LE PAYSAN CESSE TOUTE CULTURE
)ire jusqu'à la Seine et même jusqu'à la Somme, presque utes les terres restèrent longtemps sans culture, tous les iltivateurs étant morts ou en fuite.
» J'ai vu les plaines de la Champagne, de la Beauce, de
Brie, du Gâtinais, du pays de Chartres et de Dreux, du aine et du Perche, du Vexin français et normand, du sauvoisis , du pays de Caux , depuis la Seine jusqu'à miens et Abbeville, les contrées de Senlis, de Soissons
du Valais, jusqu'à Laon et au delà vers le Hainaut, en- ^rement désertes, incultes, sans habitants, remplies de ►nces et d'épines. On n'osait cultiver que les terres situées iprès des villes et des châteaux forts ; la sentinelle placée 1 sommet des tours agitait la cloche d'alarme ou sonnait 1 cor dès qu'elle apercevait au loin une troupe d'ennemis,
aussitôt ceux qui travaillaient dans les champs ou dans s vignobles se hâtaient de chercher un asile derrière les urs des châteaux forts. ^
Jacques Bonhomme en était arrivé au point de ne plus mvoir distinguer ses amis de ses ennemis, tant les uns et s autres rivalisaient à son égard de férocité, de violences
de pilleries (1). Ainsi, à Meaux, la campagne était ravage par Louis de Pacy, seigneur du bourg, du parti des iglais, qui sut fendre autour de lui la contrée pour longmps déserte et en friche. (Dom Duplessis, Meaux, 1, 291.) )utefois la ville n'avait pas suivi l'exemple de Paris et de Ht d'autres cités, mais elle faisait payer cher aux caragnes sa fidélité à la cause nationale. ^ Souvent ses habiits sortaient en foule hors de leurs murailles et brûlaient ns leurs courses tout le ()ays ennemi jusque sous les irs de la capitale. » Le bâtard de Vauru, Armagnac, y
1) « Le duc de Clarence et les Anglais faisaient maux innumérables t "que ennemis pourraient faire. » — Juvénal des Ursins, p. 474. Monseigneur le dauphin mit grosse garnison à Meaux et à Melun, [uelles faisaient plusieurs courses, et des maux largement sur les 5. » — Id., p. 544.
commandait pour le dauphin ; présidant en personne à ces farouches excursions, il chassait devant lui comme de: troupeaux, jusque dans les murs de la ville, les campagnards, qu'il torturait dans l'espoir de les rançonner et de les forcer à lui livrer l'argent qu'ils avaient caché.
Hélas ! il n'y avait le plus souvent ni secret, ni cachette ni argent, et alors, feignant de croire à l'avarice dé ceux qui ne pouvaient se racheter, il les pendait de sa main à un orme voisin des fossés de Meaux, que lui-même appelait l'arbre de Vauru; on y voyait toujours brandiller quatrevingts ou cent cadavres. Mais le monstre mettait de l'imagination et de l'art dans sa férocité, il ne pendait q;ue lorsque les captifs étaient trop nombreux pour qu'il' pût assouvir sur eux sa férocité à son aise, et s'il faisait fergesse de cadavres aux corbeaux des airs, il savait faire aussi la part aux loups des forêts.
Un jeune paysan qu'il avait traîné à Meaux, lié à la queue de son cheval, écrit à sa femme qu'il est mort et qu'elle ne le reverra plus si elle n'apporte pas prochainement une forte rançon, qui viendra toujours trop tard, puisque d'ici là il souffrira chaque jour des tortures inouïes, ta malheureuse accourt, elle était jeune, mariée depuis moins d'un an, et sur le point d'être mère. Elle se traîne aux pieds du misérable, mais depuis longtemps l'habitude du erime l'a rendu sourd aux cris de désespoir. Elle s'éloigne pour tenter de rassembler la somme exigée ; seulement tous sont ruinés autour d'elle, et lorsqu'elle peut revenir avec la rançon de son époux, huit jours s'étaient écoulés depuis l'heure fixée pour le délai fatal. On l'accueille, on lui promet de le rendre à son amour aussitôt que la somme sera comptée. Elle hésite : « Hâte-toi, lui crie le bandit, si tu ne veux voir ton mari pendu comme celui-ci ! » — et il fait « brancher 5) sous ses yeux un pauvre paysan qui n'avait pu se racheter. Elle hésite encore, car cet argent qu'elle apporte, c'est sa dernière ressource, c'est la vie de Fenfànt qui va