LES SABOTIERS
gnols, il y aurait eu un soulèvement en ces quartierslà (1).)^
Les choses prirent encore plus de gravité dans la Sologne, où la misère naturelle au pays s'ajoutait à la misère artificielle qu'y faisaient les hommes. Poussés par quelques nobles, les sabotiers, comme on appela ces nouveaux Jacques, se soulevèrent contre la perception des deniers du fisc, pillèrent à leur tour pour vivre, et eurent un moment la pensée de s'emparer de Chartres. Ils étaient au nombre de 7000 hommes avec 500 cavaliers, sous la direction d'un officier de l'afmée. Le vice-bailli de Chartres fut chargé d'aller les dissiper; mais il fut au contraire contraint de se réfugier dans le château de Sully, où il se vit assiégé et serré de près par les rebelles. Des troupes plus nombreuses furent appelées, et elles vinrent facilement à bout de la résistance des sabotiers. Beaucoup furent massacrés dans la lutte, on en pendit un grand nombre, et Tordre fut rétabli :
Une lettre de Guy Patin, du 18 juin 4G58, ne permet pas de douter de l'importance qu'eussent pu prendre ces mouvements populaires :
« On dit que ce désordre irait bien loin, s'ils avaient un chef de remarque... Il y a aussi du bruit en Normandie... Les financiers sont des poux maigres qui s'engraissent de la substance des pauvres. Il y a grand bruit à Orléans : la populace et les faubourgs sont émus, et malgré toute la force de la ville et nonobstant la présence du duc d'Orléans, qui s'en est sauvé, ils ont pillé trois bateaux chargés de sel. On dit que ce mal ira bien loin et s'agrandira fort... Le bruit et le désordre continuent à Orléans, les dernières lettres portent qu'on y a pillé jusqu'à sept bateaux de sel... On recommence à parler de quelques mouvements de la noblesse en Normandie, Poitou, Saintonge et Bretagne, lesquels joints en* semble peuvent faire un parti considérable. »
(1) Le duc d*York, Mémoires, 603.
Malgré ces dures leçons, le raarlyr essaya de se retourner encore une fois sur son lit de douleur, et une nouvelle jacquerie vint épouvanter, deux ou trois années plus tard (1662), quelques communes du Boulonnais. Mais Louis, qui alors n'avait plus besoin du peuple, et qui voulait qu'il pliât, souffrît et mourût sans se plaindre, fit marcher contre ces insurgés dix compagnies de gardes françaises, cinq de Suisses, et vingt- trois de cavalerie. (Bussy, III, 120.) Il ne s'agit plus, on le voit, des quarante chevaliers du comte Phœbus massacrant dix mille Jacques sur la place du marché de Meaux; ce n'est plus de la fantaisie, c'est de la réalité la plus poignante. A la tête de pareilles forces, Montpesat n'eut pas grand'peine à venir à bout des révoltés, qui d'ailleurs, suivant l'ordinaire, s'étaient spontanément séparés à sa seule approche. Ce qui n'empêcha pas qu'on en pendît un bon nombre pour l'exemple.
Et, en effet, des survivants on obtenait tout ce qu'on voulait.
Dans aucune de ces révoltes qui se succèdent, nous ne retrouvons ce caractère énergique et grandiose de l'antiquité, sublimes protestations de la dignité humaine qui repousse la tyrannie au nom de la patrie et de la liberté. Ce sont là des abstractions que la France des campagnes ne comprit que bien tard, si même elle les comprit jamais, et ce que modestement revendiquait Jacques Bonhomme, c'étaient les droits naturels et la propriété, c'était la possibilité de vivre pour lui et pour les siens. Pourquoi a-t-on glorifié les luttes de l'antiquité, tandis que l'on a flétri et calomnié les luttes du peuple au moyen âge et jusqu'au dix-septième siècle? Le droit de vivre n'est-il donc pas légitime et sacré à l'égal du droit d'être libre? Est-ce encore parce que les premières eurent les villes et les secondes les campagnes pour théâtre, ou bien si c'est que dans nos sociétés de civilisation incomplète, où le sabre est encore le véritable sceptre du monde, on impose, ainsi que
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je l'ai dit, aux vaincus le droit de la guerre, le Vœ victis! qui justifie tout, même la calomnie?
Comme si ce n'était pas un désastre public de voir les classes stériles accaparer toutes les richesses, tandis que le paysan, le producteur par excellence, lui par qui la société vit, est réduit à l'impuissance par le manque de capitaux, les campagnes se virent contraintes à se livrer à la merci des agioteurs. L'excès du mal prenant les proportions d'un danger social, la cour ouvrit les yeux, et une ordonnance de juin 1059 permit aux communautés et villages de campagne de se rémettre en possession des usages, biens et bois par eux aliénés pendant la guerre, à la charge de rembourser en dix ans aux acquéreurs le prix réellement payé de la vente. Les termes mêmes de l'ordonnance prouvent que les villages étaient contraints, le pistolet sur la gorge, de les vendre à des personnes puissantes, seigneurs, juges, magistrats et bourgeois des villes, sans permission du roi ni décrets de justice, à des prix très-modiques, « et bien souvent, des dits prix, n'a été touché aucune chose, bien qu'il soit écrit autrement, par la violence des acquéreurs, qui ont forcé les habitants de signer. »
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L^ ïfïirÀtK Té^:ialï p^F tooiês les campagiirs i 1 1. Les fiuanâ(rh ^/uUiexii aui pii^ds !•» prescriptions de Colbert, dont h:n hfdvei n'étai»:ril siiii>is d^ui aucane province (i). On J^:'*e, par d^UcfiemériU de gens de guerre, les restes des tailkitdes afirn'res i»;ôT. 1 ♦.•.>$, l*)3y, I0»>j et liiOl, avec des rigueurs q ui passent Jusqu'à l'hôstiJité. .. Des paroisses qui ne ÂOfit pa.s coupables de mauvaise vùlouté ui d'aucune rébellion ft<; trouvent accablécrs de logements et de contraintes de six, îî^ipt, huit, neuf, dix et douze cavaliers, qui en exigent 40 «ou«i chacun par jour, outre leur nourriture, i^
Maign; an longue habitude de tout souffrir sans se plaindn', tant de violences |KiUssèrent parfois à bout la patience du peuple, et f( unerébeUiou considérable » eut lieu dans 7' une paroissfî de Féleclion de^Clermont, à Trémouilhe-îlarrjial, au sujet de la levée de la taille. Dans rélection de Mont;iuban, les habitants de Massât, du pays de Conserans,
(\) \hi la Marre, Traité de la police, II, UiiO, 1038. — Emm. Michel, IIIhI. du parlem. de Metz^ I iO. — Bourquelot, Ilist, de ProvinSt U» 22!l. ■ - Journal d'un bourgeois de Caen, public par Mauccl, 27. — D. Loltiii, Uccli. hislorùjueif sur Orléans..,
(2j DiîppiiiK, Air* municip. et comm., 17 avril 1663, 29 ocUlCô^i «7 iiov. KMW; t. UI, p. !2i, 58...