‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 66 sur 114 · L'HIVER DE · texte numérisé non relu

L'HIVER DE

que ce fût le roi qui exigeât indûment ces dépôts. C'était, à leur avis, une contribution que l'ennemi voulait asseoir sur eux, et ils étaient accoutumés de le recevoir avec du fer et non de l'écarter avec de l'or. Deux cents villageois partent pour Versailles, refusant de croire à la déloyauté royale jusqu'à ce qu'ils l'eussent entendu délia bouqiie du Roué. Mais ils sont arrêtés en route; on les force à rétrograder, et l'on envoie des troupes vivre à discrétion dans ces villages rebelles (1).

Le peuple est retombé dans un abîme de misères aussi sombre qu'au xiv° siècle, et, comme au xiv° siècle, là nature elle-même entre en révolte et met le comble aux souffrances de l'humanité. Hivers rigoureux, sécheresses excessives, débordements de rivières, la France connut tous ces fléaux pendant les dernières années du règne du grand roi (2). Mais le plus terrible de tous fut l'hiver de 1709. Le froid sévit tout à coup, la veille du jour des Rois; toutes les rivières, tous les fleuves, et, ce qui ne s'était jamais vu, la mer même, tout gela et fut pris en quatre jours de temps et pour deux mois. Mais ce qui perdit tout, c'est qu'il y eut vers la fin un complet dégel de sept ou huit jours; la sève se mit en mouvement dans les plantes, sur la foi d'un printemps prématuré, et lorsque la gelée reparut avec toute son intensité, tout fut frappé et anéanti. La Provence perdit ses orangers et ses oliviers, la vigne disparut par toute la France, les jardins et les vergers se virent enlever tous les arbres fruitiers, et jusqu'aux noyers. Tous les grains périrent dans la terre, et l'on craignit que le peuple n'eût pas même la res-

(1) « On blâme et l'on plaint fort ici ces paysans, qui sont encore fiers de ce qu'ils n*ont jamais payé de contribulions, et ont toujours défendu eux-mêmes leur pays, qui est capable d'arrêter une armée, bien qu'il n'y ait que quatre paroisses. » — Lettres du jésuite Brunet, 17 janvier 1707.

(2) Saint-Simon, XII, 161; XIII, 110; XVI, 134; XIX, 79...

Mi UISTOIRE DES PAYSANS.

source deTherbe pour se nourrir (1). Les mieux avisés s'empressèrent de mettre la charrue dans leurs champa de blé qui ne devaient rien rapporter, et d'y semer de Forge; mais la police, qui a la prétention de tout savoir, même l'agriculture, la police s'y opposa et augmenta ainsi le mal. El cependant cette orge, semée en contrebande, sauva le pays» et servit à faire un pain grossier, qui prit le nom de pain de disette. D'autres réduisirent en farines et pétrirent la racine d'arum, le chiendent, le choux-navet, l'asphodèle (2). Le plus grand nombre, dans les campagnes, après que l'on eut vendu, pour payer l'impôt, le peu que l'on avait récolté, brouta l'herbe que les animaux, dévorés depuis longtemps, ne pouvaient plus leur disputer.

Rien ne peut donner une idée de l'aspect morne des cam^ pagnesj dont les habitants, demi-moris déjà de froid et de cette faim lente passée à l'état chronique depuis 1662, mais avec des intermittences aiguës, achevaient de mourir sur leurs champs dépouillés par un hiver implacable. Les tribu* naux furent fermés, et la justice cessa de faire entendre sa voix partiale ; des régiments entiers désertaient pour aller vivre du pillage sur les bourgs et dans les campagnes. Les valets du château mendiaient par les rues de Versailles, et au fond du palais du vieux roi, la veuve de Scarron se crut revenue aux jours de sa jeunesse précaire, et mangea, comme tout le monde, le pain de disette.

Vers le milieu du xviii" siècle, l'empereur d'Autriche, François P% appela à sa cour, pour lui confier sa bibliothèque et son cabinet de médailles, un Français, aussi remarquable par sa science que par son noble caractère et sa rare modestie. Il s'appelait ValentinJameray Duval. Fils d'un des plus besoigneux parmi les paysans de la Champagne, orphelin à dix ans, il en avait quatorze lorsque l'excès de

(1) MoiUeil, Ti'aité de matériaux manuscrilsy I, 9;

(2) Legrand d'Aussy, Vie privée des Français^ 132;

la misère le chassa de son pays, où il ne se trouvait pas un cultivateur moins pauvre que lui pour lui donner de l'ouvrage et du pain.

Il errait par la campagne, à peu près au hasard, en quôle d'un asile, sans vêtements, sans pain, sans amis ni protecteurs, lorsque ce terrible hiver de 1709 vint ajouter encore aux embarras de sa situation. Pour comble d'infortune, il fut atteint par la petite vérole, qui le jeta mourant à la porte d'une censé dont le fermier, misérable comme ils Tétaient tous alors, ne pouvait lui donner ni lit, ni vêtements, ni chambre, ni remèdes, ni aucun des soins que réclame cette dangereuse maladie, à laquelle la rigueur de cet hiver effroyable ajoutait de nouveaux dangers. Dans son dénûment extrême, le pauvre tennacier fit pourDuval tout ce qu'il pouvait faire : à défaut de chambre, il l'enferma dans son étable, et à défaut de lit, il l'ensevelit jusqu'au cou sous le fumier, dont la chaleur le ranima peu à peu et facilita l'éruption des boutons qui bientôt lui couvrirent tout le corps.

K Je passais, dit-il, peu de nuits sans être éveillé par des bruits subits et impétueux, pareils à ceux du tonnerre ou de l'artillerie , et quand, au matin, je m'informais quelle avait été la cause d'un tel fracas, on m'apprenait que l'âpreté de la gelée avait été si véhémente que des pierres d'une grosseur énorme en avaient été brisées en pièces, et que plusieurs chênes, noyers et autres arbres s'étaient éclatés et fendus jusqu'aux racines. J'ai dit cidessus que le charitable fermier m'avait assuré que son indigence ne lui permettait pas de m'assister selon son désir, et en effet les tailles et les impôts l'avaient tellement ruiné, que les exacteurs s'étaient emparés de ses meubles, et avaient vendu jusqu'au bétail destiné à la culture des terres (1). »

(i) Valentin Jameray Duval, (EuvreSy I, 5t.

Lorsqu'il fut un peu mieux, on lui donna pour boisson de l'eau glacée, et pour nourriture, du pain moisi, gelé, qu'on fendait à la hache, qu'il suçait et rongeait après ayoir fait dégeler sous son fumier. Les [moutons, ses compagnons de chambrée, semblaient prendre en pitié cette suprême misère, et, comme pour le caresser et le consoler, venaient lécher son visage et ses mains ; et lui, lorsque la rudesse salutaire de leur langue ajoutait à son supplice, il ne se tourmentait que de la crainte de leur inoculer le mal affreux qui convertissait tout son corps en un fumier plus infect que celui sous lequel il retrouvait peu à peu la chaleur et la vie.

Si modeste que fût l'hospitalité que lui accordait son hôte, elle était trop onéreuse encore pour cette victime du^ système financier du grand roi, et il fallut transporter le moribond , en danger d'y mourir de faim , chez un curé du voisinage, où il pensa expirer tout d'abord des suites du froid qu'il avait éprouvé dans le trajet, bien que l'on eût pris soin de le rouler dans de méchants haillons et de l'empaqueter dans du foin. La vie était rude alors, et pour un robuste enfant assez énergiquement trempé pour résister à d'aussi cruelles épreuves, combien d'autres devaient regarder en arrière, et, reculant effrayés à leur entrée en ce bas monde, ne quitter leur berceau que pour se coucher dans leur tombe !

« Il n'est point, continue-t-il, d'écrivain qui ait eu le courage et la noble hardiesse de dépeindre l'affreuse misère que l'hiver de»i709 causa parmi le peuple, combien il y eut de malheureux qui, assiégés par les neiges et consumés par la faim furent trouvés morts dans leurs tristes chaumières. Aucun de ces auteurs n'a raconté la dureté et la criminelle insensibilité des riches, les criantes et scanda» leuses rapines des usuriers, tant profanes que sacrés, qui, profitant du malheur public, firent augmenter la cherté des vivres en tenant leurs greniers fermés, et en rendant

leurs cœurs inaccessibles à la compassion. J'ignore si le gouvernement fut insensible à cette calamité publique, et quels moyens il employa pour la faire cesser. Ce que je sais, c'est que les milices, les tailles, les gabelles et les impôts furent toujours exigés avec la même rigueur. y>

La famine le chassa bientôt de cet asile d'un jour. Les plus riches n'avaient à peu près du pain que pour eux, et n'en pouvaient pas longtemps distraire une miette pour soulager la faim des autres. Il s'informa s'il n'existait donc pas quelques contrées bénies du ciel où il n'y eut pas de neige sur la terre, où l'on ne se trouvât exposé ni aux traitants, ni aux dîmes, ni aux gabelles, ni aux gens de guerre, mais où l'on rencontrât encore des troupeaux à mener paître, des champs à cultiver dont on pût espérer de voir mûrir les fruits; et, chassé de cette dure terre de France où l'on ne pouvait plus vivre et qui n'était plus une patrie, les regards fixés sur l'Orient, il se mit en marche vers les lieux où le soleil semblait se lever. Il quitta la Lorraine et traversa la Champagne ; mais c'était encore la France, c'est-à-dire la misère, la famine, la désolation... c L'indigence et la faim semblaient avoir établi leur séjour dans ces tristes lieux. Les maisons couvertes de chaume et de roseaux s'abaissaient jusqu'à terre et ressemblaient à des glacières. Un enduit d'argile broyée avec un peu de paille était le seul obstacle qui en défendit l'entrée. Quant aux habitants, leur figure cadrait à merveille avec la pauvreté de leurs cabanes. Les haillons dont ils étaient couverts, la pâleur de leur visage, leurs yeux livides et abattus, leur maintien languissant, morne et engourdi, là nudité et la maigreur de quantité d'enfants que la faim desséchait, et que je voyais dispersés parmi les haies et les buissons pour y chercher certaines racines qu'ils dévoraient avec avidité : tous ces affreux symptômes d'une calamité publique m'épouvantèrent et me causèrent une extrême aversion.pour cette sinistre contrée. »

II ne trouvait sur la route, pour se nourrir, que des racines, et aux beaux jours, un pain de chènevis, qu'il ne se procurait qu'à graud'peine et en quantité à peu près suffisante pour l'empêcher de mourir de faim, mais non pour le faire vivre , car cette nourriture brûlante et corrosive, destinée d'ordinaire aux plus vils animaux, détruisit pour longtemps sa santé.

Enfin, un jour, un contraste heureux apparut à ses yeux, une scène nouvelle s'ouvrit devant lui ; il vit des maisons propres et spacieuses, et des meubles dans ces maisons, et à Tentour des enfants gais et vêtus, et bien portants, des hommes robustes et vigoureux, des femmes dont le front radieux semblait refléter le bonheur, la foi dans l'avenir qui remplissait leurs âmes. Le futur bibliothécaire de l'empereur François venait de franchir la frontière; il n'était plus en France, il venait de pénétrer en Allemagne! Tout était changé comme par enchantement. Il entra dans une église pour remercier Dieu, et là un bien autre émerveillement l'attendait : il vit des jeunes garçons, des jeunes hommes de vingt ans, et en grand nombre (W., 61)!... Depuis longtemps ils étaient devenus si rares en France, qu'ils pouvaient passer pour un objet de curiosité. C'est la monnaie vivante avec laquelle les conquérants payent leur gloire. Louis avait tout pris, tout consommé ; il ne restait plus que des enfants chétifs et étiolés, quelques vieillards, et des femmes condamnées à vieillir sans amour. Combien de fois le roi-soleil avait-il fait coupe blanche parmi les jeunes générations, depuis ces jours où Boileau disait au grand Condé que ses soldats, dont le plus âgé n'avait pas dix-huit ans, seraient fort beaux lorsqu'ils auraient atteint leur majorité !

Un bon ermite, nommé Palémon, comme un héros d'églogue, l'adopta, lui fit partager son frugal genre de vie, pour lequel le noviciat qu'il venait de f^re le disposait nierveiUeqsement, ej; |uj apprit è^ lire^ Après cj^'i} ?e Wl

assimilé la substance de la mince bibliothèque du pieux solitaire, il le quitta pour aller s'établir auprès de Lunéville, dans la retraite de Sainte-Anne, où il eut six vaches à garder, quatre ermites à servir, d'une ignorance honteuse, et quelques bouquins en assez bon nombre à dévorer. C'étaient tous livres sacrés pour les religieux, qui jamais ne les avaient ouverts, mais dont quelques-uns cependant traitaient de sciences profanes. Comment ils étaient là et ce qu'ils y faisaient, c'est ce que Duval, qui depuis sut tant de choses, ne put jamais découvrir; mais enfin ils y étaient, et il les mit à profit. Il s'apprit lui-même à écrire, étudia l'arithmétique, la géographie, l'astronomie. Un chêne élevé était son observatoire, et un tube de roseau son télescope.

L'amour de la science n'était pas le seul qui menaçât d'obséder sa vie ; il résolut de couper court à cette dangereuse diversion. Sur la foi de saint Jérôme, qui lui avait appris que l'on se guérissait des passions avec la ciguë, et persuadé qu'un Père de l'Église ne pouvait se tromper, il il en absorba tellement qu'il en faillit mourir; mais il tua pour toujours l'amour dans son cœur. Ce nouvel Origène se livra alors sans partage à l'étude. Pour se procurer des livres, il se fit trappeur dans les forêts, dépouilla les bêtes sauvages, vendit leurs fourrures. Il livra une fois un combat singulier à un énorme chat sauvage : la lutte pensa lui devenir fatale, et sa victoire fut sanglante; mais de tels détails ne l'arrêtaient pas, et les libraires de Nancy avaient tout l'argent de ses chasses.

Il 'eut la bonne fortune de trouver un cachet d'or richement armorié : il le fit annoncer au prône. Un Anglais vint le réclamer. « S'il est à vous, dit Duval, je vous prie de le blasonner. — Tu te moques, jeune homme, le blason n'est certes pas de ton ressort. — Je vous dis pourtant que si vous ne le blasonnez pas, vous ne l'aurez pas. » L'Anglais, charmé, le récompensa lil^éralement. Duval portait des sabots ç\ un sareaH 4§ tpijç grQsçiJjfe : i] n'ajouta rien ^ s^

garde-robe, mais sa bibliothèque s'augmenta de quatre cents volumes.

Les six vaches étaient fort mal gardées. Un des ermites menaça de faire un auto-da-fé de ses bouquins, et brandit même un tison enflammé. A cette vue, Duval saisit la pelle du foyer, jette les quatre religieux hors du prieuré, barricade portes et fenêtres, et fait accepter une honorable capitulation, dont la principale clause fut, qu'il lui serait accordé deux heures par jour pour étudier. De son côté, il servirait pendant dix années Termilage, sans salaire, pour la nourriture et le vêtement. C'était pour rien, et cet étrange compromis fut ratifié par un notaire de Lunéville.

Les champs étaient son cabinet d'étude. Un jour qu'il était entouré de ses livres, de ses cartes et de ses mappemondes, un homme de belle apparence lui demanda, non sans quelque surprise, ce qu'il faisait : « Je cherche, répond le pauvre berger, la route de Québec, parce que je veux aller étudier à l'université de cette ville. » L'inconnu lui offre de le faire étudier moins loin, s'il veut. Un nombreux et brillant cortège les entoure : l'inconnu était le duc de Lorraine que sa cour venait de rejoindre. Il lui propose de l'envoyer chez les jésuites de Pont-à-Housson. Duval accepte, mais non sans avoir établi ses réserves et stipulé ses conditions. Le souvenir de la tyrannie le poursuit encore, il veut être libre, et redoute que Ton ne prétende lui faire de la reconnaissance un lien de servage.

Au bout de deux années, le duc Léopold de Lorraine le nomma son bibliothécaire, et lui confia la chaire d'histoire à l'académie de Lunéville.. Parmi ses élèves il compta le célèbre lord Chatam.

Lorsque la Lorraine fut annexée à la France, Duval fit ses paquets, secoua la poussière de ses chaussures, et s'enfuit, comme s'il eût été en péril du feu. On voulut élever une barrière d'or pour le retenir. Mais il avait respiré l'air de la liberté, et cette perspective de redevenir Français,

d'être le sujet du roi Louis XV après avoir été celui du roi Louis XIV, cela lui inspira une terreur telle, que, malgré tout, il partit pour la ville des fleurs et du soleil, pour Florence, où il séjourna pendant dix années, et d'où il fut appelé à Vienne par l'empereur François. Telle était, au XVII*' et au XVIII® siècle, l'épouvante que causai* la France à ceux qui avaient connu une autre domination et tels étaient parfois les hommes dont la tyrannie implacable de Louis privait le royaume.

Écoutez tomber du haut de la chair évangélique la voix lamentable de Massillon :

a Tandis que les villes et les campagnes sont frappées de calamités; que les hommes, créés à l'image de Dieu et rachetés de tout son sang, broutent l'herbe comme des animaux, et dans leur nécessité extrême vont chercher à travers les champs une nourriture que la terre n'a pas faite pour l'homme, el qui devient pour eux une nourriture de mort, auriez-vous la force d'y être le seul heureux? Tandis que la face de tout le royaume est changée, et que tout retentit de cris et de gémissements autour de votre demeure superbe, pourriez-vous conserver en dedans le même air de joie, de pompe, de sérénité, d'opulence? Où serait l'humanité, la raison, la religion?... )> *

Hélas ! les temps n'étaient plus de ces miracles de charité qu'accomplissaient les voix puissantes des Chrysostome, des Basile et des Grégoire. L'esprit de Dieu n'était plus avec ces chrétiens dégénérés, et lorsque la parole non moins éloquente des Bourdaloue, desFléchier, desBossuet, des Fénelon et des Massillon rappelait à ces brillants auditoires de la cour du grand roi que les riches ne sont que les économes de Dieu et les dispensateurs de ses trésors sur la terre, elle s'évanouissait sans écho, recueillie par des oreilles charmées, incomprise par des cœurs fermés à l'Évangile.

Après l'hiver, la famine; après l'hiver et la famine,

rinoiidation, la mort toujours et partout. Les fleuves dé* bordent, hommes et bestiaux sont noyés; les maisons sout renversées, les récoltes pourrissent sur terre ; les rivières, rompant leurs digues, ensablent les vallées, et, détruisant en un jour Touvrage des siècles, rendent à la stériHté les terres fertiles. Les campagnes tendent leurs bras vers Louis XIV; mais, entouré de ministres incapables, de généraux indignes, de bâtards et de confesseurs, le vieux roi tremble à la fois pour sa vie et pour sa couronne, et ne songe plus qu'à sauver son âme au milieu du désastre général. Et lorsqu'il veut venir au secours de ses peuples, il semble que l'ineptie seule préside à ses conseils; il aggrave le mal au lieu de le soulager, et comble la mesure.

La Loire a renversé ses levées; villes et campagnes sont sous l'eau; l'onde étouffe comme sous un linceul tous les bruits de la terre, et les cris des victimes interrompent seuls de temps à autre ce silence de mort qui rend si solennel et si terrible ce redoutable sinistre. Impuissant à secourir son troupeau en présence d'un tel désastre, l'évéquc d'Angers s'adresse au roi et lui fait une peinture désastreuse des misères des campagnes (i). Le grand roi,

(1) 25 février 1711. Les ravages de la Loire recommencent plus fréquents que jamais. Voici une note assez curieuse publiée par l'Annuaire du département de la Nièvre pour l'an IX, p. 52, tirée d*un ancien reg^istre de la Chambre des comptes de Nevers :

20 septembre 1586 : La rivière crut tellement qu'elle surpassa de 3 pieds et plus les crues de 1494, 1527 et 1537.

26 octobre 1607 : La Loire crut avec beaucoup de violence, et occ^ sionna les mêmes ravages qu'en 1586. L'Allier était aussi haut que la Loire.

28 novembre 1628 : La Loire crut avec beaucoup de violence, emporta les arches des deux ponts de Nevers. On trouva sur le bord de la rivière, proche la Charité, un petit enfant dans son berceau. Cet eo* fant fut nommé Nicolas des Grandes Eaux.

15 septembre 1657 : Quoique la rivière de Loire ne s'élevftt qn'i 15 pouces au-dessus de 1628, elle Ht nétinmoins de grands ravafes..

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