‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 67 sur 114 · INONDATIONS · texte numérisé non relu

INONDATIONS

saas s'épuiser en vains efforts sur des faits accomplis, remonte droit des effets à la cause. La cause, c'est la rupture des levées; il ordonne qu'elles soient réparées. En vain on lui dit que la vallée de la Loire est un océan immense contre lequel il y a folie à vouloir lutter, et qu'on lui demande de l'argent, et non des ordonnances. Xerxès,.,non, Louis XIV luttera contre l'océan et en triomphera. Il ordonne une presse de paysans, et, dans le val de Saint-Benoît-sur-Loire, dk mille campagnards, qui reçoivent pour tout salaire une ration^d'une livre et demie de pain par jour, sont traînés sur les turcies et condamnés à ce travail insensé. Le fleuve détruit la nuit ce qu'ils ont fait le jour; il est dompté cependant à la fin : les travaux sont terminés, le grand roi commande aux éléments. Vain triomphe! Trois jours ne s'étaient pas écoulés que tous ces remparts de boue élevés au sein des eaux sont entraînés d'un seul coup. La fatigue

Cette crue fut suivie d'une autre huit jours après, et de trois autres, non pas aussi grandes, mais qui ont fait beaucoup de tort aux blés.

A octobre 1707 : La Loire et TAllier ont crû dans une seule nuit de 20 pieds. Cette crue a été aussi grande que celle de 1628; elle a causé des dommages considérables, les digues d'Anjou ont rompu; 50000 per« sonnes ont été noyées.

13 juin 1709 i A peu près même hauteur qu'en 1707.

Octobre 1710 : La rivière fut encore plus grosse que les deux années précédentes.

27 mai 1733 : La Loire fut de 8 pouces 9 lignes plus haute qu'en 1707. Les foins et les blés furent gâtés, quantité de bestiau.K peràos, les levées au-dessus et au-dessous d'Orléans emportées en plus sieurs endroits.

5 octobre 1743 : La Loire ne fut que de 6 pouces moins haute qu'en 1733.

13 octobre 1790 : La Loire fut estimée de 3 pieds plus haute qu'en 1733.

Il est à remarquer que la terrible inondation de 1711 n'est pas mentionnée dans cette note : elle fut due, sans dtiùte, aux affluents inférieurs de la Loire, et ne fit sentir ses désastres qu'au-dessous d'Orléans. On pense que la crue de juin 1856 n'a eu d'égale qu'en 1711.

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et la faim avaient décima les paysans. Louis fit grâce an reste, et voulut bien attendre jusqu'au printemps pour dompter le fleuve capricieux.

Tout n'est qu'heur et malheur en ce monde, et la misère de Tun fait la fortune des autres. Tandis que les familles des inondés, réfugiées sur le chaume tremblant de leurs cabanes,, appelaient par leurs cris les moines de la riche abbaye de Saint-Benoît, ceux-ci envoyèrent à leur secours leurs procureurs fiscaux, montés sur des barques ; seulement, avant de les y recevoir, ils exigeaient d'eux des reconnaissances d'argent ou de redevances, abandonnant dans l'attente d'une mort lente et inévitable tous ceux qui ne purent se racheter. C'était une manière originale de demander la bourse ou h vie, et beaucoup qui avaient refusé le premier jour acceptaient le lendemain. Une pauvre mère, qui ne possédait rien, leur tendit son enfant, qu'ils laissèrent tomber dans l'abîme.

Mais ce n'est rien encore que les exactions royales; ce n'est rien que l'invasion du territoire et ces guerres interminables qui dépeuplèrent certaines provinces et les rejetèrent de deux siècles en arrière (1); ce n'est rien que l'inondation, le froid et la famine : un autre ennemi, bien plus implacable, vient s'abattre sur les campagnes et combler la mesure.

Les flottes de l'Angleterre tenaient la mer et enlevaient les grains que l'on attendait en vain du Levant. Alors les financiers, exagérant encore le mal, si c'est possible, obtinrent un éditqui mit le commerce des blés entre leurs mains, firent des recherches, envoyèrent des émissaires par les provinces, et, sous prétexte de l'approvisionnement des troupes et de la marine, accaparèrent le peu de grains qui se trouvait en France pour le revendre ensuite au gré de leur avarice homicide.

{[) Perreciot, II, 493.

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