‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 107 sur 145 · LE ROI SOULÈVE LES PAYSANS · texte numérisé non relu

LE ROI SOULÈVE LES PAYSANS

peine d'amende^ de rien vendre avant qu'ils se fussent fournis : ils coloraient leur vol en fixant eux-mêmes le prix de leurs achats; seulement ils ne payaient jamais. Les officiers du roi n'étaient pas plus scrupuleux, sans cela le roi n'eût pas mange. (De Barante, II, 414.)

Déjà antérieurement, une ordonnance dirigée plus particulièrement contre les nobles leur défendait de chevaucher le visage masqué ou caché par leurs chaperons, parce qu'ils se livraient à toutes sortes de crimes sans que l'on pût les reconnaître. (Ordon. du 9 mars 1399.)

Comme en 1358, les paysans répondent à l'appel de la royauté. Après s'être rassemblés pour se défendre, tant de haines rapprochées fermentent, ils s'ameutent pour se venger et imitent les excès qu'ils voulaient d'abord punir. C'est une nouvelle jacquerie, ce sont de nouveaux bandits qui pèsent encore sur ceux des leurs qui, leur besogne de vengeance faite, veulent retourner aux travaux des champs. On envoie des troupes contre eux, on les poursuit jusqu'au fond des forêts, on les tue, on les égorge, on les pend. La terre reste sans culture, et la famine reparaît avec son cortège d'horreurs (4).

Trois partis déchirent le royaume, celui du duc de Bourgogne, celui de la maison d'Orléans et celui de l'héritier du trône. Le roi seul n'a pas de parti : le peuple lui en eût fait un, car laboureurs et artisans l'imploraient, n'ayant plus rien désormais à espérer que de Dieu et du roi. Mais si Dieu est trop haut, le roi, lui, était trop bas, il était fou, et, comme le dernier de ses sujets, oublié au fond de son palais, il avait froid, il avait faim.

Les impôts se succèdent, mais les princes arrêtent l'argent au passage (Juvénal des Ursins, 500; — Lelaboureur, 482); le peuple les paye, mais^le roi ne les reçoit pas. Et cependant, pour les faire rentrer, la violence est poussée

(1) Bailly, Hist financ. de la Fr., I, 157 (1410-1412).

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jusqu'à la férocité la plus sauvage. On stimule les retardataires « en mettant mangeurs et gasteurs en leurs maisons et sur leurs biens, découvrant leurs maisons, si mestier est, et par la plus grande et rigoureuse manière que ce peut feire, et à force d'armes, si besoin est. > (Ordon. du 15 juillet 1410.) Et comme, en dépit de tout, le paysan ne peut payer parce qu'il n'a rien, on se décide à Caire rendre gorge à toutes les sangsues qui l'épuisent, et l'on ordonne que tous ceux qui avaient administré les finances, < soit lais, soit clercs, seraient contraints par l'exploitation, sous peine, en cas de refus, de mettre mangeurs en l'ours maisons >. (1415.) »

La France tout entière n'offrait plus qu'une plaie : de rOcéan aux Pyrénées,- c'était une caverne de brigands. Les. prêtres abandonnaient l'autel, qui ne les faisait plus wire; les moines désertaient les couvents, sans cesse pillés par les bandits; la contagion du pillage les viciait, et après s'être armés pour se défendre, ils se faisaient bandits à leur tour.

Il semblait que la France ne pouvait plus souffrir davantage.

Les Anglais survinrent, et la noblesse française, écrasée une fois encore par une poignée d'Anglais, à « la maie journée d'Azincourt » (1415), anéantit l'œuvre glorieuse de Charles V et de du Guesclin, remit l'existence même du royaume en question, et ramena sur les campagnes le terrible lendemain de Crécy et de Poitiers. Il fallut racheter une fois encore cette noblesse toujours vaincue, et de 1415 à 1421, « il y eut en France grande tribulacion de monnoies (1) ». Les villes capitulent, la cour se divise et une partie passe à l'Anglais avec Isabelle de Bavière, — la grand'gorre, comme l'appelait le peuple. Il n'y avait plus moyen de solder les troupes : le trésor était à sec, et aussi l'escar-

('i; Pierre de Feum, 616.

elle des manants, qui eût pu la remplir. On permit aux oldats qui défendaient la capitale de se payer en pillant ans un rayon de deux ou trois lieues autour de Paris (141 7). les Bourguignons, pendant ce temps, saccageaient les envions de Corbeil, dont ils ne purent s'emparer. Ils se rejetent alors sur le pays chartrain, puis, ayant fait place nette, Is retombent sur Paris, « et pillaient, robaient, rançoniaient,*et avec eux emmenaient tout le bétail qu'ils pouaient trouver, comme bœufs, vaches, chevaux, asnes, snesses, juments, porcs, brebis, moutons, chèvres, chevraux, t toute autre chose dont ils pouvaient avoir argent ». On n'éhappait aux Anglais que pour tomber entre les mains des lourguignons, et à ceux-ci que pour être exploité par les éfenseurs de Paris; et tous trouvaient que les Anglais leur talent plv^s amoureux que les Bourguignons, les Bourguinons plus amoureux que les Français. {Bourgeois de Pais y 658.)

Les pauvres campagnards, réfugiés dans les villes, n'oaient aller moissonner, à cause des Armagnacs. Les Pariions, redoutant la famine, marchent surMontlhéry pour es chasser de leurs repaires, et ils y eussent réussi sans 1 trahison des gentilshommes, qui se vendirent aux Armaliacs et parvinrent à faire abandonner le siège. Jacques bonhomme était vendu et livré de tous les côtés. Et cepenlant, € qui eût laissé faire les communes, il ne fût demeuré Lrmagnacs en France qu'ils n'eussent mis à fin en moins de leux mois, et pour celles haïssaient les gentilshommes qui le voulaient que la guerre ». La campagne de Paris était ux mains des Armagnacs, celle de Normandie était ranonnée par les Anglais : «: Ainsi allait le royaume de pis en lis, et pouvait-on mieux dire la terre déserte que la terre e France. » {Ibid,, 656.)

Le roi et le duc de Bourgogne feignent de marcher contre îs Anglais, et se contentent de piller les environs de Pon-* >ise (1418). Puis ils se dirigent sur la Tovxmu^^ q\xSSs> ^ks^

yj6 HISTOIRE DES PAYSANS.

portent la famine, sans songer à inquiéter les Armagnacs ni les Anglais. Ceux-ci profitent de l'éloignemenl du roi pour venir piller une fois de plus les environs de Paris. Les fantassins irlandais s'élançaient sur les vaches des campagnards, emportant devant eux les enfants dans leurs berceaux, pour contraindre leurs parents à les racheter. Après Paris ce fut le tour de Mantes, puis de Meaux, « et il n'était homme qui y mît aucun remède ». Le dauphin était contre le roi à cause de son hostilité contre le duc de Bourgogne, et ses soldats, « pires qu'Anglais, faisaient autant de mal que Sarrasins ». Les loups en troupes nombreuses couraient par la campagne, déterraient les morts, dévoraient les vivants. Les paysans alors, que l'on refuse de protéger et auxquels on interdit de se défendre, quitte.ntla partie, cessent de labourer et abandonnent femmes et enfants : « Mettons tout en la main du diable, se disent-ils l'un à l'autre; ne nous i chault que nous devenions... Mieux nous vaudrait servir les Sarrasins que les chrétiens; faisons du pis que nous pourrons ; aussi bien ne nous peut-on que tuer ou que pendre... Par le faux gouvernement des traîtres gouverneurs, nous faut renier femmes et enfants, et fuir aux bois comme bêtes égarées, non pas depuis un an ni deux, mais il y a quatorze ou quinze ans que cette danse douloureuse commença. »

Toute culture disparut : on laboura les prés, afin que les chevaux de la cavalerie ne trouvassent pas à vivre ; le sol, abandonné à lui-même, menaça de. n'être plus qu'une immense forêt, repaire de ^bandits et de bêtes sauvages; et ce tlevint un dicton populaire que, par leur puissance, les Anglais avaient fait poiisser les bois en France.

« Les longues guerres à^l'intérieur et à l'extérieur, dit Thomas Basin, évêque de Lisieux (le pseudo-Amelgard), la lâcheté du régent et des princes, l'absence de toute discipline militaire, l'avidité et la licence des gens de guerre, livrèrent le royaume à \.A\fe^ ôi^^^^Va\.\ûW5.j que depuis la

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