LA FRANCE EN INTERDIT
nccs d'un monde meilleur. Après ce long échange de olences et d'assassinats qu'enfante toute guerre civile, s cités avaient payé, de leur sang d'abord, de leur argent [isuite, ces chartes de commune qui, peu à peu et par mie la France, les avaient soustraites au joug de l'arbiraire. Force fut bien au seigneur d'abandonner à l'évêque 3 séjour désormais plus calme des villes, et d'aller s'alatlre sur la campagne. Le commerce ne s'aventure plus lors des enceintes fortifiées, parce qu'il n'y a sur le plat )ays ni argent dans les chaumières, ni sûreté sur les 'oules. Aussi le châtelain, ne pouvant plus prendre dans les filles ni sur les chemins, prend-il dans les chaumières (1). il n'achète pas, il vole : il prend de toutes manières et tle toutes mains : il prend par force, il prend par ruse. Malheur à celui sur qui le même abus s'exerçait deux fois : îarsi « une fois n'est pas coutume », deux suffisent pour l'élablir, et alors il doit à perpétuité. Tel des hommes du loble sire qui avait obligeamment aidé les ouvriers du maloir ou qui lui avait fait à lui-même uije aide gracieuse, 'etoumait chez lui.« corvéable à toutes mandées, taillable i merci et à miséricorde. y> Il avait offert les produits de ion champ ou de sa basse-cour, on exigea de lui une relevance annuelle (2). Le respect avait conseillé, la crainte H obéir. Les peuples étouffèrent dans leur cœur ces ténoignages naïfs de dévouement dont ils se montrent si iveuglément prodigues envers leurs maîtres, et le sire qui itlend d'eux un service, leur donne en même temps une
(i) « Les seigneurs ne savaient exiger leurs prétendus droits qu'en pilant, se servant, toujours du prétexte de la guerre pour réduire leurs 5erfs à une misère extrême, et ne leur permettant le commerce des i^stiaux et des denrées que pour leur enlever le bénéfice qu'ils pouvaient y faire. » Doyen, Recherches et observations sur les lois féo* te, 25.
(-) Chopin, De privileg. rustic, lib. I, part. 2, cap. t, p. 15. — Bouffi, Traité (les droits féodnux, 333, 65 i.
charte, et jure qu'il n'abusera point contre eux de eu propre libéralité (1).
« Accoutumance est de l'héritance 3>, dit Bouteiller (2) usage vaut possession; et comme de son côté possessio vaut titre, le baron, lorsque les sources des dons volon taires viennent à s'épuiser, n'hésite point à usurper pa violence, sachant bien que le temps fera un droit de ci qui, au début, avait toutes les apparences extérieures d'ui vol. Seulement, pour respecter le principe et sauver les apparences, il continue d'appeler a don i^ ces fruits d'une exaction illégale (3).
« Une vie qui n'était mêlée de l'exercice d'aucun art mé canique ni d'aucun autre travail corporel que le travail militaire, était noblesse, dit Lefèvre de la Planche : noblesse personnelle, mais que la possession, continuée pendant plusieurs générations, confirmait et élevait en noblesse ancienne, noblesse de race. » (Traité du domaine, 431, note.)
Le travail militaire, du temps des guerres privées et pendant la période barbare, consistait dans le pillage, le vol, le brigandage sur le plat pays, je le démonU;erai tout à l'heure. Le bandit, qui dédaignait le travail utile, se faisait noble; cette noblesse se fit héréditaire, et nous pouvons établir dès à présent que tout, justices, domaines, hérédité, droits féodaux, tout ce qui constitue la propriété des seigneurs, fut le résultat de l'usurpation et de la violence (4). Ceci est une
(1) Archiv. de Maine-et-Loire^ titres du -prieuré de Gouis, vol. h fol. 152. — V. aussi dom Vaissette, Languedoc, liv. XXVI, lettres d'Alphonse d'Aragon aux serfs de Toulouse, 1269, 1270.
(2) Somme rurale, liv. XXXVI, 500.
(3) « Je ne doute pas encore que ce n'ait été à l'exemple de DO^ rois que les seigneurs particuliers ont emprunté ces expressions do dons pour les levées qu'ils ont faites sur leurs sujets, ayant de tous temps cherché des termes doux et plausibles pour déguiser leurs '^^ justes exactions. » Du Gange, Des assemblées solennelles des rois ^ France pour les capitulaires ; — Des états généraux, IIî, 402.
(4) <r Les seigneurs féodaux, outre l'hérédité et la propriété (fi^