves des cabarets ce pour y asseoir et administrer à boire et à manger y>, (Floquet.) On comprend que les petits vignerons ne pouvaient lutter contre une telle concurrence, et le plus simple, en elTet, était d'arracher ses vignes.
Le clergé ne valait pas mieux que les nobles. Les religieux de la Champagne étaient plus habiles à l'arquebuse qu'à leurs bréviaires... Le scandale public, leur endurcissement à mal faire, la plainte des officiers et des habitants de Provins rendirent des poursuites nécessaires. (Math. Mole, I, 284.) En Dauphiné, les commis avaient voulu faire payer au clergé de Vienne un droit de douane sur la dîme des vignes du territoire de Sainte-Colombe. Il fut chercher sa récolte processionnellement, avec croix et bannière; les commis s'agenouillèrent, reçurent la bénédiction au passage, et depuis, la vendange passa librement. C'était un vide creusé dans la caisse des recettes, mais Jacques Bonhomme était là pour le combler. ^
Tout servait de motifs aux grands pour troubler le royaume. Quand ils n'en eurent plus d'autres, ils s'emparèrent de celui de la religion pour rallumer le flambeau de
iU HISTOIRE DES PAYSANS.
la guerre civile prêt à s'éteindre, et dès 1620, le prince de Condé avait donné le signal de cette lutte criminelle qui, recommencée trois fois, ne se termina qu'après avoir promené pendant neuf années le meurtre et l'incendie sur la plupart des provinces du royaume. Ce fut d'abord, dans l'Alsace, le comte deMansfeld, qui mérita le surnom d'Attila de la chrétienté, <c et qui, selon l'expression d'un auteur contemporain (CaratTa), faisant la guerre plutôt en brigand qu'en soldat, porta dans la province le fer et .le feu. De sorte qu'en vingt-six lieues de pays, il n'y eut ni bourg ni village qui ne tût ou brûlé ou accablé par des exactions qui le réduisirent à la dernière misère. Presque tous furent désertés par les habitants. » (Laguille, Alsace, II, 85.)
La guerre civile n'était pas moins terrible dans le centre et dans le midi de la «France, où les calvinistes, sous les ordres de Rohan et de Soubise, occupaient les principales villes, levaient les deniers royaux, contraignaient les receveurs et collecteurs de tailles à verser entre leur;s mains tout l'or de leurs caisses, et forçaient les paysans des environs à travailler aux fortifications des places, à charroyer tous les bois, foins, pailles, vivres et approvisionnements nécessaires, les emprisonnant et faisant saisir et vendre leurs biens en cas de refus (1).
Tout le midi fut bientôt en feu ; le Béarn se souleva, et secondés par trois mille hommes qui descendent des Cévennes, les rebelles occupent Montauban, Castres, le comté de Foix, toute la haute Guyenne, Toulouse et le bas Languedoc, le Rouerguc, l'Albigeois et l'Agénois, la Rochelle et le pays d'Aunis, « faisant un tel dégât à la campagne, qu'ils ne laissèrent pas maisons de seigneurs ni de gentilshommes, terres ni métairies, villages ni fermes, qu'ils n'aient mis à feu et à sang, brûlé les églises, crucifié les prêtres, violé les femmes et les filles jusqu'à l'âge de dbc
(1) Hist. gén, de la rébellion en France, 117.
ans,... forcé les monastères de religieux et religieuses, et commis des actes pires que les Turcs et les infidèles, et tels que l'on ne les pourrait décrire ni raconter qu'avec horreur. » {Hist. de la rébellion, 86, 117, 134, 637, 753.)
On doit croire que les catholiques tenaient à honneur de rendre crimes pour crimes, et cinquante mille hommes de troupes royales, divisés en quatre corps d'armée, furent envoyés contre les huguenots avec ordre de faire le dégât autour de Montauban, Castres, Nîmes et Uzès (1625).
L'art de faire le dégât était une des branches de l'art de la guerre; il avait ses théories, ses règles et ses professeurs, cl Tannée avait ses compagnies de dégâteurs, ou de gastadours, comme on les appelait dans le midi, de même qu'elle avait ses corps d'artillerie ou du génie. « Entre les divers moyens dont on se peut servir pour remettre une ville rebelle à l'obéissance, dit l'historien du Ministère de Richelieu (1), le dégât qui se fait aux environs en ruinant tous les fruits qui sont sur la lerre est reconnu pour l'un des principaux. Pour ce qui est des lois qu'il faut observer à le faire, il n'y en a point d'autres, sinon que de gâter tous les fruits qui sont aux environs, de faucher le blé, s'il se peut, ou de le brûler, de vendanger les vignes, et même de couper les ceps, aussi bien que les arbres fruitiers, dont elles pourraient tirer quelque commodité. Il le faut faire le plus près des murailles possible, pour leur ôler toutes sortes de commodités, et pendant que les gastadours travaillent, l'armée doit être fort proche pour les défendre et favoriser leur Irsivail â couvert, néanmoins en tel lieu que le canon ne la puisse offenser. »
Le roi, contraint de se retirer, laissa le duc de Vendôme devant Montauban pour contenir les protestants, ce qui n'empêcha pas les habitants de piller et de saccager la campagne dans de fréquentes sorties, et d'enlever les blés, les vins et
(1) Un vol. in-folio (IGi'.h, \u 05.
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les bestiaux. « Le gouverneur, ravi de ces petits succès qui ramenaient rabondance dans la ville, ne cessait d'encouraijer les partis et les animait souvent par sa présence. » Par malbeur, Tarmée royale avait empêché, Tannée précédente, le laboureur de se livrer à son aise aux travaux de la terre: il n'y eut donc pas longtemps à piller. Comme les habitants de Montauban tenaient à faire des sorties triomphantes et victorieuses, et que la grandeur d'une victoire se mesure à la richesse du butin ou au nombre des cadavres, ne pouvant plus voler le campagnard, ils regorgèrent, « et bientôt la plupart des bourgs virent couler le sang de leurs habitants, et joindre l'incendie à renlèvement de leurs biens. }>
Le maréchal de Thémines remplace Vendôme, et brûle d'inaugurer son commandement par quelque action d'éclat. (( Ayant eu l'ordre de faire le dégât dans la contrée, il sortit de Villemur le premier de septembre avec trois ou quatre mille hommes d'infanterie et quelque cavalerie, et parut sur les coteaux du Fau. incendiant les mélâiries et détruisaut les vignes et les arbres; tandis que la cavalerie descendit dans le vallon et jusqu'aux prairies qui bordent le Tescou, d'où elle amena quelques bestiaux. » Dans les environs de Castres, « il ne laissa ni maison, ni arbre sur pied, ni souche de vigne, ni épi de blé. Les hommes non plus ne furent pas à l'abri de la fureur du soldat. Rohan et lui semblèrent se disputer à qui serait le plus inhumain. » De leur côté, Montbrun, qui commandait dans la ville pour le duc de Rohan, et d'Epernon, à la tôte des troupes royales, saccageaient à Tenvi les environs de Montauban.
« Ce n'était pas un seul détachement qui allait en course. Plusieurs sortaient souvent ensemble de la ville, et se portaient en différents endroits, ayant fréquemment à leur tête le ministre Béraud, qui avait des allumettes à son chapeau, et exhortait les soldats au meurtre et à l'incendie. Le !22 juillet (l()28), Saint-Michel envoya Marmonié et Rouftice du côté de Moiilrioux, où iU balliienl la campagne de Moulas-
JACQUERIE DxVINS LE (,)UERCY. ' li7
truc. Pendant que Labastide, Sigoniac, Lliostc, Escorbiac, Violettes, Feutrié, Planard et Bernadou furent meltre le feu à Saint-Maurice, où toute la moisson qui se trouva dans les aires fut la proie des flammes, d'autres se répandirent dans le bas Languedoc. Nohic, Orgueil et le Terme éprouvèrent leur fureur. Toutes les maisons de la campagne, jusqu'à Fronton, furent détruites (4). y>
Pendant que ces guerres civiles et religieuses ruinaient les campagnes, une jacquerie locale avait éclaté dans le Quercy. En Guyenne, bien que depuis longtemps les étals ne fussent plus qu'une tradition, chacune des sénéchaussées de la province avait cependant ses étals particuliers. La cour institue pour les remplacer dans le Quercy deux élections (1624), prétextant que les assemblées d'états élaicuL ruineuses pour le pays, et que les répartiteurs « se laissaient corrompre par des présents », ce qui, du reste, était vrai. Toutefois les campagnards estimant avec juste raison que le remède était pire que le mal, et que les officiers royaux étaient plus redoutables encore que les commissaires provinciaux, s'élancèrent sur leurs armes pour défendra les franchises de la province. Ils s'appelèrent' les nouveaux croqtianlH, et, au nombre de seize mille, ils marchèrent sur Cahors et Figeac, demandant qu'on leur livrât les élus royaux. Le peuple de ces villes était pour eux, mais les magistrats prirent énergiquement la défensive et appelèrent à leur aide le maréchal de Thémines qui les tailla en pièces, et prit et fit pendre les deux chefs qui les commandaient, un astrologue et un ancien soldat (2).
Aucune satisfaction n'était accordée aux campagnes, bien au contraire. Ces impuissantes protestations servaient de prétexte aux réactions de la cour; il fallait châtier les insurgés, on appesantissait encore le joug qui les accablait,
(1) Calhala Coture, lliat. du Quercy, II, passim. {•i) Mercure, de F ranc<\\, i7:].
m . UISTOIIIE DES PAYSANS.
et Ton prodiguait leur argent à ceux dont les crimes les mettaient dans la nécessité de se révolter. C'est ce que démontre trop clairement un rapport du surintendant des finances d'Effiat (1026) ;
« Le roi, désirant que les grands se ressentissent de ses magnificences aussi bien que les petits, tripla les pensions de tous les princes, donnant à monsieur le prince de Condé 300 000 livres de pension, à messieurs les princes de Conti et comte de Soissons, chacun 200 000 livres, aux autres princes chacun 100 000 livres. Les ducs, pairs et officiers de la couronne reçurent leur part de ces bienfaits, et il n'y eut seigneur à la cour qui ne s'en ressentît, ces gratifications s'étendant môme jusqu'aux provinces les plus éloignées, où les gentilshommes qualifiés en étaient participants. » (Forbonnais, I, 196.)