‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 92 sur 114 · LE PAYSAN PLUS ASSERVI QUE JAMAIS · texte numérisé non relu

LE PAYSAN PLUS ASSERVI QUE JAMAIS

rapporter l'édit sur la liberté du commerce des grains, et à renvoyer son ministre.

Après avoir sacrifié au démon des vengeances populaires deux pauvres diables qui furent pendus en grand appareil à un gibet de quarante pieds de haut, les coryphées du pacle de famine continuaient leurs coupables manœuvres jusque sous les yeux de Necker, qui fut contraint de suivre le système établi, en confessant son impuissance à le renverser, pendant que le peuple, ne sachant à qui s'en prendre, et poussé aux dernières extrémités de la misère, sentait grandir dans son âme une haine implacable contre le gouvernement, les nobles et les riches, haine qui va se traduire tout à l'heure en horribles vengeances qui sauront choisir pour premières victimes les deniers complices du pacte de famine.

Cependant Louis, qui avait inauguré son règne en faisant remise au peuple du don de joyeux avènement, et qui avait aboli la torture (1), dont Thémis, la déesse aveugle, ne pouvait pas plus se passer alors que du duel judiciaire au moyen âge et de la guillotine aujourd'hui, Louis fit plus, et par son édit du 8 août 1779 il abolit les droits de poursuite et de servage dans les domaines royaux. C'était donner un corps aux généreuses aspirations de Turgot, et il semblait, sous l'inspiration de Necker, vouloir reprendre et mener à bien l'œuvre trop tôt abandonnée (2).

« Constamment occupés de tout ce qui peut intéresser le bonheur de nos peuples, disait-il dans le préambule de cet édit mémorable, et mettant notre principale gloire à com-

(1) Louis XVI, par un édit du 24 août, abolit la question préparatoire seulement. La question préalable ne fut effacée de nos codes que le 9 octobre 1789. Le but de la première était d'obtenir l'aveu des crimes, et celui de la seconde d'arracher le nom des complices.

(2) Il avait cependant laissé la gloire de l'initiative à Charles-Emmanuel, roi de Sardaigne, qui avait aboli la servitude pei*sonneU<i eu V[^^ et la servitude réelle en il7i.

mander une nation libre et généreuse, nous n'avons pu voir sans peine les restes de servitude qui subsistent dans plusieurs de nos provinces, nous avons [été affecté en considérant qu'un grand nombre de nos sujets, servilement encore attachés à la glèbe, sont regardés comme en faisant partie, et confondus, pour ainsi dire, avec elle; que, privés de la liberté de leurs personnes et des prérogatives de la propriélé, ils sont mis eux-mêmes au nombre des possessions féodales; qu'ils n'ont pas la consolation de disposer de leurs bieus après eux, et qu'excepté dans certains cas, rigoureusement circonscrits, ils ne peuvent pas même transmettre à leurs propres enfants le fruit de leurs travaux; que des dispositions pareilles ne sont propres qu'à rendre l'industrie languissante et à priver la société des effets de cette énergie dans le travail que le sentiment de la propriété la plus libre est seul capable d'inspirer.

>> Justement touché de ces considérations, nous aurions voulu abolir sans distinction ces vestiges d'une féodalité rigoureuse ; mais nos finances ne nous permettant pas de racheter ce droit des mains des seigneurs, et retenu par les égards que nous aurons dans tous les temps pour les lois de la propriété, que nous considérons comme le plus sûr fondement de l'ordre et de la justice, nous avons vu avec satisfaction qu'en respectant ce principe, nous pourrions cependant effectuer une partie du bien que nous avions en vue, en abolissant le droit de servitude, non-seulement dans tous les domaines entre nos mains, mais encore dans tous ceux engagés par nous et les rois nos prédécesseurs, autorisante cet effet les engagistes qui se croiraient lésés par cette disposition à nous remettre les domaines dont ils jouissent, et à réclamer de nous les finances fournies par eux ou par leurs auteurs. »

On le voit, Louis, par une étrange inconséquence et une singulière restriction, disait que le respect de là propriété ne lui permettait pas de toucher aux droits des seigneurs

sur leurs serfs. La propriété, sous la monarchie, c'était le droit d'exploiter le travail de tous les paysans au profit de leurs seigneurs, ce n'était pas le droit pour le travailleur de s'approprier les fruits de son travail. Le droit de propriété du seigneur sur le serf était sacré, le droit de propriété du paysan sur lui-même et sur les fruits de son travail n'était pas acceptable encore : question ardue, qui, pour s'être déplacée, n'en reste pas moins encore aujourd'hui dans les mêmes termes. Elle était entre les seigneurs et les serfs, elle est entre le capitaliste et le prolétaire, et c'est au nom de la propriété-capital que l'on repousse le droit de la propriété-travail.

Ce qui rend cette restriction plus inexpliquable encore, c'est que, dans un précédent éditde 1766, Louis proclamait hautement les droits sacrés du travail : « Dieu, dit-il, en donnant à l'homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme; et cette propriété *est la première, la plus sacrée, la plus imprescriptible de toutes. »

L'édit de 1779 eut son etîet immédiat à l'égard du droit de suite, qui fut aboli par tout le royaume. Quant au servage, quatre cent soixante-quatre années de luttes avaient passé sur la France, entre l'ordonnance de Louis X et celle de Louis XVI, et le servage subsistait toujours, et ceux qui étaient affranchis restaient aussi misérables que l'avaient été les serfs du moyen âge (i). La situation du paysan demeurait invariablement la même, on ne lui laissait que ce qu'il était absolument impossible d'arracher à son dénûment ab-

(1) « Le paysan serf, demi-soldat, demi-laboureur, demi-berger du moyen âge, était peut-être moins opprimé, moins ignorant, moins grossier que le paysan libre des derniers temps de la monarchie absolue. » — Chateaubriand, Anal, raisonnée^ 92.

u II n'y a point de pays où le paysan soit plus misérable qu'en France : voilà la vérité et le grand vice de notre gouvernement. » — Correspondance de Grimm et de Diderot, II, 183.

solu (1), et c'est ainsi que Ton arriva à cette fatidique tt année 89, si prédite, si marquée, si annoncée pour de grands événements (2) », ainsi que récrivait prématurément madame deSévigné (31 décembre 1688), interprète de Terreur générale; comme si, dans son impatience, le peuple eût voulu avancer d'un siècle la venue d'une révolution qui ne pouvait qu'être heureuse pour lui.

L'agronome anglais Arthur Young a publié ses Yoyage$m France pendant les années 1787, 1788, 1789 et 1790. 11 faut lire ces trois volumes pour connaître à quel degré d'effroyable misère était descendu le peuple des campagnes jusqu'aux dernières années de la monarchie. C'est là que

(1) Cliquot de Blervache, Moyens d'améliorer la condition des laboU' reurst p. 18.

Procès-verbal de rassemblée de la haute Guyenne, déUbération da 13 octobre 1780 :

« Les terres soumises au droit de champart sont condamnées à la stérilité par la nature même de l'institution des champarts ; dans quelques-unes de cette espèce, sur 12 gerbes, le seigneur en i^tire au moins 3, le décimateur 1, les impositions en absorbent 2 au moins, il faut distraire de celles qui restent t pour la semence et 3 pour les frais de culture ; il en reste donc 1 pour le propriétaire, dont les travaux ne peuvent augmenter le revenu que dans une proportion décourageante. »

« A peine les paysans ont-ils la permission de vendanger leur vigne ou de moissonner leur champ, que le bailleur, le seigneur du fief, le seigneur suzerain, etc., etc., réclament leur part dans la récolte. Viennent ensuite les collecteurs des droits royaux exiger la taille, l'industrie, la capitation, les vingtièmes, sans compter la gabelle, les aides, le tabac, etc. De toutes ces levées successives faites sur le produit des sueurs de l'infortuné cultivateur, il résulte que de douze gerbes que son industrie a fait croître, il ne lui en reste plus qu'une pour sa subsistance. »

(2) Le cardinal Pierre d'Ailli, évoque de Cambrai, fort adonné à l'astrologie, avait prédit la révolution de 1789 : « Si mundus usque ad illa tempera... duraverit, multœ tune magnas et mirabiles altcrationes mundi et mutationes futurœ sunt, et maxime circa leges. » — Ap. Tractât, de concordia astronomiœ cum theologia, Venise 1492.

MISÈRE EXCESSIVE. i3l

Ton mesure Ja somme de souTTrances que l'homme peut endurer sans mourir, ce que personne en Europe, ni Anglais, ni Suisse, ni Allemand, ni même Russe, n'aurait supporté avec une aussi grande patience. Et c'est ce qui fait comprendre en même temps que les quelques jours de terreur de 1793, que Ton ne déplorera jamais assez, furent bien peu de chose, et de bien inévitables et incomplètes représailles, si on les compare à l'oppression implacable et tant de fois séculaire des rois, des nobles et du clergé.

Nous allons sauter en croupe derrière le célèbre touriste anglais, et il va nous démontrer que jamais le paysan, quelle qu*ait été sa souffrance dans le passé, ne fut plus malheureux qu'à la veille de 1789.

Arthur Young rencontre par exception une belle route sur son passage : « Je l'admirerais, dit-il, si je n'avais rien appris des abominables corvées qui excitent ma pitié pour les malheureux paysans, des sueurs et du sang desquels provient [cette magnificence. (I, 29.)

» La pauvrefê et de tristes moissons se présentent jusqu'à Amiens ; les femmes labourent avec deux chevaux pour semer de l'orge. La différence des coutumes des deux nations n'est en rien plus frappante que dans les travaux du sexe; en Angleterre, les femmes ne travaillent presque point dans les champs, sinon qu'elles glanent quelquefois ou font du foin : le premier est un travail de pillage, et l'autre une partie de plaisir; en France, elles labourent et charrient du fumier... y>

L'auteur observe en Sologne « le même misérable pays

jusqu'à la Loge. Les champs offrent des scènes pitoyables de mauvaise administration, et les maisons des tableaux de misère. Cependant tout ce pays peut bien s'améliorer s'ils en connaissaient les moyens. C^est peut-être la propriété de quelques-uns de ces êtres brillants qui figuraient l'autre jour à la procession de Versailles. Grand Dieu ! accordemoi la patience quand je vois un pays aussi négligé, et par-

donne les jurements que je fare sur Tabsence et l'ignorance des propriétaires ! »

Au delà de la Dordogne, « toutes les paysannes, femmes et filles, véritable fumier ambulant, n'ont ni bas ni souliers, et les laboureurs à leur ouvrage n'ont ni sabots ni pieds à leurs bas. Cette pauvreté coupe la racine de la prospérité nationale, une grande consommation étant plus importante chez les pauvres que chez les riches... Cela me rappelle la misère de l'Irlande. . .

-» De Saint-Jorry, c'est un véritable désert jusqu'à Toulouse (dix lieues). On ne rencontre pas plus de monde que si l'on était à cent lieues d'une ville. » L'auteur rencontre partout la solitude et s'en prend au gouvernement. « 0 liberté ! liberté î II me semble que la Providence n'ait permis au genre humain d'exister que pour devenir la proie des tyrans comme il rend les pigeons la proie des éperviers. » Il témoigne sa surprise de rencontrer le désert dans les contrées les plus fertiles. Entre Dax et Auch : « Le duc de Bouillon a ici de grandes possessions. Un grand seigneur donnera toujours, dans tous les temps et dans tous les pays, la raison pour laquelle des terres propres à la culture restent en friche. y>

ABarbezieux : a Dans un espace de douze lieues de pays, situé entre la Garonne, la Dordogne et la Charente, et conséquemment dans une des plus belles parties de la France pour trouver des débouchés, la quantité de terres en friche que nous rencontrons est étonnante : c'est le trait dominant du terrain pendant toute la route. La plupart de ces landes appartenaient au prince de Soubise, qui n'en voulut jamais vendre aucune partie. Ainsi toutes les fois que vous rencontrerez un grand seigneur, même quand il possède des millions, vous êtes sûr de trouver ses propriétés en friche. Ce prince et le duc de Bouillon sont les deux plus grands propriétaires territoriaux de toute la France; et les seules marques que j'aie encore vues de leur grandeur sont des ja-

chères, des landes, des déserts, des bruyères et de la fougère. Cherchez le lieu de leur résidence, quelque part que ce soit, et vous le trouverez probablement au milieu d'une forêt bien peuplée de daims, de sangliers et de loups. Oh ! si j'étais seulement législateur de France, je ferais bien <lanser tous ces grands seigneurs (1) ! »

Dfeux années plus tard, la révolution suivit précisément le conseil que semblait lui donner le célèbre agronome anglais. Elle fit danser les nobles, et voyant qu'ils désertaient à l'étranger pour le soulever contre la France, elle confisqua ces terres, qui ne leur servaient qu'à maintenir la famine dans le pays, et les vendit à vil prix aux laboureurs dont les féconds labeurs centuplèrent la fortune sociale. - Bretagne. « Jusqu'à Combourg, le pays a un aspect sauvage ; l'agriculture n'y est pas plus avancée que chez les IIurons, ce qui paraît incroyable dans un pays enclos; le peuple y est presque aussi sauvage que le pays, et la ville de Combourg possède une des places les plus sales que l'on puisse voir. Cependant il s'y trouve un château, et il est même habité. Quel est ce M. de Chateaubriand, propriétaire de cette habitation, qui a des nerfs assez forts pour résider au milieu de tant d'ordure et de pauvreté ? »

Nous pouvons répondre aujourd'hui que ce gentilhomme peu nerveux était le père de l'auteur des Martyrs et du Génie du christianisme.

Dans une autre partie de- la Bretagne, « le peuple paraît vraiment bien pauvre; les enfants, en haillons dégoûtants, et plus mal habillés, pour ainsi dire, que s'ils n'avaient pas (lu tout d'habits; quant aux bas et aux souliers, c'est un luxe. La vue d'une charmante fdle de six à sept ans, se

(1) « Je puis assurer les lecteurs que ces scnlimcnts furent ceux du moment. Les événements qui ont eu lieu depuis m'ont presque tenté dVfTaccr tous les passages de cette nature ; mais c'est rendre plus de justice à tous les partis que de les laisser. » \. \.

m HISTOIRE DES PAYSA^CS.

jouant avec un bâton et souriant sur ce paquet de baillons, rae saigna le cœur. Ces enfants ne mendient pas, et quand je leur donnai quelque cbose, ils paraissaient plutôt sarpris que contents. Le tiers de ce que j'ai vu dans cette province parait inculte, et presque le pays entier dans la misère. (}uels reproches ne doivent pas se faire les rois, les ministres, les parlements et les états généraux, en soufFhnt que des millions de bras, qui ne respirent que l'indostrie, périssent dans l'oisiveté et la misère, pour soutenir ces abominables maximes du despotisme, ou les préjugés également détestables de la noblesse féodale! »

Champagne, c En montant une montagne à pied pour soulager mon cheval, je fus accosté par une pauvre femme qui se plaignait de la dureté des temps, et qui me dit que c'était un triste pays... Cette femme, à très-peu de distance, paraissait avoir * soixante à soixante-dix ans : elle était si courbée, et le travail avait tellement ridé son visage ! Mais elle me dit n'avoir que vingt-huit ans!... Un Anglais qui n'a pas voyagé ne saurait s'imaginer les flgures de la plupart des paysannes de France : elles annoncent des travaux durs et pénibles ; je pense qu'elles travaillent plus durement que les hommes, et cela, joint au travail plus misérable de mettre au monde une race d'esclaves, détruit absolument toute la symétrie de leurs personnes, et toute apparence de femme. A quoi doit-on attribuer cette différence de mœurs et d'usages chez les basses classes des deux royaumes ? Au gouvernement. »

Dans la Bourgogne, Arthur Young observe encore la misère sur un sol fertile. « Quand je vois un pareil pays ainsi dirigé et entre les mains de pauvres métayers, au lieu d'être entre celles de riches fermiers, je ne suis pas trop enclin à plaindre les seigneurs, quelque grandes que soient leurs souffrances actuelles... y>

L'auteur a souvent relevé l'ignorance des campagnards. « Un pareil peuple aurait-il jamais pu faire une

révolution ou devenir libre ? Jamais, pas de cent mille ans. C'était le peuple éclairé de Paris, au milieu de milliers de journaux et de pamphlets, qui a tout fait. y> (11,2.)

« Quel vice, ou plutôt quelle malédiction que les nobles, au lieu d'être les bienfaiteurs de leurs voisins, n'en soient que les tyrans par ^purs abominables droits féodaux ! N'y al-il donc rien que les révolutions où l'on brûle leurs châteaux qui puissent les engager à accorder à la raison et à l'humanité ce qu'on leur arrachera par la violence et par des émeutes?...

» La Bretagne, l'Anjou, le Maine ont l'apparence de dé-

» On ne saurait être plus pauvres que les métayers du Bourbonnais, et les propriétaires ressentent les effets de cette pauvreté d'une manière qui devrait leur faire ouvrir les yeux sur leur situation. »

L'auteur insiste sur la différence du rendement du sol français, rendement si inférieur à celui du sol anglais : « Elle vient en grande partie de la pauvreté des tenanciers français, car les institutions politiques et l'esprit du gouvernement tendant depuis une si longue suite de siècles à déprimer les basses classes et à favoriser les classes priviléi^iées, les fermiers sont, dans les Irois quarts de la France, presque aussi pauvres que les journaliers... Il ne paraîtra pas surprenant qu'il en soit ainsi , quand on fera attention aux taxes auxquelles ils sont assujettis. Leurs tailles et leurs capitations sont exorbitantes en elles-mêmes, mais leur poids est augmenté par la manière arbitraire avec laquelle «lies sont imposées, puisque la prospérité et une bonne gestion sont ordinairement les précurseurs d'un nouvel impôt. Avec un pareil système, il est impossible de trouver un riche tenancier de terre de labour...

« A Vatan, dans le Berry, on m'a assuré que les métayers 4} talent presque tous les ans obligés d'emprunter leur pain du seigneur, avant le retour de la moisson. Ce pain ne

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vaut cependant guère la peine d'être emprunté, car c'est un mélange dt» seigle et d'orge; j'en goûtai suffisamment pour plaindre bien sincèrement ces pauvres malheureux. Dans le Limousin, les métayers ne sont guère considérés que comme des domestiques, que l'on renvoie à volonté, e( qui sont obligés de se conformer en to^^t aux caprices de leurs seigneurs. On compte que la moitié dès tenanciers doivent beaucoup au propriétaire, de sorte qu'il est souvent obligé de les renvoyer avec la perle de ces dettes, pour empocher que ses terres ne restent en friche. » (III, 7.)

« De grands impôts sur les fermiers, dont la noblesse cl , le clergé étaient exempts, et ces impôts levés arbitrairement, selon le caprice des intendants et de leurs subdélégués, furent des causes suffisantes pour appauvrir les basses classes de la société... Les fermiers sont généralement pauvres, ou paraissent l'être, puisque le riche affecte un air de pauvreté afin de se soustraire à un impôt arbitraire qu'on lui fait payer en proportion de ses facultés. De là, de pauvres bestiaux, de pauvres ustensiles et de pauvre fumier, même dans les fermes de ceux qui seraient en étal d'y mettre ce qu'il y a de mieux.

(( Quel système ruineux et détestable, et qu'il est bien fait pour arrêter le cours des richesses du souverain et celles de ses peuples ! Quel est l'homme ayant le sens commun, qui peut regretter la chute d'un gouvernement qui se conduisait selon de pareils principes? Et qui peut, avec justice, condamner la violence du peuple, en arrachant à la noblesse (il au clergé ces privilèges et ces distinctions dont ils avaient si indignement fait usage pour l'oppression et la ruine des, classes inférieures! » (III, 14.)

Voilà donc la dernière révolte de Jacques Bonhomme justifiée et légitimée comme toutes les autres, et cette fois par un agronome, par un étranger.

Plein de bons désirs pour la cause populaire, et pénétré de l'urgente nécessité de porter remède à tant d'abus.

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