DERNIERS EXCÈS DES ANGLAIS
on^avait le meilleur marché, ou des Anglais, ou des Français; car les Français prenaient pactis el tailles de trois mois en trois mois, et si les povres laboureurs n'avaient de quoi payer, les gouverneurs les abandonnaient aux gens d'armes; ies Anglais les délivraient quand ils les pouvaient prendre par rançon. »
Charles rentre dans sa capitale, sans que sa présence arrête en rien le mal qui ronge la France jusque dans la moelle. « Par saint Georges! disaient les Anglais, vous pouvez bien crier et braire à votre connétable qu'il vous secoure; car, par saint Edouard! tant qu'il sera connétable, nous n'avons point peur que nous soyons combattus par lui! » En effet, ils pillaient plus que jamais, et ni roi, ni duc, ni comte, ni prévôt, ni capitaine n'en tenait compte pas plus que s'ils fussent à cent lieues loin de Paris. y>
Les loups, enhardis par cette terreur qui pesait sur la France et paralysait les courages, trouvant les campagnes désertes, venaient enlever leurs victimes jusque dans les faubourgs de Paris. Pour lever les tailles, on mettait chez les pauvres gens des garnisaires. Dans la Bourgogne, c'était le connétable lui-même qui guidait les bandits à la proie. En Normandie, c'était le roi qui marchait pour enlever Harfleur aux Anglais. Ses hommes d'armes ravissaient les enfants, les mutilaient sous les yeux de leurs parents, les enfermaient dans la huche où ils les laissaient périr de faim, si on ne les rachetait (280-288).
€ Le roi, tous les ans, taillait deux fois son peuple pour aller combattre Talbot, et il n'en faisait rien... Et après les pactis, les courses et les taillades sans pitié, on fit une ordonnance qui défendait de passer sur aucun pont sans payer, que l'on fût à cheval, à pied ou en charrette... »
« Tous les seigneurs de France étaient tous devenus comme femmes, car ils n'étaient hardis que sur les povres laboureurs et les povres marchands qui étaient sans nulle arme. » Pour achever, on défendit de payer les tailles en ttvo\vaaw\&
de Bourgogne, d'Angleterre ni de Flandre : le peuple n'avail toutjustement que cette moonaîe-là.
Quant à Charles, « ne lui chaltait eomntent tout en allât, que de chevaucher de pays en autre, toujours bien accompagné de vingt mille ou plus de larrons qui mettaient à destruction tout son pays (288-295). »
e: Et était la pillerie par toute la Champagne, la Brie et la Beauce... Et le roy et tous les seigneurs, chacun en son endroit, soutenait ces pilleries (1). 1>
Parce que les annalistes ne daignent parler que de ce qui se passait dans les provinces voisines de Paris et dans celles où la cour portait ses pas, il ne faut pas croire que le reste de la France fût plus paisible. Cest tout le contraire, et les historiens des provinces en font foi à chaque page. Tandis que dans le Languedoc le seigneur de Murât, Fud des complices de l'assassinat du duc de Bourgogne, ravageait la contrée à la tète de ses malandrins ; que diverses bandes de routiers se tenaient sur les bords de la Saône, du côté du pays de Bombes, d'autres sur la Loire, du côté de Gien et de la Charité, d'autres du côté du Lyonnais et du Charollais; tandis que d'autres encore tenaient la ville de Clamecy, d'où ils faisaient la course dans l'Âuxerrois, le bandit Rodrigues de Yillandras saccageait la Guyenne, le Médoc, Buch, et le pays entre les deux mers, si bien que, deux siècles après, on y parlait encore avec terreur c du méchant Rodrigues ».
Après que les Anglais eurent été chassés de la Champagne, une famine de cinq années décima la province (1433- 1437).' Les cultivateurs s'étaient réfugiés derrière les murailles des cités; mais les champs étant demeurés incultes, on y mourait de faim. On voyait ces malheureux à la porte des maisons, où l'on refusait de les recevoir, expirer à demi enfouis sous les fumiers auxquels ils demandaient au
(i) GuUI. Gruel, Hist. d'Artus lli de Ri(^emont, ewmétabley 313.