‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 34 sur 114 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Tentatives de Richelieu. — Assemblée des nolablcs. — Guerres civiles. Ravages effroyables. — Révolte des nu-pieds.

« Les grands, ou ne doivent ôirc touchés, ou touchés qu'ils sont, doivent être éteints. *

G. Coquille, Ilist. dti Siveniais.

Les états généraux de 1614-1615, s'ils ne furent rien qu'une de ces belles tapisseries dont parle Pasquier, produisirent du moins sur la scène un personnage qui devait peser d'un grand poids dans le plateau de la cause populaire. Non pas que je prétende mettre au rang de ceux auxquels les classes nombreuses doivent le tribut de leur reconnaissance, l'homme qui, dans son testament politique, demande « jusqu'à quel point on doit permettre que le

RfOilELIEr. liU

peuple soit à son aise ^.Mais Richelieu haïssait puissamment la féodalité; appuyé sur son fidèle Laffemas, ce vir bomiSy sfrangiilandi perilm, comme le définissait le jurisconsulte Despeisses, il la frappa sans relâche ni pitié, et comme il fallait la frapper, à la tête, et c'est par là qu'il fut indirectement l'un des bienfaiteurs du peuple.

Arrivé au pouvoir, il fit rendre un édit (juin 1625) qui prescrivait formellement d'établir de dix en dix années des chambres de justice pour réprimer les abus commis dans la perception des deniers publics. Mais les maltôtiers étaient désormais plus puissants que la cour; il eût fallu, pour les atteindre, que la foudre pût remonter, et dix années plus tard, le tout-puissant ministre dictait au roi (23 avril 1G35) une lettre adressée à Mathieu Mole, « portant abolition des fautes et malversations commises au fait des finances depuis la dernière recherche )>. Richelieu pressait Mole de vérifier redit du roi : « Je ne vous représente point, lui écrivait-il, les raisons qui obligent le roi à recourir à de tels moyens pour avoir de l'argent, puisqu'elles vous sont assez connues. » (Math. Mole, II, 294.)

Il convoqua ensuite une assemblée des notables, le 2 décembre 1G26, et l'invita à chercher les moyens de régler les tailles de telle sorte « que les pauvres, qui en portent la plus grande charge, fussent soulagés ». Chevalier, premier président à la cour des aides, proposa de les rendre réelles sur tous les biens, comme elles l'étaient en Provence et en Languedoc. Mais c'est en vain qu'il démontra que, par cette réforme, le laboureur eût été véritablement soulagé, que ce nombre d'élus et d'officiers qui vivaient k ses dépens devenaient inutiles, et qu'enfin le roi serait ponctuellement payé. L'assemblée en masse se révolta contre le danger de pareilles innovations, bien que cette question n'en fût plus une, en effet, et qu'elle eût. été bien des fois déjà agitée au sein des assemblées publiques et dans les écrits des légistes. L'égoïsme en compagnie de l'ineptie luxovm^ vkv^ç^-

seront toujours de longues quarautaines aux vérités les plus incontestables, aux progrès les plus élémentaires, et nul ne peut calculer ce qu'il faut île temps à la raison pour avoir raison, surtout lorsque Ton songe que c'est toujours à ceux qui vivent de certains abus qu'est confiée la mission de les reformer. Aussi est-il toujours bon de semer ces nouveautés hardies; le terrain se prépare, elles germent et racinenten silence, et portent à leur heure leur moisson généreuse.

Richelieu proposa encore d'élablir une sorte de maximum sur le blé, afin que les marchands n'abusassent pas des nécessités du pauvre peuple. Il fit ordonner également que « toutes les fortifications faites depuis trente ans aux châteaux et maisons des particuliers, sans permission expresse du roi, fussent démolies de fond en comble, avec défense de se fortifier de nouveau. »

Durant le siège de la Rochelle, le grand ministre, témoin des souffrances du peuple et des excès d'une soldatesque pour laquelle tout est pays de conquête, défendit aux soldats, sous peine de mort, de prendre les bœufs des laboureurs et de porter le trouble dans leurs travaux. Une commission spéciale recevait les plaintes des paysans et y faisait droit.

Malgré ces actes de haute sagesse, Gaston et les ennemis de Richelieu, c'est-à-dire presque toute la noblesse, agitaient la France et excitaient des soulèvements contre les oppresseurs du peuple. Les troubles et les guerres civiles, le pillage et l'incendie amenèrent à leur suite leur cortège naturel, la famine- et la peste, « qui enlevèrent un grand nombre de gens du commun et dépeuplèrent les campagnes. > (Dom Carlier, III, 38.)

Si ces fléaux ne sévissaient pas également par toute la France, il y avait, en revanche, des contrées soumises à des fortunes bien autrement cruelles encore. En 1629, Charles IV, duc de Lorraine, avait donné asile à la duchesse de Chevreuse, ennemie du cardinal.

Quelques années plus tard, Gaston s'étant retiré également à la cour dé Lorraine, décida le duc Charles à prendre les armes en sa faveur. Richelieu siiçnc alors un traité d'alliance avec Gustave-Adolphe, et les Suédois se partagent avec les troupes françaises le soin de ravager cette province, qui servit de théâtre à des excès sans exemple peut-être dans le passé. On peut dire, en effet, même après tout ce que nous avons raconté, que les souffrances du peuple des campagnes dépassèrent véritablement alors toutes les limites du possible. Au rapport d'un contemporain (1), 150 000 soldats, Français, Suédois, Allemands, Croates, Hongrois, tombèrent sur les Flandres, sans compter toute une nuée de femmes, de valets, de vivandières, de bandits, qui portèrent à 4 ou 500 000 individus cette horde effroyable, écume des armées et de Thunianité. « Les habitants de Gorze, petite ville située à trois lieues de Metz, après avoir déjà beaucoup souffert des malheurs de la guerre, furent accablés par le logement de neuf régiments suédois, qui y vivaient comme en pays ennemi, bien qu'ils fussent à la solde du roi de France. La population fut obligée de se réfugier, partie dans les églises, partie dans les forteresses, où les soldats la bloquèrent en la menaçant de piller et incendier les maisons, et de se livrer à tous les excès envers les femmes et les filles. Dans ce désastre si grand et si pressant, l'on eut recours au remède ordinaire en pareille rencontre, qui est d'apaiser par argent les principaux officiers, afin qu'ils empêchassent les désordres de leurs soldats. Quelques jours après, les troupes de l'empereur se rendirent maîtresses de Gorze; le bourg fut pillé, et les habitants furent dispersés dans les bois (2). »

Pendant sept années entières, le pays des Trois-Evéchés et la Lorraine furent le théâtre des férocités de ces bandits.

(1) I^ P. Abram, jésuite.

(2) Emmanuel Michel, Ilial. du parlement (Je ilfe(«, %\e-Z^,

ir)i> HISTOIRK DES PAYSANS.

Vincent de Paul préludait alors aux prodiges de charité qu'il devait accomplir pendant l'époque maudite de la Fronde. Il vint en Lorraine (1630), et trouva jusque dans les villes une si effroyable misère, « qu'il se trouvait des mères qui, par une rage de faim, mangeaient leurs propres enfants... Les riches demoiselles, en grand nombre, claienl sur le point de se prostituer pour éviter la mort (1). > Dans cette malheureuse province, la famine dura dix annéûs, provoquée par la furie furieuse de ces démons vomis par l'enfer. Retranchés derrière les forteresses, ils mirent le pays à sac, le ruinèrent d'abord, le dépeuplèrent ensuite, et souvent, après avoir violé les femmes, ils les égorgeaient sur les cadavres de leurs pères et de leurs époux, et les éventraient tous pour chercher dans leurs entrailles fumantes l'or qu'ils les accusaient d'avoir avalé. Bientôt ceux qui avaient survécu délaissèrent toute culture, et s'enfuirent au fond des forets, où ils se virent réduits à une existence d'anthropophages. Il n'y avait absolument rien sur le pays qui pût servir à la nourriture de l'homme, les troupes du roi aussi bien que les garnisons et les habitants des villes ne subsistaient que de blés qu'on y faisait passer de la Champagne sous de fortes escortes. Quant aux paysans, après avoir dévoré les charognes demi-pourries des animaux abandonnés et morts faute de soins, et avant d'en venir à déterrer les cadavres fraîchement confiés à la terre, comme ils le firent bientôt, on les vit « aller à l'affût pour y prendre et tuer les passants, comme on prend les lièvres, et pour s'en nourrir. »

On appelait ces déplorables victimes des intrigues des grands ai des hauts faits des héros des batailles, — on appelait ces cannibales involontaires, schnapans ou loups des bois. Un paysan, dans un village auprès de Nancy, tua sa sœur pour un pain de munition, des femmes mangèrent leurs

(1) AbeHy, Vie de samt VinceiU de Paul, h U9-150.

UÉVOLTE DES PAYSANS. 153

maris morts de faim, et les mères se dls.iioiU entre elles, en dévorant de compngnie leurs eiifaiils : « Tu mangeras aujourd'hui ta part du mien, et demain je mangerai ma pari du lien. » Aux portes de Metz, on trouva dans une chaudière trois têtes d*enfants qu'on y avait fait cuire.

La peste survint, et commença à Pâques 1030 pour ne disparaître qu'au printemps de 1037; puis les loups se mirent de la partie, si hien qu'il périt « plus de six cent mille Lorrains par la famine, la peste, l'épée, la disette, le froid, et les dents des bêtes farouches ». Des villages perdirent jusqu'à leur dernier homme, d'autres conservèrent à peine le centième de leurs habitants, et l'on vit des prêtres contraints de s'atteler à la charrue avec leurs paroissiens pour avoir de quoi se nourrir.

De pareilles souffrances étaient trop grandes pour qu'une pacification pût les faire cesser tout d'un coup : ces malheureux, rendus à la sauvagerie par l'inhumanité des soldats de tous les partis, continuèrent pendant plus de trente ans à répandre la terreur dans la contrée, et ce ne fut qu'en les exterminant jusqu'au dernier que l'on parvint à en finir avec eux (1).

Il semble que la culture de la vigne et l'usage du vin donnent aux peuples des allures plus libérales. Bacchus ne s'appelait-il pas aussi Liber, Dieu de la liberté? Après le Qucrcy ce fut le tour de la Bourgogne. Pays d'états, c'està-dire qui votait lui-même ses impôis, on voulut le soumettre au régime de l'élection. Les états offrirent 1 800000 livres pour que l'on maintînt dans la province l'ancien mode d'imposition. Car, qu'il fût seigneurial, clérical ou royal, le fisc, toujours déloyal, inspirait partout une défiance trop justifiée, et une modification quelconque ne

(1) RoulainvUlicrs, État de la France^ 1, 170. — Dom Calmct, llist (le Lorraine, M. — Abelly, Emm. Michel, Laguille...

Si.

(levait être qu'une aggravation de charges. Au bon vieux temps, tout n'était que privilèges et injustices. La Bourgogne était exempte des aides, impôt particulier qui pesait sur les boissons. C'était, disait-on, un premier pas pour les introduire dans celte province. Alors les petits propriétaires, les vignerons de Dijon et des villages environnants, « animés, à ce qu'on disait, par quelques-uns du parlement même i (Richelieu, Mém., 186), se soulevèrent en masse (28 fév., i''' mars 1030), résolurent d'exterminer les nouveaux élus, et marchèrent ouvertement par les campagnes, aux accents d'une sorte de Marseillaise grotesque qui avait pour refrain : Lanturlu! Lanturlu! Il y avait même quelques cris plus séditieux et plus significatifs de Vive l'Espagne ! vive l'empereur! Quelques excès furent commis, des maisons furent incendiées : celle du premier président du parlement fut de ce nombre. Comme partout, la ville, au fond, était avec les révoltés, et les eût laissés faire, si le pillage n'eût pas eu quelquefois lés murs de la cité pour théâtre. Mais les bourgeois ne tardèrent pas à s'effrayer des violences de ces nouveaux croquants. Ils réunirent leurs efforts à ceux des troupes, les insurgés furent mis en déroute, poursuivis, massacrés à travers les vignes saccagées. On ne fit de prisonniers que ce qu'il fallait pour répandre, par de nombreuses exécutions, une terreur salutaire.

La royauté, naturellement, gagna quelque chose à l'insuccès de cette impuissante révolte. Les bourgeois avaient rais peu d'entrain à l'étouffer dès l'origine. On leur enleva le droit d'élire les maires, échevins et officiers municipaux, qui furent remplacés par une sorte d'élection mixte dont le résultat était de perpétuer ces fonctions parmi quelques familles qui passaient bientôt dans les rangs de la noblesse, c'està-dire dans ceux des ennemis du peuple. Les vignerons ne purent plus s'établir dans la ville, mais seulement dans les faubourgs et dans les villages. Les éparpiller ainsi, c'était

INUTILES EFFORTS DE RlCllEUEr. 155

les livrer sans défense à tous les caprices de leurs implacables tyrans (1).

Vers la fin de 103:2, Louis XIII avait cnvoyi des maîtres des requêtes dans les provinces « pour.fairc raser les places fortos dont les seigneurs abusaient pour opprimer les peuples au mépris de la justice ». On renversa un grand nombre de forteresses, et on fit tomber qucbiues nobles têtes dans le Gévaudan, les Cévennes, la Touraine, le Bcrry, le Limousin, TAngoumois, la Marche et TAuvergne. Laffemas fut chargé d'épurer la Champagne, Metz, Toul, Verdun et le pays Messin. (Richelieu, ilfm., 45i.) En outre, le roi, par une déclaration vérifiée au parlement le 1:2 janvier 1031, avait promis Tétablissementdes grands jours dans plusieurs provinces. Ils s'ouvrirent daus le mois de septembre de cette année-là à Poitiers, pour les provinces du Poitou, du Limousin et du Périgord; Ordre avait été donné à tous baillis, prévôts, sénéchaux et juges d'informer a des meurtres, assassinats, voleries, rapts, enlèvements et violements de femmes et filles, levées de deniers et autres exactions, concussions, rébellions, forces, violences, usurpations et occupations de cures, prieurés, chapelles, hôpitaux, maladreries, excès faits à ses gens et autres officiers du roi (4). »

En fait, Omer Talon, qui y remplissait les fonctions de procureur général du roi, déplore en ces termes les abus qui s'y commettaient, et fait comprendre comment, malgré leur fréquence, ils demeurent sans résultat pour refréner l'audace des gentilshommes : « J'ai observé dans la tenue des grands jours, dans lesquels je crois avoir eu le principal et le plus difficile emploi, que la malice des officiers rend infructueux ce remède établi à bonne fin, et que le peu de séjour qu'y fait la compagnie n'est pas suffisant pour apporter remède à tous les maux d'une province. Les pre-

(1) Arch. cur., 2" série, V, 8.

(2) J Guérinière, Hist. du Poitou, H, 380.

miers jours se passent en complimenls et civilités, et lorsque les officiers sont échauffes, l'on songe k s'en retourner. D'ailleurs les captures et exécutions, dans lesquelles consiste la principale uUlilé de l'affaire, dépendent de la vigilance et prud'homie des prévôts, des maréchaux, gens corrompus et sans foi, desquels il ne faut rien espérer qu'avec grand soin et assiduité à veiller à leurs actions. En dernier lieu, ceux qui échappent l'occasion des grands jours et qui n'y sont pas punis, en deviennent plus insolents et oppriment avec plus de liherlé, s'imaginant avoir évité un péril dans lequel ils ne retomberont plus (1). »

Partout où se portait le théâtre de la guerre, les mêmes scènes se reproduisaient invariablement; amis et ennemis volaient et assassinaient Jacques Bonhomme, tous laissaient après eux la ruine, le désert, la famine et la peste. La bataille d'Avein (1035) avait écrasé les forces de l'Espagne, et l'on ne doutait plus de la conquête des Pays-Bas. Les afftiires de Flandre étaient sans ressources, les peuples échus en partage à la Hollande redoutaient le changement de religion. « Ceux qui tombaient dans la part des Français appréhendaient tellement la tyrannie du gouvernement auquel ils voyaient les peuples de France abandonnés par le payement des tailles et autres sortes d'impositions, qui s'augmentent selon le caprice et la fantaisie de ceux qui gouvernent sans borne ni mesure, qu'ils résolurent de courir toutes sortes de dangers plutôt que de se soumettre à une si dure servitude; et quoique les Français leur promissent la continuation de leurs privilèges, dont ils sont fort jaloux, ils ne s'y voulaient pas fier, grâce à la réputation qu'ils ont parmi les nations étrangères, de manquer aisément de parole à ceux qu'ils ont assujettis, ce dont ils citaient beaucoup d'exemples (2). »

(1) Omer Talon, Mémoires^ 39.

(2) Mém. du marquis de Monlglal, 81,

INITILKS EFFORTS DE niCHELlEU. 157

La Picardie était la proie de rarniée espagnole (1G30); mais celle-ci, du moins, en la ravageant, exerçait son droit de conquête, et vivait en ennemie sur le territoire ennemi. Paris, effrayé et croyant déjà voir l'étranger dans ses murs, contraignit les paysans des campagnes avoisinantes à venir travailler, par corvées, aux fortifications de la ville et de Saint-Denis, et aux forts que Ton élevait dans ce danger extrême. (Id,, i!27.) Le roi marcha au secours de la province envahie.

« Il vit, dans les campagnes, des avoines toutes fauchées, quoiqu'elles fussent encore toutes vertes, et plusieurs paysans assemblés autour de ce dégât, mais qui, au lieu de se plaindre de ses chevau-légers, qui venaient de faire ce bel exploit, se prosternaient devant lui et le bénissaient. — « Je suis bien fâché, leur dit-il, du dommage qu'on vous a fait là. — Cela n'est rien, sire, lui dirent-ils, tout est à vous; pourvu que vous vous portiez bien, c'est assez. — Voilà un bon peuple! » dit-il à ceux qui l'accompagnaient. Mais il ne leur fit rien donner, ni ne songea à les faire soulager des tailles (1). »

Voilà quels étaient les sentiments de ces campagnards, tandis qu'on les ruinait; était-il donc bien difficile, avec de tels hommes, d'éviter les insurrections si fréquentes à cette époque?

Louis expédie le colonel Gassion dans le Cambrésis, où il pénètre le 2G octobre (1636), à la tète de 1200 chevaux. Ayant été repoussé de Cambrai, « il alla à un village nommé Artigny, où^ trouvant cent paysans qui tirèrent sur ses gens et puis se retirèrent dans une maison assez forte, il les y fit attaquer si vigoureusement que les siens entrèrent l'épée à la main dans ladite maison et y tuèrent tout. Il a brûlé ensuite dans le même pays .de Cambrésis quarante-deux villages remplis de grains et de bestiaux... Il s'en alla

(1) Tallemant des Réaux, Historiettes. m

continuant ses bnilemcnls jusqu'au i29 octobre (1)... > Il y avait une province qui, tour à tour bourguignonne, française, autrichienne et espagnole, puis, en dernière analyse, à peu près républicaine, vivait pauvre d'argent, mais Irès-fertile et très-peuplée, à l'abri de privilèges qui avaient fait substituer à son nom de comté de Bourgogne celui de Franche-Comté. Déjà envahie et ravagée en 1632 par suite des brigues de Gaston d'Orléans, elle le fut encore en 163G, et pour trois années non interrompues, attaquée par Condé, défendue par le duc de Lorraine^ pillée et saccagée par tous les deux, a Les habitants des villages furent presque tous impitoyablement massacrés, les femmes tuées, les filles violées (:2). » — « Tous les villages étaient brûlés, et la campagne resta tellement déshabitée qu'elle ressemblait plutôt à un désert qu'à un pays qui eût jamais été peuplé (3). »

Aux environs de Lons-le-Saunier, « les soldats, dit un témoin oculaire, étaient si accoutumés à incendier les villages, que l'on ne trouvait plus de couvert nulle part. J'avoue n'avoir, jamais vu faire tant de mal qu'en ce pauvre pays, qui fui entièrement ruiné... Dans la fin de Tété, la peste se mit si violemment dans l'armée (à cause de la multitude de femmes et d'enfants qui y étaient, et du pillage, et, à ce que je crois, en punition de tous les maux que l'on faisait), qu'il mourut plus de la moitié des soldats et quantité d'officiers (4). »

« L'on ne peut, dit l'un des historiens de cette province, exprimer les maux que le comté de Bourgogne^ souffrit pendant trois ans que sa défense fut confiée à des troupes

(1) Math. Mole, Mém., IV, 123.

{"2) Dom Plancher, Hist. de Dotirfjogne, IV, 050. (3) Uougebief, Ilist. de la Franche-Comté y 522. — Monfglat, Mémoires^ (\) Henri do Campion, Mémoires , 98-99.

Page 1