VAINS EFFORTS DU HÉOËNT. S
tîaux eux-mêmes, qui avaient disparu du sol français (1).
Mais en déjpit des espérances, des promesses et des palliatifs, la souffrance du peuple, loin de diminuer, augmentait encore; la capitation et le dixième, établis pendant la guerre et pour cesser avec elle, pesaient toujours sur lui, bien qu'il fût réduit à l'impuissance de les acquitter, et, deux ans après la mort de Louis XIV, ils étaient exigés avec plus d'exactitude et plus de dureté que sous l'ancien gouvernement. (Saint-Simon, XXVIII, 56, 76.) Comptant sur la faiblesse, la légèreté et la facilité à pardonner du régent, quelques intendants, loin d'obéir à ses instructions, volaient avec plus d'impudeur que jamais, levaient des taxes sèches, les augmentaient arbitrairement si Ton tardait à les acquitter, multipliaient les frais, et faisaient jeter dans les cachots jusqu'aux maires et aux échevins des villes et des communautés récalcitrantes. En vain ceux-ci envoyaient les plus riches et les plus influents parmi leurs amis pour porter leurs plaintes devant le conseil de régence : ils venaient achever de se ruiner à Paris, sans pouvoir parvenir à forcer les portes des antichambres des ministres. (W., 209.)
Cependant les parlements murmuraient, et une sourde agitation remuait les provinces : on résolut donc de tenter encore quelques essais. Mais les dispositions les meilleures, les plus sensées, les plus faciles, étaient paralysées par le mauvais vouloir des agents que l'on employait et par les obstacles que savait y apporter l'exécrable gent financière. On tenta tout d'abord d'établir la taille proportionnelle dans la généralité de Paris, et l'on échoua après y avoir dépensé en pure perte une somme de huit cent mille livres. Un trait bien significatif avait montré cependant que la chose était non-seulement possible mais encore excellente. L'imposition de 1718, avec les arrérages des cinq années précédentes, fut acquittée dans douze mois, sans frais ni discus-
(1) Forbonnais, II, 380, 383.
sion. « Par un excès, le plus coupable peut-être de dégrader rhumanité, le bonheur commun fit des mécontents de tous ceux dont la prospérité dépend de la misère d'autrui. Depuis ce temps, on a essayé d'introduire la même nature d'imposition en diverses provinces, mais elle n'a point réussi dans les campagnes, parce qu'on l'a dénaturée en voulant imposer le fermier à raison de son industrie particulière, au lieu de l'imposer uniquement à raison de l'occupation du fond. Dès lors' l'arbitraire continue ses ravages, éteint toute émulation, et tient la culture dans un état languissant où nous la voyons.
» C'était précisément sur cette répartition plus juste des tailles que se fondaient les plus grandes espérances pour l'avenir, parce qu'on voyait clairement qu'augmenter l'aisance du jjeuple c'était augmenter les revenus du prince. > (W., 497.)
En désespoir de cause, on eut recours une fois encore à la dîme royale de Vauban, que l'on avait rejetée avec tant de mépris, et à laquelle on revenait sans cesse. On chargea deux bons citoyens, deux hommes sincèrement dévoués aux intérêts du peuple, de la revoir et de l'appliquer en tout ou en partie ; ces deux hommes étaient l'abbé Bignon et Renaud, lieutenant général des armées navales. Ce dernier poussa le désintéressement jusqu'à en aller faire l'essai à , ses dépens dans un certain nombre d'élections.
Pendant ce temps, un noble du Périgord, d'Alleraans, depuis longtemps témoin oculaire des souffrances des campagnes et des inconvénients qu'entraînait la manière de lever les impôts, proposait de les remplacer également par une sorte de taille proportionnelle. Il apprit que Renaud et Silly, chacun dans quelques provinces, • s'occupaient de l'application d'idées analogues. Il s'aboucha avec Renaud, et ils rédigèrent ensemble un mémoire qui fut très-favorablement accueilli par le régent, qui, toutefois, avant de songer à en appliquer les conclusions, voulut attendre