CHAPITRE PREMIER
Charles VI (suite). — Arma^acs et Bourguignons. — L'Anglais survient. — Les campagnes soulevées par la royauté. — Révoltes des paysans. — La complainte des pauvres laboureurs.
« Quelques guerres qja'ïl y eût, le pauvre peuple d*un côté et d'autre souffrait de grandes pilleries et voleries> et était grand pitid de voir le royaume eu telle désolation. » Juvénal des Ursins.
Le peu de raison qu'avait Charles VI Tayant abandonné dans la forêt du Mans, les princes, après s'être entendus pour pressurer le royaume, se séparèrent pour le ravager. Puis, lassés de tuer le peuple, ils se tuent entre eux. Jean de Bourgogne assassine le duc d'Orléans, bientôt vengé par Tanneguy-Duchâtel, qui mit au front de Jean sans Peui « ce trou par lequel les Anglais entrent dans le royaume». Mais avant d'en arriver à ces sinistres dénoûments de leurs querelles ineptes, ils promènent la guerre civile, le pillage et la ruiiâfe par toutes les provinces. A peine les armées des ducs d'Orléans et de Bourgogne sont-elles entrées en campagne (4405), que les paysans se réfugient dans les villes fortifiées, abandonnant tout, jusqu'à leurs vignes à la veille d'être récoltées. Cinq cents bandits du parti d'Orléans com-
rent la Champagne, la Beauce et le Gâtinais, massacrant les hommes et enlevant le bétail. Le roi de Sicile leur amena un renfort de huit cents malandrins^ vil ramassis de toutes les nations, écume, impure de tous les partie, qui surpassèrent les premiers en férocité, et ne le cédèrent qu'à deux cents Lorrains qui suivirent leur prince au service du duc d'Orléans. Traînant après eux un convoi de chariots sur lesquels ils entassaient les dépouilles des chaumières à demi incendiées, ils foulaient partout les vignes aux pieds de leurs chevaux, arrachanW à plaisir le cep pour dévorer la grappe mûre. (Lelaboureur, Hist. de Charles VT, 531.) Furieux d'avoir vu châtier quelques nobles de leur parti, les seigneurs de Berry, de Bourbon et d'Alençon viennent saccager les environs de Paris dans un rayou de vingt lieues (1409), « pillant, robant, tuant en églises et dehors églises, — espécialement ceux au comté d'Annagnac et les Bretons », dit le Bourgeois de Paris, Bourguignon fanatique, qui cherche à pallier les torts de son parti. Ceux du duc de Bourgogne se contentaient de prendre des vivres sur les campagnes. Seulement il avoue que « trop largement en prenaient ». {Journal, 632.) Si largement en effet, que pendant ce temps, Amé de Viry, capitaine beurguignon, ravage la Bresse et le Beaujolais. L'embrasement devient général, les bords de la Loire sont saccagés à leur tour; les parlements suspendent le cours de la justice et prolongent les délais pour la présentation des causes, « pour les grands périls qui sont de présent par toutes les marches du royaume, dont l'on n'ose venir à Paris, tant pour gens d'armes proprement appelés pillards et larrons, que pour brigands et compagnies qui se sont mis sus pour rencontrer et piller les dits larrons. On ne lit pas es histoires que hors les feux boutés publiquement au temps passé par les ennemis de ce. • royaume, l'on vit oncques mais tel dommage, ccHume ont fait Brabançons, Bourguignons, Armagnacs et autres de toutes parts de ce royaume. » Jaloux d'enlever aux manants