LA DÉTRESSE AUGMENTE ENCORE
l'effet des expériences tentées par Renaud et Silly. a Hais, ajoute Saint-Simon, tous ces essais furent funestes par la dépense qu'ils causèrent sans aucun succès. Soit que les projets fussent vicieux en eux-mêmes, soit qu'ils le devinssent par la manière de les exécuter, peutêtre encore par les obstacles qu'y mit l'intérêt et la jalousie de la cruelle gent financière, toujours appuyée de magistrats des finances, il est certain que les bonnes intentions du régent, qui en cela ne cherchait que le soulagement du peuple, furent entièrement trompées, et il en fallut revenir à la manière ordinaire de lever les tailles. » (XXIX, 197.)
Quant au projet dû à la collaboration de Renaud et de d'Allemans, le temps manqua pour le mettre à exécution. « Renaud, malade de fatigue et du chagrin que lui causaient les obstacles qu'il rencontrait dans la généralité de la Rochelle, et la haine que, sans savoir pourquoi, la nouveauté qu'il voulait introduire avait excitée contre lui, malgré la netteté de ses mains reconnue ; Renaud, dis-je, voulut se presser de retourner à son travail; mais victime de son zèle, la mort vint le frapper à la fin de septembre 1719. D'Allemans le suivit au tombeau peu de mois après, et il ne fut plus question de ces projets qui avaient tout d'abord enlevé tous les suffrages. j> (XXX, 95-99.)
Saint-Simon, membre du conseil de régence, proposait de supprimer complètement la gabelle pour rendre le sel libre et marchand. « Le roi, disait-il, y gagnait par la décharge des frais de cette odieuse ferme, outre ce que le peuple y gagnait par la liberté; l'affranchissement des pillages sans nombre qu'il souffre de cette multitude nombreuse d'employés, qui mourraient de faim s'ils s'en tenai^t à leurs gages. )> C'est tout justement ce qu'avait déjà dit et parfaitement démontré le tiers état aux états provinciaux d'Anjou en 1560; mais, bien que le régent eût accueilli avec faveur tous ces projets de réforme, ils étaient bien J
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autrement subversifs et impossibles enccfre aux yeux des magistrats des finances, qui réussirent à faire tout échouer, et c'est alors que s'échappa de l'âme honnête et droite de Saint-Simon cet aveu désespéré de l'impuissance de l'homme de bien à réformer les vices qui font vivre tant de parasites intéressés à leur conservation. (\oiT ci-dessus, page 301).
Tandis que la disgrâce, les persécutions, les dégoûts, h mort, étaient le sort inévitable réservé à tous les hommes sincèrement dévoués aux intérêts populaires, on accueillait avec enthousiasme un projet éclos dans la cervelle de Broglie, l'un des roués du régent, projet qui rappelait fort celui de ce Fâcheux, de Molière, qui proposait de mettre toutes les côtes de France en fameux ports de mer. Pour couper court aux friponneries insignes des étapiers et sousélapiers chargés de pourvoir à l'entretien des troupes, et afin de soustraire les campagnes à leurs exactions en même temps qu'aux pilleries des soldats, Broglie ne vit rien de mieux que de couvrir la France de casernes, et de contraindre toutes les villes, tous les villages à- bâtir à leurs frais des logements, des écuries et des magasins où les troupes de passage seraient reçues. On accueillit avec empressement cette idée ; on fit de grandes dépenses ; puis, l'instant de la réflexion arrivé, on reconnut que le moyen était extravagant, et le tout fut abandonné.
Le système de Law exerça peu d'influence sur la situalion des campagnards. Aux environs des grandes villes, ils y gagnèrent tout d'abord, grâce à la fièvre d'activité qui tourmenta la France, à ces fortunes qui s'élevaient en un jour, circonstances qui, pour un instant, imprimèrent une impulsion prodigieuse à la consommation. Mais bientôt les ruines succédèrent aux fortunes rapides, une stagnation absolue suivit cette prospérité trompeuse, la circulation cessa, et comme il fallait trouver sur l'impôt direct ce que l'impôt indirect cessait de donner, une recrudescence de misère succéda bien vite à cette lueur de prospérité. Les
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mariages devinrent plus rares, les familles virent diminuer le nombre de leurs membres, si bien que les feux évalués jadis à cinq personnes en moyenne descendirent à quatre. (Forbonnais, II, 514.)
. C'est qu'en effet la disette régnait en tous lieux, prenant parfois la proportion de la famine, et traînant la peste à sa suite. On connaît la terrible épidémie qui, en juillet 1720, épouvanta Marseille, là Provence et le Languedoc. La famine l'avait précédée, et n'était pas étrangère à son développement. En septembre de la même année, la peste sévit également en Auvergne. « Toutes les troupes furent occupées à garder les passages dans cette province et du côté de Lyon (1). :& On forçait les tristes victimes de tant de maux accumulés à mourir chez elles, pour ne pas porter à leur suite la mort dans le reste du royaume.