‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 139 sur 145 · CHARLES VIII · texte numérisé non relu

CHARLES VIII

dre l'enfant et de lui donner une autre nourrice, et ire alimenter là où il voudra, sans que ladite Franuisse rien demander, ni qu'elle puisse vendre son allaiter ailleurs... y>

3l excès de misère ne faut-il pas que le peuple soit pour que le cœur d'une mère, ce chef-d'œuvre de )inbc à ce degré de dépravation !

iture n'a pas permis qu'un poison existât sans qu'il côté le contre-poison. En même temps que le plus [ue des rois montait sur le trône, la Providence lie l'homme découvrît l'arme invincible de la liberté, lerie. Maintenant, laissez passer la force! Dieu a

rintelligence humaine la voix qui lui dira, lorsque

sera venue : Tu n'iras pas plus loin !

('tats généraux de 1481, les paysans prirent part

première fois, et eurent leur voix aux élections nier degré. Ils envoyèrent des délégués aux bailiférionrs, où se nommaient les électeurs qui allaient au chef-li^u du bailliage, les députés du tiers. Chaoisse rédigeait son cahier de doléances, refondu Mîsemble du deuxième degré, refondu lui-même cahier définitif du bailliage.

lats généraux, qui s'ouvrirent à Tours le 15 janvier, ncncement du règne de Charles VIII, mirent à nu les u peuple et les doléances du tiers état les exposèrent îii-ic. Il insiste d'abord sur les extorsions de la cour e. « Mais, ajoute- t-il, la plus grande cause de la mipeuple, ce sont les vexations intolérables et les raslinées des gens de guerre. C'est une chose criante gens de guerre, stipendiés pour défendre le peuple, t écisément ceux qui le pillent et l'outragent. Quand re laboureur a toute la journée labouré à grande sueur de son corps, et qu'il a cueilli le fruit de ur, dont il s'attendait à vivre, on vient lui enlever lire partie pour la donner à tel qui le battra peut-

être avant la fin du mois, qui Tobligera de coucher par terre, et qui viendra déloger les chevaux occupés du labourage pour loger les siens; et quand le pauvre homme a payé avec bien de la peine la quote-part de la taille à laquelle il est imposé pour stipendier les gens d'armes, et qu'il espère se conforter avec ce qui lui est demeuré, espérant que ce sera pour vivre le reste de l'année et pour ensemencer sa terre, vient une volée de gens d'armes, qui mangera et gâtera ce peu de bien que le pauvre homme aura résené pour vivre.

][> Mais tout cela ne sufOt pas au soldat, il pousse plus loin le vol et le pillage, il contraint le paysan à grands coups de bâion à aller chercher en ville du pain blanc, du poisson, des épiceries, et toutes choses excessives (1); et à la j vérité s'il n'était Dieu qui conseille les pauvres et leur donne patience, ils cherroient en désespoir.

» Les maux que nous venons d'exposer ne sont rien encore auprès de ceux dont il nous reste à parler. La tristesse et la déplaisance innumérables, les larmes de pitié, les soupirs et les gémissements d'un cœur désolé, à peine pourraient suffire ni permettre l'explication des impôts, l'énormilé des maux qu'ils ont occasionnés, et l'injuste violence et les rançounements qui ont été faits en enlevant cl ravissant iceux subsides. Maintenant ce peuple, jadis appelé français, est de pire condition que le serf; car un serf est nourri, et ce peuple a été assommé par des charges insupportables. Des paroisses qui sous Charles VII payaient quarante ou cinquante livres de taille, sous Louis XI payaient par milUers. Ceux qui alors payaient par milhers aujourd'hui payent par millions. Le Languedoc, qui à la mort de Charles VII payait 50,000 livres, à celle de Louis XI en payait plus de 600,000. La Normandie, de 250,000 livres, avait crû à 1,200,000; non compris les petites tailles,

(1) Voyez, pour les violences de la soldatesque, Ordonnances, \S, ià).

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