‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 118 sur 145 · LE BON ROI RENÉ · texte numérisé non relu

LE BON ROI RENÉ

nille partisans commandés sous lui par le Roussin et'Pierre Elenaud, digne frère du célèbre la Hire.

Charles envoie de nouvelles troupes en Lorraine (1444), et c'est alors, des deux côtés, une guerre d'extermination qui se termine faute de combattants, après que les écorcheurs et leurs adversaires, ayant fait de la province un désert, se sont tués tous entre eux (1). Quant h la ville de Metz, elle était ruinée, mais elle restait libre.

Le désordre et l'anarchie dévoraient toutes les provinces du royaume ; ce qui restait de paysans sur le plat pays quitte encore une fois la partie, abandonne la terre, cesse toute culture, et cherche un asile derrière les murailles des cités. La famine y pénètre avec eux, et l'on vit des mères égorger leurs enfants pour vendre au marché leur chair salée (2). La nature semble protester contre cette désertion de l'homme, qui la trouve toujours si facile et si merveilleusement prodigue lorsqu'il obéit à ses lois et qu'il la seconde dans son travail d'incessante création. Des pluies torrentielles se succèdent, font pourrir le blé dans l'épi, couler le raisin dans sa fleur, et déborder les rivières et les fleuves. Il y avait toujours, dans ces temps néfastes, deux fléaux qui marchaient inévitablement à la suite de la famine : la peste, engendrée par cette multitude de cadavres abandonnés à la voirie, puis les loups, qui semblaient sortir de terre, et qui, prenant goût à la chair fraîche et dédaignant l'autre, dévoraient hommes, femmes, enfants, tout ce qui, en un mot, était resté dans les villages. On ordonna contre eux des chasses générales; mais les villes et la noblesse, qui soufl'raient moins directement de leur rage, n'ayant pas voulu se risquer contre ces terribles animaux, on fut obligé d'imposer sur les bourgs et hameaux un fouage qu'on levait deux fois

(1) Dom Calmct, Hist, de Lorraim, IV, 11 et suiv. — Dom Rogner, Hist. d'Anjou, 333-335.

(2) Louandre, Hist. d'Abbeville. — Monçlre\el, GHrou. ^Wi.'^'^.

dans l'année, et de promettre une forle prime pour chaque tête de los, love ou lovet qui serait tué (H31y 1438). Pour lever cette nouvelle extorsion, il fallut mettre chez les paysans des garnisaires, « valets du diable qui faisaient du mal trop plus qu'on ne leur commandait (1) ».

Les révoltes des paysans, si ignorées et si calomniées, correspondent toujours aux époques de souffrances excessives et intolérables. Comme à cent ans de là, Jacques Bonhomme a contre lui l'armée, la noblesse et l'Anglais; la meute impitoyable a acculé le sanglier dans sa bauge, il se retourne et fait tète aux chiens ; seulement, cette fois, l'efforl ^st immense, l'autorité royale l'encourage et le détourne contre T Anglais, et c'est de <ette révolte même que naît l'élan sublime qui va sauver la France.

C'est dans le Maçonnais et le Forez que commence, en 1430, cette nouvelle jacquerie, dirigée surtout contre les odieuses exactions des seigneurs et du clergé : « Ces paysans émurent grand tumulte, tuant autant de gens d'Église et de nobles qu'ils en pouvaient atteindre, sans discrétion d'âge ni de sexe. Ds assaillaient les châteaux et maisons fortes, et s'ils pouvaient entrer, les détruisaient, brûlaient les litres, livres et terriers, et tous autres enseignements, sans oublier de piller les meubles et butiner tout ce qu'ils rencontraient . Avec tout ce , comme nulles méchantes entreprises, pour pernicieuses qu'elles soient, ne manquent de couverture, ils mettaient en fait que quand il fut dit à Adam qu'il mangerait son pain à la sueur de son visage, tous les hommes furent compris dans cette malédiction, et, par tant, que les nobles n'en sont exclus, et qu'ils doivent travailler s'ils veulent vivre. Et quant aux gens d'Église, ils ne voulaient que deux presbytères en chacun des deux comtés, de sorte qu'ils prétendaient une égalité entre les

(i) Bourg, de Par., 286. — Dom Plancher, IV, 233. — Doin Carlier, //, 477. — Dom Koger, elc..^

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