‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 16 sur 145 · ORIGINE DE LA PROPRIÉTÉ SEIGNEURIALE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA PROPRIÉTÉ SEIGNEURIALE

qui ne connut pas d'exception, a Les usurpations seigneurs, dit le grave d'Aguesseau, se soutenaient 'usurpation même, c'est-à-dire par la possession. ï> i;m, VII, 351.)

i-dessous du haut baron, sei£:neur suzerain dans ses

lines, il y a ses vassaux, ses arrière-vassaux et les offi-

de sa maison ; au-dessous du voleur il y a toute la

des volereaux, qui grapillent après lui et ravissent au

ce qui lui reste. Ils s'arment de l'autorité de son nom

répandre la terreur autour d'eux; puis, quand le piU

les a faits riches et indépendants, le baron, lui, n'est

issez fort pour mettre un terme à leurs déportements,

é par politique , moitié par impuissance, il ferme les

sur des abus dont lui-même a donné l'exemple et

il profite souvent. S'agit-il des officiers de sa maison,

isse les plaintes se multiplier et s'accumuler, puis,

d la mesure est sur le point d'être comblée, craignant

la colère du peuple ne fasse déborder le vase, il accorde

charte dans laquelle il avoue tout franchement le vol,

déplore et le flétril, et, sans rien restituer dans le

î, il s'engage à s'opposer, dans l'avenir, à tous ces

it usurpées, ajoutèrent encore plusieurs droits à leurs fiefis et 4imint les alleux autant qu'il fut possible, pour accroître leur féod^-r Quelquefois ils employèrent à cet effet la violence et la force; quelis les propriétaires de biens allodiaux, ou par complaisance, ou mitié, ou dan» l'espérance d'en recevoir de la protection, leur liaient leurs alleux pour les reprendre d'eux en fief. » Basnage, Mnt. sur Coutume de Normandie, I, |jflia levée des missi dominici était extraordinaire, mais celle du 3 -était ordinaire, laquelle, par succession de temps, est devenue charge annuelle sur les héritages, d'un, deux, trois, et jusqu'à six îrs par arpent, et des poules et des chapons, et de certaines quande blé, d'orge et d'avoine, même des œufs ; ainsi qu'en beaucoup Iroitsde France, qui est la vraie origine des censives et droits leuriaux, qui ont retenu le nom de coutume, à cause qu'il n'y a t eu d'autre droit pour lever que la coutume. » Chantereau-Lefèvre, lié des fiefs, 152.

116 IIISTOIUE DES PAYSANS.

désordres. Si les exactions avaient eu lieu au préjudice des .hommes d'une abbaye, la crainte de Texcommunication le décide à transiger. Après s'être préalablement fait payer pour prendre l'engagement de faire cesser d'autorité toutes CQs voleries, il consent parfois à quelques restitutions qui, dans les chartes, s'appelleront encore dons, gratifications., aumônes et grâces (1). 11 rend au couvent et non aux serfs dépouillés; et tandis qu'il se décharge sur l'Église de ce fardeau qui pesait sur sa conscience, il déclare que, touché de dévotion pour tel isaint, patron du monastère, il lui donne tel bien, telle redevance, (elle dîme, obtenant en échange des prières, des anniversaires, et, dans les temples, certains droits honorifiques qui flattent sa vanité.

Impuissants à défendre tous les points de leurs vastes possessions, les moines, pour faire la part du feu, cherchaient au moins à introduire l'ordre et la mesure jusque dans la violence et i'arbitraire, et de même que d'une offrande, d'un simple cadeau imprudemment offert, les seigneurs avaient fait surgir une redevance, l'extorsion armée donna naissance à leur profit à un droit perpétuel (2). Le pieux moutier, il faut lui rendre cette justice, ne perdait aucune occasion de se venger cruellement, suivant ses facultés, soit en faisant intervenir Dieu pour soutenir sa cause (3), soit en poussant les chevaliers à aller chercher en. terre sainte le pardon de leurs félonies sans nombre, sauf à leur donner même au besoin de l'argent pour leur faciliter les moyens de se croiser, soit surtout en leur faisant reconnaître et signer, dans leurs chartes de fondation, écrites en latin et que ces nobles sires étaient bien empêchés de lire

(1) Dans sa longue et lourde lUsloire de Bourgogne, dom Plancher a mis en lumière, avec assez de sagacité, cette tactique habituelle des seigneurs du moyen agc. T. I, 265, 207, 28i, 2D6, 297... — Yoy. aussi Doven, 235.

(2) Guérard, Cart. de Saint-Pèi^ de Chartres, 5G6.

(3) Id. 510.

LE DROIT NÉ DE LTStUPAÎION. 117

ni de comprendre, l'aveu le plus brutal de leurs forfaits, inspirés par le diable, de leur ambition criminelle, de leur atrocité tyrannique, de leurs habitudes intolérables et odieuses, de leurs coutumes exécrables.

Voici un spécimen de cette complaisanle ineptie des ch«V telains :

« Moi, Nivelleau, noble d'origine, ce qui chez beaucoup engendre l'ignobilité du cœur, je remets à perpétuité à Saint-Pierre, pour le salut de mon âme et pour une grande somme d'argent qui m'a été comptée, l'oppression d'une mauvaise coutume, non de droit ancien, mais établie du temps de mon père, qui faisait peu de cas d'en user contre les pauvres de l'église; laquelle m'étant échue, et étant usurpée par l'atrocité de ma tyrannie, j'ai pris l'habitude de fouler aux pieds la terre de Saint-Pierre, savoir Amprainvilla et les lieux voisins, en ruinant les habitants dans leurs ressources.

« Voici quelle était la rigueur de cette coutume. Toutes les fois que l'ardeur de ma férocité guerrière me poussait, me mettant à la tête d'une bande de nies chevaliers et de mes satellites, je me précipitais sur cette villa, faisant dévorer par ma suite les ressources des hommes de Saint-Pierre. C'est pourquoi, pour me décider à aller à Jérusalem, qui gémit encore sous le joug des infidèles, demander pardon à Dieu de mes crimes, ils m'ont donné dix livres d'argent pour mes frais de route; à la comtesse ma sœur, épouse ide Hugo, vicomte de Dunois, pour son assentiment, trois Kvres; àHamelin, mon frère, quarante sols (1)... »

Quant au serf, dont nul au fond ne se souciait, c'était à |ses dépens que se faisaient ces transactions, et cela sans kcrupule, car ce n'est que par une concession toute libérale ^ue ses maîtres lui abandonnent une portion dans le partage

(I) Guérard, p. 428. Voy. aussi p. 173, 227, 233, 248, 320, 471, 52.0. P La Thaumassière, Hist. du Bernj, 375.

des biens de la terre, qui, en toute évidence, appartiennent à eux. seuls. — Nulle terre sans seigneur, nul seigneur sans terre, — tel est Faxiome de droit féodal que répètent toutes les coutumes, (c Le seigneur enferme les habitants sous portes et gonds, du ciel à la terre; la bête qui fuit, l'oiseau qui vole, l'animal égaré, le voyageur perdu, bien plus, le vent qui roule, l'eau qui coule, le soleil qui luit, tout appartient au seigneur. » (Michelet, Orig. du droit.)

Les serfs, au contraire, ne possèdent rien et ne peuvent i rien posséder (1), et c'est avec raison qu'un vieux jurisconsulte dit qu'ils sont a comme beast en parkes, pissons en \ servers, et ouseaux en cage. » *

Il suffit de remonter à l'origine de la propriété pour être j bien convaincu que le serf n'y a en effet nul droit* r

Chez les Romains, la conquête d'un territoire entrahiait i après elle, comme conséquence naturelle, l'appropriation, ^ au profit du vainqueur, de toutes les terres du pays soumis <^ par les armes. C'était donner aux anciens maîtres que de ^ ne les pas dépouiller. Cette doctrine fut aussi celle des ba^ £ bares, et, bien et dûment dépossédée deux fois, la race 2 conquise n'avait rien à revendiquer sous le soleil. La terre ? appartenait au chef, au roi seul, qui en faisait des conces- û sions temporaires, puis viagères, aux seigneurs, à la charge ^ seulement de porter les armes pour lui. Dans le principe, "^ c'avait été dans l'intérêt du peuple, et pour lui donner des ^ défenseurs, que les rois avaient placé sur leurs domaines les barons, les comtes et les vidâmes. Mais le remède se fit' poison, la féodalité grandit sur les ruines de la monarchie j s'affaissant sous elle-même pendaat les règnes des faibles successeurs de Charlemagne, ils se firent seigneurs indé-^

(1) a En moult de coutumes, les seigneurs peuvent prendre de leun' serfs et à la vie et à la mort, toutes les fois qu'il leur plaît, et ils U peuvent contraindre à toujours demeurer sous eux. i» Beaumanoîri Coutume du BeauvoisiSj chap. l\\, p, *25E,

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