VN
170 nisToiufc: des paysans.
le corps de ville, le lieuleiiant général et les officiers des finances; ajoutant qu'elle serait gouvernée désormais par la volonté du roi, absolument, sans limites, et qu'il lui suffirait de notifier. Enfin il ne prétendait rien moins que raser Rouen tout entier. Richelieu l'arrêta en si beau chemin. Quant aux accusés, le chancelier, fort de ses pleins pouvoirs, les faisait exécuter « sans les avoir vus ni entendus », et sur simple « ordre verbal ».
On roua, on pendit, on condamna aiix galères, on confisqua, on rasa des maisons. Le prêtre Morel et quelques autres des principaux chefs furent roués vifs. Appliqués préalablement à la torture, fis dénoncèrent comme complices quelques nobles du pays.
Cependant un homme avait survécu, comme par miracle, au grand désastre d'Avranches. C'était Le Plé, le héros des paysans, celui qui enjambait les barricades, celui qui avait abattu à ses pieds le marquis de Courtaumer. Gassion le fit chercher partout, répandant hautement dans la contrée le bruit qu'il lui ferait grâce et lui donnerait place dans les rangs de ses soldats. Mais cet homme n'osa pas s'y fier, voyant la terreur que les vainqueurs faisaient peser sur la contrée. Il lui était facile de tromper toutes les investigations dans un pays dont chaque habitant lui était un complice. Il s'enfuit jusqu'en Bretagne, où un jour, à quelques mois de là, dans un cabaret et poussé par les mauvais conseils de l'ivresse, il se vanta d'avoir tué Courtaumer. On l'arrêta et on l'envoya au terrible chancelier, qui le fit rouer vif à Caen. Pour Gassion, c'était un héros, et pour Séguier, un assassin ; tout, dans les jugements des hommes, dépend du point de vue (1).
(1) TaUemanl des Réaux, II, 200; V, 172, 173; IX, 7-2. ~ Mém. de Montglat, 161, 265.