‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 14 sur 145 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

— Innocent IIÎ met la France en intel'dit. — Aspect sombre campagnes. — Toute franchise a disparu. — Il n'y a plus que nobles et des serfs. — Origine de la propriété. — Tout est au il concède viagèrement l'autorité et la propriété aux seigneurs, se font maîtres et possesseurs héréditaires. — Le serf est dépos- ! de tout et de lui-même. — Législateur, juge et bourreau, le taille et tranche au gré de son bon plaisir.

« Lorsque les serfs étaient sous la puissance do leurs seigneurs, fls n'avaient d'autre droit que leur volonté. » Renaudon (1).

tis les premiers jours de janvier de Tannée qui ouvrit i'^ siècle, le moine Pierre de Capoue vint jeter sur le ime de Philippe-Auguste la sentence d'interdit pro- '?e par le pape Innocent III.

vit bientôt peser sur la France un état de torpeur et ort aussi sombre que la saison qui sévissait alors avec s ses rigueurs, et tout sembla conjuré, les colères de lure, du ciel et des grands, pour porter à ses extrêmes Bs la misère des peuples aux abois. La campagne

Tmiié des droits royaudo et mymuriaux.

lia UlSTOinE DES PAYSANS.

était silencieuse et morne; la cloche, immobile et muett dans les airs, ne portait plus aux pieds de Dieu les cris d détresse ou de joie des hommes, et dans l'église, ferméi à tous, la chaire ne laissait plus tomber ces paroles de miséricorde, d'espoir et de merci recueillies par ces serf qui -ne pouvaient plus désormais s'adresser qu'à lui et qu( lui seul pouvait entendre et secourir. Toua les liens sociaux furent rompus, toutes les exactions autori€ées. Durant neuf mois entiers, tandis que les cadavres, abandonnés au hasard , infectaient l'atmosphère , en pénétrani d'horreur ceux qui leur survivaient, l'Église refusa de bénir l'union des fiancés, le pécheur fut écarté du tribunal de la pénitence, la femme dut, sous peine d'adultère, repousser de sa couche l'époux auquel elle s'était donnée, et, suivant la parole d'un historien, la génération ordinaire dut manquer à la France cette année-là.

Qu'avaient donc fait les peuples pour attirer ainsi sur leurs tôles les colères de Rome? Les dîmes se payaient, grosses et menues, solites et insolites, anciennes et novales, sans retard et sans murmures; les monastères s'élevaient de tous côtés à la voix des seigneurs, qui croyaient racheter ainsi leurs crimes, espérant corrompre jusqu'à la justice de Dieu, et ils s'enrichîssaient des prémices et des eulogies, des aumônes et des oblalions, des donations et des testaments , libéralités volontaires devenues peu à peu obligatoires, et qui, pour se multiplier à l'infini et jusqu'à la spoliation la plus complète, prenaient cent noms divers et se retranchaient derrière cent prétextes différents.

Le crime qu'expiait la France, c'est que le roi Philippe- Auguste avait répudié la reine Ingeburge de Danemark pour épouser Agnès de Méranie.

Jamais le peuple, cependant, le vrai peuple et le plus nombreux, celui qui tient au sol, vit sur le sol, lui rend en sueurs ce qu'il lui prend en nourriture, jamais l'homme du pays,'^ paysan, n'avait eu plus besoin de consolations et d'espé'

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