‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 90 sur 114 · LES LÉGISTES · texte numérisé non relu

LES LÉGISTES

qui ne soit une sanglante accusation de tyrannie et d'injustice à l'adresse des seigneurs. Le paysan ne veut plus payer qu'à bonne enseigne : il payera ce qu'il doit, mais rien de plus.

Heureux encore si l'on eût agi de même à son égard ! Quand les vilains ne furent plus taillables à miséricorde, les seigneurs se réservèrent le droit de prendre leurs denrées à crédit, et à tels termes qu'ils jugeraient à propos de stipuler. La coutume d'Aix, l'une des plus complaisantes à cet égard, donnait au seigneur la faculté de faire estimer ces denrées par des hommes choisis par lui-même : « Je connais, ajoute Renaudon, beaucoup de seigneurs qui, sans litre, ont étendu le terme de crédit jusqu'à ne jamais payer. »

« C'est ici le comble de la servitude, dit-il ailleurs. Le pauvre serf, après avoir travaillé toute sa vie pour son seigneur, après avoir été tyrannisé par les fermiers du seigneur en mille différentes façons, meurt enfin, et, après sa raort, le seigneur exerce sur ses biens le même pouvoir qu'il exerçait sur sa personne, il s'empare de tous ses biens; et comme le serf ne peut avoir d'autre règle de ses actions que la volonté de son seigneur, qui est de tout prendre, le serf ne peut préjudicier à cette volonté par aucun testament, aucune donation entre-vifs (1). »

(i) Voy. aussi Routaric, Traité des droits seigneuriaux, 421.

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