‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 43 sur 114 · LES GRANDS JOURS D'AUVERGNE · texte numérisé non relu

LES GRANDS JOURS D'AUVERGNE

que romaîne, qu'il trouvait à propos de vivre sans dépendance et san.s souffrir aucune imposition de tailles; que le peuple n'avait jamais été si tourmenté, et plusieurs autres choses de fort grande édification, qui lui semblaient, aussi bien qu'à ses auditeurs grossiers, plus agréables que l'Évangile. Ce petit peuple trouva le prône fort bien raisonné ce jour- là... » (Jd., 215.)

Ce sont là de ces crimes de circonstance qui sont vice ou vertu suivant leur date ou le degré du méridien. Le bon curé, comme l'appelle ironiquement Fléchier, fut condamné au bannissement, et put choisir pour terre d'exil des pays qui eussent puni d'une semblable peine l'apologie du gouvernement monarchique.

Le peuple, toujours crédule dans ses espérances, fit frapper une médaille dont l'exergue témoigne de l'étendue des abus auxquels les grands jours devaient porter remède : Provinciœ ab injuriis potentiorum vindicatœ. Mais tout n'est que flux et reflux en ce bas monde. A peine les débats étaient-ils clos et les juges éloignés, que les seigneurs s'abattirent de nouveau sur les campagnes, les contumaces s'inquiétèrent peu de leur déshonneur en effigie et de leur trépas fictif, et c'est en se livrant avec plus d'insolence que jamais aux mêmes exactions qu'ils surent prouver qu'ils étaient bien vivants et toujours là.

Aussi voyons-nous le tiers état d'Auvergne adresser au roi dès 1667, c'est-à-dire l'année même qui suivit les grands jours, une requête pressante contre la tyrannie de sa noblesse de la province, le priant « d'obvier à l'oppression que souffrent les plus faibles par la violence des plus forts, lesquels, sous prétexte de rentes qui leur sont dues, exigent de leurs redevables tout ce que bon leur semble, refusant de prendre grains et autres denrées en espèce, en les taxant en argent à beaucoup plus qu'elles ne se vendent au marché..., et prétendent que lesdiles rentes en directe seigneurie emportent les droits de corvées et manœuvres

iiJL HISTOIRE DES PAYSANS. ,

qu'ils exigent sans aucun titre, en argent et en espèces, et ce, avec telle rigueur, que la plupart des boeufs et autres bêtes de service qui y sont employés périssent dans ce travail, auquel ils contraignent les laboureurs sans aucune merci, ce qui fait que les terres en friche et les propriétaires d'icelles demeurent dans l'impuissance de payer les deniers royaux qui leur sont imposés (1). y>

L'Auvergne cependant avait déjà eu ses grands jours en 4482, sous Louis XI; en 1520, sous François P"^; en 1581, sous Henri III. Ce n'eût donc point été de trop qu'ils fussent tenus de trois en trois années, et nous pourrix)ns citer bon nombre de châtelains qui restèrent jusqu'au xviii*' siècle, et presque toujours impunément (2), la terreur de leurs tenanciers et de leur voisinage. Cela se conçoit sans peine, si l'on se rappelle que le grand roi donnait l'exemple, §e mettait au-dessus de toutes les lois, ne reconnaissait pas même à ses sujets le droit de propriété, et, dans ses actes, restait en toute circonstance fidèle à ces principes. Quand la force est le droit, l'injustice est la règle. C'est ainsi que, par un édit du 31 octobre 16G0 (3), il interdisait de bâtir dans Paris ni à dix lieues à la ronde, et cela sous peine de galères, afin qu'il pût avoir à meilleur marché les matériaux nécessaires à l'achèvement du Louvre, et que les ouvriers, privés d'ouvrage, se montrassent moins exigeants pour leurs salaires. C'est ainsi encore que, pour permettre à son valet de chan}bre Cavoye de rendre les jardins et le parc de Luciennes tout à fait aimables (4), il achetait d'autorité toutes

(1) Recueil manuscrit de la bibliothèque de Clermont, coté Crems et Ihtsséol.

(2) « Gaspard, marquis d'Espinchal, obtint, en 1G78, des lettres de rémission pour différents homicides, en considération des services de SCS ancêtres. » — Chabrol, Comment, de la coutume (V Auvergne.

(3) Inséré au tome II, p. 719, du Bulletin arcfiéologique du comité historique des arts et monuments.

(4) Mémoires de Dangeau.

Page 1