‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 81 sur 114 · MASSILLON. S · texte numérisé non relu

MASSILLON. S

ensemencer ses terres, a été obligé d'emprunter du roi et des particuliers, et d'acheter des grains d'un prix alors exorbitant, va être, obligé, par la vilité des prix où ils sont maintenant, d'en vendre trois fois autant qu'il en a reçu, pour rembourser les avances qu'on lui a faites ; de sorte qu'il va retomber dans le même gouffre de misère, si Voire Éminence n'a pas la charité de faire accorder cette année quelque remise considérable sur les impositions que le conseil va régler incessamment.

» Au reste, monseigneur, je supplie instamment Votre Éminence de ne pas regarder ce que je prends la liberté de lui écrire comme un excès de zèle épiscopal. Outre tout ce que je vous dois déjà, je vous dois encore plus la vérité; aussi, loin d'exagérer, je vous proteste, monseigneur, que j'ai ménagé les expressions, afin de ne pas affliger voire cœur. Je ne doute pas que notre intendant, quoiqu'il craigne beaucoup de déplaire, n'en dise encore plus que moi; que Votre Eminence ait la bonté de s'en faire rendre conrpte. Je sens bien que dans une première place on ne peut ni tout écouter ni remédier atout. Cette maxime pouvait être admise sous les ministères précédents : mais sous le vôtre, tout est écouté. Les grandes affaires qui décident du sort de l'Europe ne vous font pas perdre de vue les plus petits détails. Rien ne vous échappe de cette immensité de soins, et rien presque ne paraît non-seulement yous accabler, mais même vous occuper. C'est dans cette confiance que j'ai hasardé cette lettre ; avec un vrai père on ose tout, et quand on lui parle pour ses enfants on peut bien l'importuner, mais on est bien sûr qu'on* n'a pas le malheur de lui déplaire. »

Voilà quelle était la situation de la France au milieu du xvm'' siècle, et sous un roi qui allait bientôt jeter plus que jamais les trésors du pays aux mains de créatures indignes et de courtisans méprisables. Voici maintenant ce que fit la cour.

L'Auvergne payait six millions, somme, disait Massillon, que le roi ne retirerait pas de toutes les terres de la province, s'il en était Tunique possesseur. En 1789, l'Auvergne payait douze millions huit cent mille livres (1)!...

Au xviii® siècle, on cherche inutilement où saisir l'histoire de la France. Sévigné, Saint-Simon n'ont point d'héritiers à la cour de Louis XV, Velly n'a point fait oubUer Mézeray, les historiens des provinces ont terminé leur œuvre, tous ces flambeaux se sont éteints tour à tour. L'action sommeille ; la vie appartient tout entière à la pensée. Jacques Bonhomme, annihilé, vaincu, dompté, n'existe plus que par ses douleurs, il reste à l'écart, et ne reparaîtra sur le théâtre où se déroule le drame lamentable de l'humanité, qu'à cette même date de 1789, et pour y jouer un rôle sanglant que l'état de barbarie et l'abjection où l'ont maintenu ses maîtres ne fait que trop prévoir et ne rendait que trop inévitable. Profitons de ce repos pour reprendre dans le passé l'historique de certaines institutions du moyen âge, dont nous n'aurions pu suivre et développer les phases sans enlever tout esprit de suite à ce travail, et qui, à elles seules-, eurent une influence assez considérable sur l'existence des classes agricoles pour mériter d'être traitées à part et avec quelques développements.

' (1) Résumé de l'hist. d* Auvergne, 319.

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