OMNIA SUNT REGIA. MO
pendants, puis héréditaires, puis les mêmes moyens qui leur avaient conquis la terre leur conquirent les hommes.
Mais une révolution contraire arrive, la féodalité succombe à son tour, la monarchie reprend le dessus, et les rois, au jour où la royauté était une vérité, n'hésitaient point à se déclarer maîtres et propriétaires de toute l'étendue du royaume, et en toute occasion ils agissaient en conséquence (1). Omnia sunt régis!.., telles sont les premières paroles du discours de Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, aux états généraux de Tours, sous Louis XI. En 1641 , dans une assemblée de prélats convoquée par Richelieu, qui voulait qu'ils contribuassent aux charges publiques, Tévêque d'Autun s'écria un jour : a Doutez-vous 'que tous les biens de l'Église ne soient au roi, et que, laissant aux ecclésiastiques de quoi pourvoir à leur nourriture et entretennement. Sa Majesté ne puisse prendre tout le surplus? » Cette doctrine n'était point contestable alors, et Louis XIV avait raison, dans un édit d'août 1692, de proclamer ses droits sur la propriété générale de la France, et il écrivait en propres termes à son fils, pour son instruction :
c Tout ce qui se trouve dans l'étendue de nos États, de quelque nature qu'il soit, nous appartient au même titre. Vous devez être bien persuadé que les rois sont seigneurs absolus, et ont naturellement la disposition pleine et entière de tous les biens qui sont possédés aussi bien par les gens d'Église que par les séculiers, pour en user comme d« ^ages économes et suivant le besoin général de leur
\ état (2). »
^1 Ils avaient les biens, ils avaient les personnes, ils avaient tout.
« Voyez, disait le vieux Villeroy à Louis XV enfant, en lui montrant la foule qui encombrait les environs des Tuile-
^^ U) .Saint-Simon, Mémoires, XVI, 110, 111, 113. ^n ^2) (Eums de louis XIV, mm. historiques.
ries : voyez, mon maître, voyez tout ce peuple, celle fluence, ce nombre de peuple immense; tout cela esl vous, vous en êles le maître. » (Saint-Simon, XXVIII, 22
11 est vrai que plus tard une autre révolution arriva c core, à la suite de laquelle il parut tout simple que J. Say pût écrire ces lignes :
« Tout gouvernement qui se dit propriétaire de la fortt des particuliers, ou qui agit comme s'il Tétait, est usurj teur; or l'usurpation est un fait, et non pas un droit; a trement un voleur assez adroit ou assez fort pour s'empai du bien d'autrui, une fois qu'il serait devenu le plus faib et qu'on l'aurait saisi, serait néanmoins propriétaire lé time, et dispensé de la restitution. » {Traité d'économie po tique, II, 269.)
Voyez comme changent, à cent années de dislance, '. bases sociales les plus sacrées et les plus respectables ! Vo un roi, le plus puissant des rois, qui meurt au xyiii*" sièc et au xix% l'économie politique le traite d'usurpateur l'assimile à un voleur!
Quoi qu'il en soit, les rois, seigneurs et propriétaires i solus n'avaient concédé que viagèrement aux barons, c n'avaient pu et voulu concéder qu'au même titre les len aux serfs qui les cultivaient. Et encore les choses étaiei elles bien loin de se passer avec cette simplicité. D'orc naire, le seigneur justicier dominant donnait en fief à de ses vassaux l'avouerie du lieu, dont un arrière-vassal un monastère avait la propriété. La mission officielle l'avoué — qui parfois sous-avouait à un homme à lui — et de protéger les tenanciers, moyennant certains droits redevances qu'ils lui payaient; sa fonction habituelle et de les dépouiller autant que l'eussent pu faire les enner contre lesquels il était censé les protéger (1). Puis, conri^ la terre a des limites, malheureusement, et que l'appétit
(i) Guérard, Polypï. tl7rminon, U,ii80