CHAPITRE V
Louis V. — Le pacte de famine. — Misère universelle. — Massillon.
« On ne peut guère lire l'Iiistoiro sans concevoir de l'horreur pour le î^nre humain, x
VoLTAUiE, Dict,phil08.t V. Idolâtrie.
Le régent mourut, laissant l'Etat endetté de 680 millions de plus qu'à la mort- de Louis XIV, et Louis XV, déclaré majeur dès l'année 1723, abandonna les affaires aux mains du duc de Bourbon, dirigé lui-même par madame de Prie
(1) Barbier, Journal, I, GO, 95, 15i, 155. 25J.... — Le baron Trouvé, Histoire des états du Languedoc, I, 225.
3i0 HISTOIRE DES PAYSANS.
et les frères Paris Duverney, qui lancèrent, en 1725, Fimpôt du cinquantième, combiné avec toutes les ressources du génie fiscal. Les revenus étaient taxés sans prélèvement des frais de culture et de toutes les autres charges. L'estimation en devait être faite de la manière la plus arbitraire. La terreur fut telle dans certaines provinces, qu'on craignit de payer, au lieu d'un cinquantième, un quart ou un tiers du revenu net, et les frères Paris espéraient de cet impôt un bénéfice à peu près égal à celui que Desmarets avait tiré du dixième (1).
Puis vint le ministère de Fleury : son âge, son naturel, son caractère de prêtre, tout faisait de lui un ami de la paix. Il favorisa l'agriculture, laissant au temps le soin de cicatriser les plaies nombreuses du royaume, mais sans innovation généreuse, sans remèdes énergiques, traitant, dit Voltaire, l'État comme un corps puissant et robuste qui se rétablit de lui-même.
La France se fût endormie paisiblement, en effet, sous le gouvernement timide du vieux prêtre, si une entreprise sans exemple dans l'histoire, si une conspiration ourdie contre la vie du peuple, et à la tête de laquelle étaient le roi et ses ministres, les principaux membres de la noblesse, du clergé, de la magistrature et de la fmance, n'eût fait peser sur le pays une disette de plus d'un demi-siècle.
Dès Tannée 1725, une nouvelle famine était venue fondre sur la France. Dans ré(at de langueur où se trouvait fatalement l'agriculture, il suffisait du moindre dérangement dans les saisons pour amener la cherté des subsistances, et par suite la disette. Un été humide et froid, des pluies persistantes empêchèrent les récoltes de mûrir et le blé d'être rentré dans de bonnes conditions. Les craintes des populations augmentèrent le mal en exagérant le danger; les entraves apportées à la circulation des blés par le sys-
(t) Lacrctolle, //«/. du xvinc siècle^ II, 39.